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Sur les pentes du Yasur



Au Vanuatu, ex-Nouvelles-Hébrides franco-britanniques, l’île de Tanna se conjugue sur deux modes : le passé pas simple du tout et le présent très compliqué. Des ATR s’y posent, sur une piste asphaltée, des touristes du monde entier (hors période de Covid) y débarquent et se retrouvent dans des hôtels très contemporains mais dans le même temps, à l’ombre du colérique volcan Yasur, des croyances ancestrales, mâtinées de superstitions plus récentes mais très fortes, engluent encore une société parfois figée. Bienvenue sur l’île d’ombre et de lumière qu’est Tanna, découverte par le capitaine James Cook en 1774.
 
L’histoire, sans majuscule, la petite histoire, prétend que si le capitaine James Cook mit le cap sur l’île de Tanna il y a quasiment deux siècles et demi, c’est parce que de nuit, la vigie en haut de son mât avait aperçu dans le lointain, une lueur orange-rouge. En s’approchant, tout l’équipage fut fasciné par le spectacle de ces mystérieux rougeoiements. Il y avait là-bas, sur cette terre inconnue, un volcan dont la rauque respiration exhalait feu, flammes et vapeurs méphitiques, un volcan qui crachait sans jamais se lasser sa mauvaise humeur. 
De nos jours, les géologues et volcanologues assurent que cette éruption dure depuis huit siècles déjà et qu’elle est donc bien antérieure à l’arrivée des découvreurs britanniques.
 
“Des torrents de feu”
 
Laissons Cook lui-même nous parler de Tanna où il aborda. “Pendant la nuit, le volcan qui nous restait à l’ouest, à quatre miles, vomit des torrents de feu et de fumée, comme la nuit précédente, et les flammes s’élevèrent au-dessus de la montagne qui nous en séparait. A chaque éruption, il grondait avec un bruit semblable à une mine profonde, au moment où elle éclate. Une pluie abondante qui tomba alors parut lui donner encore plus d’activité. Ses feux produisaient un très beau coup d’œil. La fumée, qui s’échappait en tourbillons épais, était teinte de différentes couleurs, de jaune orange, cramoisi et pourpre, et elle se terminait en gris rougeâtre et brun. Dès qu’il y avait une nouvelle explosion, les champs et les forêts de tout le pays prenaient aussi une teinte orange et pourpre (...) Durant la nuit et toute la journée du 11 août 1774, le volcan devint excessivement incommode. Il grondait d’une manière terrible : il poussait jusqu’aux nues des torrents de feu et de fumée à chaque explosion, dont l’intervalle n’était guère que de trois quatre minutes. Du vaisseau, nous le voyions lancer en même temps des pierres d’une prodigieuse grosseur. Les petites colonnes de vapeur qui s’élevaient des environs du cratère nous paraissaient être des feux allumés par des insulaires”.

Vu de loin, le Yasur, en éruption permanente depuis au moins huit siècles, se coiffe toujours d’un épais panache noir de cendres volcaniques.
Vu de loin, le Yasur, en éruption permanente depuis au moins huit siècles, se coiffe toujours d’un épais panache noir de cendres volcaniques.
“Une vapeur de soufre”
 
Le naturaliste Johann Reinhold Forster, qui fait partie de l’expédition, est lui aussi fasciné par ce spectacle : “le feu en dedans du cratère du volcan éclairait encore les nuages de fumée lorsque nous débarquâmes sur la grève, où nous vîmes peu d’habitants. Nous nous rendîmes dans la partie de l’ouest, où nous avions observé un sentier qui conduisait à une colline... Nous n’aperçûmes pas un seul naturel sur la première croupe de cette montagne et aucune plantation n’y frappa nos regards. Après avoir fait environ un demi mille par différents détours, nous atteignîmes une petite clairière couverte d’une herbe molle et environnée des arbres les plus charmants de la forêt. Nous sentions une vapeur de soufre qui s’élevait du terrain et qui ajoutait encore à la chaleur du lieu. A gauche du sentier, presque cachée par les branches des figuiers sauvages, il y avait une petite levée de terre blanchâtre et une vapeur s’élevait continuellement de ce monticule. La terre était si chaude que nous pouvions à peine y poser le pied, et nous la trouvâmes imprégnée de soufre. En la remuant, les vapeurs jaillissaient avec plus de vivacité et nous y remarquâmes en partie une qualité stypique (astringente), pareille à celle de l’alun.”
 
