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Ta’u puta reo tahiti : une nouvelle méthode pour faire parler les enfants


Fini les vieux livrets : le reo tahiti se réinvente pour les enfants.
Fini les vieux livrets : le reo tahiti se réinvente pour les enfants.
Tahiti, le 4 février 2026 - Adieu les vieux fascicules des années 1970. À la rentrée prochaine, les enseignants et les élèves du CP au CM2 découvriront Ta’u puta reo tahiti, une méthode réactualisée pour apprendre le reo à l’école. Pensée autour de l’oralité, de situations concrètes et d’un accompagnement renforcé des enseignants, elle ambitionne de redonner toute sa place à la langue tahitienne dans le quotidien des classes.
 
Pendant des décennies, des générations d’élèves ont appris le reo tahiti avec les mêmes livrets. À partir de la prochaine rentrée, ce sera terminé. La méthode Ta’u puta reo tahiti fait peau neuve : entièrement réactualisée, contextualisée et enrichie, elle sera déployée du CP au CM2 dans toutes les écoles du pays.
 
Pensée comme une méthode vivante, ancrée dans le quotidien des enfants, Ta’u puta reo tahiti place l’oralité au cœur des apprentissages. Les élèves suivent Māui et sa famille à travers des situations familières – le marché, le port, la maison – et apprennent à communiquer en reo à partir de projets concrets. L’objectif est clair : créer de vraies situations d’échange, favoriser la prise de parole et développer la confiance des élèves à l’oral.
 
Conçue initialement dans les années 1970 par l’Académie tahitienne Fare Vāna’a, la méthode a été revisitée pour répondre aux programmes actuels et au Cadre européen commun de référence pour les langues. Elle se décline désormais en quatre fascicules progressifs, accompagnés d’un guide de l’enseignant. La langue est enseignée en lien étroit avec la culture polynésienne, à travers une approche centrée sur l’interaction, l’écoute et l’action.
 
Présentée comme le fruit d’un travail collectif entre la DGEE, les équipes de terrain, le pôle des langues et l’Académie, cette nouvelle version vise avant tout à outiller les enseignants. Supports audio, démarches pédagogiques détaillées, repères métacognitifs, exercices corrigés : tout est pensé pour accompagner concrètement la mise en œuvre en classe et harmoniser les pratiques sur l’ensemble du territoire.
 
Au-delà des supports, la méthode repose sur une véritable cohérence curriculaire. Jusqu’ici, chaque enseignant travaillait avec différents outils. Avec Ta’u puta reo tahiti, les compétences attendues sont clairement identifiées à chaque niveau et l’apprentissage est encadré, permettant un suivi continu des acquis de l’élève tout au long du primaire. 
 
Une autre nouveauté : l’intégration d’éléments issus des neurosciences. Des repères visuels indiquent aux enseignants quelles fonctions cognitives sont mobilisées selon les activités proposées. L’approche est active : on écoute, on observe, on répète, puis on transpose les acquis dans des situations concrètes de communication.
 
Cette pédagogie s’inscrit aussi dans une vision plurilingue assumée. “Il ne s’agit pas d’opposer reo tahiti et français, mais de coordonner leur enseignement”, rappelle Moana Greig, inspecteur de l'Éducation nationale chargé du pôle des langues et culture polynésiennes et du plurilinguisme. Les passerelles entre langues sont encouragées afin de développer les compétences métalinguistiques des élèves, reconnues aujourd’hui comme un levier important de réussite scolaire. 
 
Pour le ministre de l’Éducation, Ronny Teriipaia, “cette méthode s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement des langues polynésiennes”. Des stages intensifs de cinq semaines sont déjà proposés aux enseignants, afin de lever l’insécurité linguistique et favoriser l’enseignement du reo. La rentrée marquera aussi un virage numérique : Ta’u puta reo tahiti sera progressivement digitalisée, avec une version interactive et des ressources en ligne destinées à faciliter l’appropriation par les élèves comme par les enseignants. Le représentant syndical John Mau n’a pas caché sa satisfaction : “Enfin ! La demande du terrain était là depuis longtemps.” S’il est également satisfait par les stages, il regrette leur nombre restreint. 
 
Derrière cette refonte pédagogique, il y a aussi un enjeu culturel majeur. Car, comme l’a rappelé Emmanuel Nauta, directeur de l'Académie tahitienne, “sans action concrète, le reo tahiti risque de se cantonner au folklore”. 
 
D’ailleurs, la réflexion ne s’arrête pas au seul reo tahiti. Les équipes envisagent une adaptation de la méthode aux autres reo mā’ohi de Polynésie française, comme le marquisien ou le pa’umotu. Un chantier encore en réflexion, dépendant notamment des moyens humains disponibles.
 

Rainui Hugon : “On espère une vraie appropriation dans les classes”
 
Rainui Hugon, conseiller pédagogique en langue et culture polynésienne à la DGEE, a participé activement à l’élaboration de Ta’u puta reo tahiti. 
 
Le fond éducatif de cette nouvelle méthode reste celui des livrets des années ’70 : le contenu et la programmation grammaticale sont les mêmes. Mais on a ajusté certains points de langue, revu l’écriture et intégré les évolutions du reo. On espère surtout que ce ne sera pas juste un manuel livré dans les écoles. Ce qu’on veut, c’est un réel accompagnement des enseignants par les formateurs répartis dans tous les archipels. Il y aura aussi les enregistrements audio et d’autres ressources en préparation. L’objectif, c’est que la méthode vive vraiment en classe. Ce qui compte, c’est que les enfants parlent. Que le reo devienne une langue de communication au quotidien.”

Rédigé par Darianna Myszka le Jeudi 5 Février 2026 à 09:04 | Lu 350 fois