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Syndicats et Pays pas plus avancés


Le chef de cabinet du président Edouard Fritch en discussion vendredi matin avec les responsables de l'intersyndicale.
Le chef de cabinet du président Edouard Fritch en discussion vendredi matin avec les responsables de l'intersyndicale.
Tahiti, le 28 novembre 2021 – Les négociations ont repris vendredi et samedi entre l'intersyndicale à l'origine de la grève générale et le gouvernement. Aucun accord n'a été trouvé malgré de nouvelles propositions de part et d'autre, sauf sur les "points bloquants" de la réforme du conseil d'administration de la CPS et de l'obligation vaccinale sur lesquels le Pays "reste ferme". Au final, aucun accord n'a été signé et les négociations ont été renvoyées à lundi.
 
Après une manifestation à la mobilisation toute relative vendredi matin, les négociations ont repris dans l'après-midi entre le gouvernement et l'intersyndicale CSTP-FO, CSIP, Otahi et O oe to oe Rima. Des discussions pour tenter de trouver une issue à la grève générale débutée mercredi dernier, sans perturbations majeures durant les premiers jours de débrayage mais avec des sites stratégiques touchés au port, à l'aéroport, à l'OPT, à EDT ou encore à la CPS…
 
Reprises à 16 heures vendredi, les négociations ont été levées à minuit et demi. Les syndicats et le gouvernement se sont donnés un nouveau rendez-vous samedi à 10 heures, mais les discussions ont achoppé à 14 heures. En présence du président Edouard Fritch durant ces deux jours de réunions, les négociations ont porté principalement sur les questions de la réforme de la gouvernance de la Caisse de prévoyance sociale et de l'obligation vaccinale. Deux points bloquants sur lesquels le Pays entend "rester ferme".
 
Bras de fer sur l'obligation vaccinale…
 
Largement soutenus par les collectifs opposés à l'obligation vaccinale, les syndicats ont changé de stratégie sur ce point de revendication. Ils ne demandent plus le "retrait" de la loi du Pays imposant la vaccination anti-Covid aux soignants, personnes à risques et personnes en contact avec le public. Mais ils demandent de passer l'amende encourue en cas de non-respect de cette obligation de 175 000 Fcfp à "1 Fcfp symbolique". Des syndicats qui affirment toujours "ne pas être opposés au vaccin" mais demander "la liberté de choix". "N'importe quel être humain a des droits sur son corps et doit choisir", estime le secrétaire général de la CSIP, Patrick Taaroa. Ce dernier qui n'a pas manqué de rappeler les situations du président de l'assemblée Gaston Tong Sang et de l'ancien vice-président Tearii Alpha. Des élus non vaccinés et qui "n'ont pas été sanctionnés". "On demande au président de nous laisser dans cette logique comme eux", brandit Patrick Taaroa.
 
Sans surprise, Edouard Fritch a refusé cette amende au franc symbolique. "On vide la loi de son contenu", a estimé le président du Pays, qui a remis sur la table sa proposition d'abaisser l'amende de 175 000 à 80 000 Fcfp. Pour le chef de la majorité, cette "pénalité" n'est pas là pour "mettre les salariés en difficulté mais bien pour inciter les gens à se vacciner". Edouard Fritch qui estime aujourd'hui à "un petit millier" le nombre de salariés en contact avec le public à n'être toujours pas vacciné. Le ministre René Temeharo a moins fait dans la dentelle : "Pour éviter cette amende, la solution c'est d'aller se faire vacciner tout simplement. S'ils ne veulent pas, il faut changer de fiche de poste".
 
… et sur le CA de la CPS
 
Autre point éminemment bloquant dans les négociations sur cette grève générale, celui de la réforme du conseil d'administration (CA) de la Caisse de prévoyance sociale (CPS) pour le passer de trois CA par régimes pour un total 65 membres à un CA unique de 15 membres. Une réforme "d'efficacité" pour le ministre Yvonnick Raffin, mais une répartition à 5 représentants des salariés, 5 du patronat et 5 du gouvernement qui ne passe pas chez les syndicats. "C'est la mort de la gestion paritaire au profit d'une gouvernance politique", affirme le secrétaire général de la CSTP-FO Patrick Galenon. "Si nous lâchons là, on lâche les petits, les retraités et les plus faibles. Je ne lâcherai pas et si mes amis venaient à signer, je démissionnerai. Ça, c'est clair".
 
Le président du Pays lui-aussi reste campé sur sa position. Le texte réformant le CA de la CPS était d'ailleurs attendu ces derniers jours à l'assemblée. "Le Pays est l'entreprise qui a le plus d'employés, c'est normal que l'on soit à égalité avec les salariés et les employeurs", a défendu Edouard Fritch, paraphrasant Michel Rocard : "Qui paie contrôle". Le président a proposé d'inscrire dans le protocole de sortie de grève la garantie de la participation du Pays au financement de la PSG. Et Edouard Fritch qui a souligné que ses gouvernements avaient d'ailleurs particulièrement été à l'écoute des partenaires sociaux représentés à la CPS depuis son arrivée à la présidence, en ne renvoyant que deux fois en seconde lecture les budgets proposés par le CA de la Caisse. "Les syndicats ont en face d'eux des responsables politiques qui ont le souci permanent de respecter les fonctionnements des différents établissements".
 
Smig et caisse chômage
 
Sur les autres points de revendication, la présidence a résumé samedi les propositions faites à l'intersyndicale. Notamment celle d'une augmentation du Smig de 2% au 1er décembre 2021, puis de 1% à la fin du premier trimestre 2022 une fois connue l'évolution de l'indice sur le coût de la vie et enfin de 1% fin 2022 si cet indice est confirmé à la hausse. De quoi faire réagir la CSTP-FO qui s'est étonnée, dans un communiqué, que le Pays "attende une grève générale" pour proposer une augmentation immédiate de 2% du Smig.
 
Autre proposition, le gouvernement a mis dans la balance son engagement sur une caisse chômage au 1er janvier 2023. Plus précisément un "fonds d'aide aux salariés ayant perdu involontairement leur emploi" au financement tripartite : "Pays, employeurs, salariés". Le gouvernement qui estimait samedi que cette proposition permettait "d'enfin ouvrir la porte" à cette demande "très ancienne des syndicats". Il propose que l'année 2022 soit utilisée pour "la définition des modalités de fonctionnement de ce fonds" et "l’identification de ressources dans le budget du Pays pour couvrir ce nouvel effort en faveur des salariés".
 
Le président du Pays a proposé de revoir l'intersyndicale lundi pour une reprise des négociations "à l'heure qui lui conviendra". Côté syndicats, on continue de montrer les dents. "Il y a des chances que la grève se durcisse lundi", menaçait samedi Patrick Galenon, selon qui "c'est de la responsabilité du gouvernement si les choses n'avancent pas".
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun et Antoine Samoyeau le Dimanche 28 Novembre 2021 à 11:52 | Lu 1826 fois