“Les masses énormes de roches qu’il vomissait”
 
Face à un tel spectacle (les spécialistes du Yasur estiment que Cook et ses équipages étaient arrivés à Tanna à un moment particulièrement intense de l’activité du volcan), Forster et Cook ne cessent de s’y référer dans leurs journaux de bord.
Ainsi Forster explique qu’ “observant que c’était la seconde fois que les explosions du volcan recommençaient après la pluie, on soupçonna que la pluie les excite, en quelque sorte, en produisant ou en accroissant la fermentation des diverses substances minérales (...) Bientôt, nous aperçûmes le volcan entre les arbres et il nous parut que, pour y arriver, il nous restait encore à faire deux lieues à travers des collines et des vallées. Nous voyions cependant son éruption, ainsi que les masses énormes de roches qu’il vomissait parmi les tourbillons de fumée ; quelques-unes étaient au moins aussi grosses que le corps de notre longue chaloupe. Comme il ne nous était arrivé aucun accident et que nous n’avions pas rencontré un seul naturel, nous pensions à en approcher, mais, en causant, nous alarmâmes sans doute les insulaires des plantations, car, à l’instant, nous en entendîmes un ou deux qui soufflaient dans de grandes conques, dont les nations sauvages et surtout celles de la Mer du Sud se servent pour sonner le tocsin. Nous résolûmes alors de retourner sur nos pas”.

Ces jeunes guides font découvrir aux visiteurs leur plantation de caféiers.
Ces jeunes guides font découvrir aux visiteurs leur plantation de caféiers.

“Couverts de cendres”
 
Cook ajoute : “le volcan était agité de convulsions et les cendres qu’il vomissait avec le feu obscurcissaient le ciel. La pluie qui tomba dans ce moment était un composé d’eau, de sable et de terre, de telle sorte qu’on pouvait l’appeler une ondée de vase. Nous étions couverts de cendres”. 
Forster poursuit : “Le volcan continua à gronder toute la journée et à vomir des quantités prodigieuses de petites cendres noires, qui, examinées de près, furent reconnues comme des formes de shorls en forme d’aiguilles à demi transparentes. Tout le pays était jonché de ces particules, et, en herborisant, elles furent très nuisibles à nos yeux parce chaque feuille en était entièrement couverte.”
Le 14 au matin, James Cook décide de tenter une nouvelle approche du volcan qui est sous ses yeux et qui, il l’a constaté, n’est pas très élevé. Mais s’il put s’approcher assez près pour mesurer des vapeurs s’échappant de crevasses, dont la température était voisine de cent degrés, il se heurta une nouvelle fois à l’hostilité des habitants qui firent tout ce qu’ils purent pour dissuader les Britanniques d’approcher du Yasur. Ce qu’ignorait Cook est que le Yasur était en effet un lieu sacré, tabu, fermé à tous sauf aux grands chefs et à certains prêtres.
Conclusion d’un Forster philosophe : “toutes nos tentatives pour approcher de la bouche du volcan ont été inutiles. Nous n’aurions pas pu satisfaire notre curiosité sans verser du sang, et la vie des hommes est plus précieuse que la connaissance de tous les phénomènes de la nature”.
 
Toutes les 30 ou 60 secondes...
 
De nos jours, moyennant le paiement d’un droit de passage, les habitants proches du Yasur laissent volontiers les 4x4 chargés de touristes se garer littéralement au pied de la colline formant le volcan. Il suffit alors d’une marche d’une petite demi-heure, rapide grimpette sur de la cendre, pour parvenir sur la lèvre même du cratère afin de profiter pleinement du spectacle. 
Nous avons eu la chance de nous y rendre deux fois ; à chacune de nos visites, le Yasur semblait modérément agité ; toutes les trente secondes, soixante au grand maximum, l’une de ses bouches (il y en avait deux au fond) semblait exploser et expulsait sur le flanc qui nous faisait face des quantités importantes de bombes volcaniques. En fonction de l’orientation de ces deux bouches, elles crachaient plutôt de la lave ou plutôt gaz et fumées, généralement sur un côté seulement, ce qui permettait aux touristes de se regrouper sur la pente opposée et d’être aux premières loges pour assister à ce spectacle son et lumière tout à fait extraordinaire. 
A la nuit tombée, la cheminée centrale du volcan laisse toute sa colère se manifester. Un impératif, surveiller où tombent les bombes volcaniques incandescentes.
A la nuit tombée, la cheminée centrale du volcan laisse toute sa colère se manifester. Un impératif, surveiller où tombent les bombes volcaniques incandescentes.

Surréaliste mais bien réel, des mariages sont parfois organisés sur la lèvre supérieure du volcan, alors qu’à l’arrière-plan, fumées, vapeurs et bombes volcaniques jaillissent en permanence. Nous avions eu, ce jour-là, à réaliser un album de mariage insolite ; les papiers officiels ont été signés dans la Land Rover, par un représentant de la mairie...
Surréaliste mais bien réel, des mariages sont parfois organisés sur la lèvre supérieure du volcan, alors qu’à l’arrière-plan, fumées, vapeurs et bombes volcaniques jaillissent en permanence. Nous avions eu, ce jour-là, à réaliser un album de mariage insolite ; les papiers officiels ont été signés dans la Land Rover, par un représentant de la mairie...
De nuit, comme un enfer
 
De jour, les sons dominent au niveau des perceptions alors que dès que tombe la nuit, le cratère semble s’illuminer et se parer de toutes les teintes chaudes possibles, du jaune vif pour la lave sortant du conduit souterrain où elle est encore liquide aux rouges les plus chatoyants. Les vapeurs et nuages de gaz se teintent eux aussi de ces couleurs rougeâtres, donnant à la scène l’allure d’un enfer d’où succubes et incubes pourraient jaillir aux côtés d’on ne sait quelle créature méphistophélique, chef d’orchestre de l’infernale bacchanale. 
On l’aura compris, le Yasur se découvre en fin d’après-midi et se savoure pleinement la nuit tombée, en prenant soin de s’habiller en conséquence ; le Yasur ne culmine qu’à 361 m d’altitude, mais lorsque l’obscurité se fait, les vents qui soufflent sur les lèvres du cratère sont très frais. 
Enfin il convient évidemment d’observer les secteurs où tombent les bombes volcaniques ; en quelques heures, les taches rouges qui marquent les points d’impact peuvent sensiblement se rapprocher, voire même s’orienter face aux visiteurs si la bouche du cratère se retrouve subitement encombrée de roches et de débris. Dans ce cas là, la fuite est évidemment la seule possibilité qui s’offre aux curieux...
 
Le poids de la “kastom”
 
Si le Yasur est indubitablement la première attraction de l’île, sa population est évidemment très attachante pour qui prend le temps d’entrer en contact au-delà du seul “clic-clac” d’un téléphone portable ou d’un appareil photo. Les Ni-Vanuatais de Tanna sont très pauvres et vivent essentiellement de ce que produit la terre qu’ils travaillent, hormis ceux qui ont la chance d’œuvrer dans le tourisme (hébergements, excursions). 
La vie à Tanna est marquée par le poids souvent jugé écrasant de la kastom, entendez la coutume, qui régit tous les faits et gestes de chacun, à travers un fort complexe réseau d’interdits et d’autorisations. Ce poids de la coutume est très lourd pour ceux et celles qui la subissent après avoir vécu ailleurs, à Nouméa notamment ; loin de Tanna, la liberté d’aller et de venir est évidemment totale par rapport au sinueux jeu d’interdits imposés par les petits chefs et les grands chefs. Ceux-ci sont avant tout soucieux de préserver à tout prix cette kastom de laquelle ils détiennent leurs pouvoirs, alors qu’ils sentent et savent bien qu’ailleurs, la vie quotidienne n’obéit pas, n’obéit plus à ce type de contraintes. 
Bien entendu, cette coutume doit être scrupuleusement respectée par les visiteurs et d’ailleurs les guides ne manquent jamais d’expliquer les gestes ou paroles à avoir ou à éviter dans les villages. Globalement, les touristes y sont toujours très bien accueillis car les Ni-Vanuatais, s’ils n’ont pas l’habileté des sculpteurs marquisiens par exemple, vivent en partie de la vente d’un peu d’artisanat ; celui-ci leur permet de compléter leurs ressources naturelles par de l’argent frais. 

A Tanna, le culte de John Frum perdure malgré le modernisme qui s’infiltre dans la société : cette croix rouge est un signe de la pratique de cette religion qu’est le “cargo cult” (photo Tim Ross).
A Tanna, le culte de John Frum perdure malgré le modernisme qui s’infiltre dans la société : cette croix rouge est un signe de la pratique de cette religion qu’est le “cargo cult” (photo Tim Ross).
Les miracles du cargo cult
 
En revanche, on reste interloqué par la persistance d’une coutume pas si ancienne que cela, coutume devenu un culte, une sorte de religion, celle du “cargo-cult” en vigueur à Tanna depuis 1946.
Les cargo cults, ou cultes du cargo, datent du XIXe siècle en Mélanésie. Les autochtones, ne comprenant pas que dans les pays d’où venaient les missionnaires ou les traders (ceux qui tenaient des comptoirs pour acheter nacres, écailles de tortue, santal, bêches de mer...) existait toute une infrastructure permettant de fabriquer les produits reçus par goélette, imaginèrent que parce que le religieux venait de couper des fleurs pour décorer sa chapelle et que le jour même ou le lendemain, hasard des calendriers, un bateau arrivait chargé de marchandises, il suffisait alors de faire comme l’homme blanc, à savoir couper des fleurs pour recevoir tout ce dont on pouvait avoir besoin, et même plus. 
Îles Salomon, Nouvelle-Guinée, Nouvelles-Hébrides, Fidji même, hors Nouvelle-Calédonie, pratiquement toute la Mélanésie fut touchée par ces cultes du cargo qui consistaient à imiter en tout point ce que faisait un ou des Européens puisqu'ainsi les “cargos” arrivaient.
A force d’explications, ces croyances quelque peu enfantines, basées sur l’imitation, disparurent, mais la Seconde Guerre mondiale remit cette superstition d’actualité. 
 
John Frum et sa croix rouge...
 
Quand les Américains débarquaient sur une île, ils dégageaient un coin de brousse pour en faire une piste d’atterrissage et surtout, par radio, ils parlaient un langage que ne comprenaient bien évidemment pas les indigènes très intrigués par ces soldats parlant à une boîte, dans un drôle d’objet (un micro). Peu après, voyant tomber du ciel des dizaines d’avions chargés de denrées et de matériels, voyant les bateaux ventrus décharger sur les plages des quantités astronomiques de matériels divers, beaucoup s’imaginèrent là encore qu’il suffisait d’imiter les Américains pour recevoir toutes ces merveilles. 
A Tanna, le culte du cargo prit une tournure plus religieuse puisqu’on y vénère aujourd’hui encore un dénommé John Frum, portant une croix rouge et qui correspond tout simplement à un infirmier américain, John, qui se présenta comme “John from...” on ne sait quel État ou quelle ville. 
L’infirmier en question faisait sans doute parti d’un premier contingent de militaires US venus reconnaître le terrain avant l’installation de troupes. De “John from...”, on passa à “John Frum” et depuis, à Tanna, on défile régulièrement avec des fusils en bois ou en bambou, on construit des répliques de véhicules militaires ou même d’avions avec des bambous, on lève les couleurs (souvent le drapeau américain) et on psalmodie des incantations destinées à faire revenir le vénéré John Frum et toutes ses richesses.
 
Une superstition entretenue
 
C’est cette croyance aveugle en un Messie à croix rouge qui illustre le mieux la part d’ombre qui recouvre encore l’île de Tanna, pourtant ouverte au modernisme ; du ciel débarquent chaque semaine des ATR 72 remplis de touristes, mais aucun avion de John Frum n’a jamais montré le bout d’une hélice... Les téléphones portables se répandent de plus en plus, ici et là on peut avoir accès à Internet, mais le cargo cult persiste, encouragé il est vrai par certains chefs. Ceux-ci, en effet, imaginent ou font croire à leurs ouailles crédules qu’en pratiquant la religion de John Frum, bateaux et avions reviendront, exclusivement pour les Mélanésiens qui pourront alors vivre selon leurs coutumes ancestrales, tout en bénéficiant de tout ce dont ils peuvent rêver, mais en se passant des Occidentaux, des touristes, du modernisme...
Allez à Tanna (dès que le problème de la Covid sera réglé), explorez le Yasur, visitez les tribus ouvertes au tourisme, respectez les croyances locales, si fantaisistes puissent-elles paraître, surfez le soir sur Internet dans votre luxueux hôtel après avoir effectué une plongée dans le temps durant la journée, profitez de Tanna comme cette île le mérite ; elle est à la fois l’une des plus touristiques du vaste archipel du Vanuatu et l’une des moins “polluées” par les avatars du modernisme. 
Quant au Yasur, toujours considéré avec le plus grand respect par la population locale, depuis huit cents ans il expulse avec une rare constance lave, gaz, cendres et scories... Spectacle unique au monde, qui vaut à lui seul le déplacement.

Tanna la sécessionniste

A l’approche du cratère, les coulées de lave forment un impressionnant tapis craquelé sur plusieurs kilomètres carrés.
A l’approche du cratère, les coulées de lave forment un impressionnant tapis craquelé sur plusieurs kilomètres carrés.
 C’est peu de dire que l’indépendance des Nouvelles-Hébrides, acquise en juillet 1980, fut loin de faire l’unanimité dans certaines îles dont Espiritu Santo et Tanna. Cette dernière, vieille de trois millions d’années environ, mesure 550 km2 (la moitié de la surface de Tahiti) et culmine à 1 084 m, altitude du mont Tukosmera.
Peuplée d’environ 30 000 personnes, elle tenta par deux fois, en janvier 1980 puis en juin 1980, d’échapper à la tutelle du pasteur Walter Lini, anglophone devenu Premier ministre en novembre 1979, bien décidé à contrôler tout le pays malgré de fortes oppositions. 
En janvier 1980, un État se revendiquant indépendant du Vanuatu encore en gestation de Lini vit le jour, le “Taféa”, formé avec les premières lettres des îles de Tanna, Anatom, Futuna, Erromango et Aniwa. Malgré l’opposition des dirigeants de Taféa à l’installation à Isangel, petite capitale de Tanna, du délégué de Lini, les Anglais remirent de l’ordre en mai 1980 et le délégué en question put prendre ses fonctions alors que les autorités franco-anglaises quittaient le terrain, indépendance oblige. 
En juin 1980, rebelote pour les îles d’Espiritu Santo et de Tanna ; le leader charismatique Jimmy Stevens, à la tête du mouvement Nagriamel, prend la tête de la sécession mais cette fois-ci, Walter Lini ne s’embarrasse pas de scrupules et demande aux forces armées de Papouasie Nouvelle-Guinée de venir faire le ménage dans les deux îles rebelles. Fin juillet 1980, l’ordre façon Lini règne à Espiritu Santo comme à Tanna... Jimmy Stevens est condamné à quatorze ans de prison. Il y restera jusqu’en 1991 et mourra en 1994.

Le culte du prince Philip

Le mariage d’Elisabeth II et du prince Philip, duc d’Edimbourg, a fait l’objet d’une interprétation quelque peu extravagante à Tanna, puisque dans les villages du sud-ouest de l’île, on pense que le prince n’est autre que le dieu noir de l’île, Karapanenum, déguisé en homme blanc. Il était donc vénéré jusqu’à sa mort, le 9 avril dernier (photo Cecil Beatton Library and Archives Canada).
Le mariage d’Elisabeth II et du prince Philip, duc d’Edimbourg, a fait l’objet d’une interprétation quelque peu extravagante à Tanna, puisque dans les villages du sud-ouest de l’île, on pense que le prince n’est autre que le dieu noir de l’île, Karapanenum, déguisé en homme blanc. Il était donc vénéré jusqu’à sa mort, le 9 avril dernier (photo Cecil Beatton Library and Archives Canada).
 Il n’y a pas que le culte rendu à John Frum qui surprendra les visiteurs à Tanna. Quelques villages du sud-ouest de l’île, Yaohnanen et Ikunala notamment, vénéraient le prince Philip, duc d’Edimbourg, époux de la reine Elisabeth II, tout récemment décédé.
La genèse de ce culte est quelque peu surréaliste : le dieu noir de l’île, Karapanenum, qui serait également John Frum selon certains croyants, a quitté l’île de Tanna en 1946 pour rentrer avec les troupes alliées. Karapanenum s’était déguisé en homme blanc. En Angleterre, il participa à une compétition organisée par la reine qui choisit de se marier avec le vainqueur. Ce fut évidemment Karapanenum qui gagna et qui devint le prince Philip, duc d’Edimbourg et accessoirement prince-consort...
Une autre version explique que deux dieux sont sortis du volcan Yasur. Le dieu noir est à l’origine du peuple de Tanna, alors que le dieu blanc a donné naissance aux hommes blancs. La reine Elisabeth et le prince Philip, ont effectué en 1974 une visite officielle aux Nouvelles-Hébrides. Or, lors de cette visite, un villageois reconnut dans le mari de la reine le dieu blanc sorti du Yasur il y a très longtemps... L’un de chefs coutumiers de l’époque assura qu’il faisait partie des piroguiers venus à la rencontre du couple royal et qu’il avait compris, en observant le prince Philip, qu’il était un nouveau Messie.
On aurait pu penser que Buckingham ferait une stricte mise au point pour mettre fin à ce culte. Ce fut tout le contraire ; les membres du “Prince Philip Muvmen” reçurent une première photo du prince en septembre 1978 et des cadeaux (des pipes en terre). Les villageois lui offrirent en remerciement un nalnal (une canne pour tuer les cochons) en lui demandant de poser en photo avec ce nalnal, ce que fit le duc d’Edimbourg. 
A l’époque, les convertis à ce culte n’étaient pas favorables aux thèses séparatistes de ceux qui ne voulaient pas appartenir au Vanuatu en gestation et c’est pour renforcer leur soumission aux décisions des Britanniques quittant ce qui allait devenir un État indépendant que Buckingham aurait en quelque sorte manipulé les habitants de Tanna pour qu’ils s’abstiennent de toute contestation. 
Plus fort encore, en 2000, une troisième photo dédicacée a été envoyée à Tanna et en 2007 le prince Philip reçut lui-même à Windsor cinq habitants du village d’Ikunala. 
Commentaires de Buckingham : “L’échange de photographies, ainsi que la réception de quelques villageois au château de Windsor, doivent être interprétés comme des gestes amicaux, rien de plus”. Chacun appréciera...

Un 9 avril noir
 
Pour les adeptes du culte du prince Philip, la date du 9 avril 2021 est à marquer d’une pierre noire, puisque leur “dieu”, leur Messie, a rendu son dernier soupir. Du coup, dans les villages de Tanna adeptes de ce culte, un deuil de cent jours a été décrété ; et déjà les dirigeants de cette singulière chapelle ont discuté de la suite à donner à ce décès. Les chefs ont décidé, après palabres, de s’adresser au prince Charles pour prendre la succession de son père. Le culte du prince Philip deviendra peut-être prochainement le culte du prince Charles ; à condition que ce dernier accepte...

Forster, le naturaliste trahi

Cette peinture de William Hodges représente le capitaine Cook et ses hommes abordant sur les côtes de l’île de Tanna. L’accueil ne fut pas hostile, mais les Britanniques ne purent jamais monter sur le volcan qui était alors sacré et tabu.
Cette peinture de William Hodges représente le capitaine Cook et ses hommes abordant sur les côtes de l’île de Tanna. L’accueil ne fut pas hostile, mais les Britanniques ne purent jamais monter sur le volcan qui était alors sacré et tabu.
Johann Reihold Forster (22 octobre 1729-9 décembre 1798) était un naturaliste allemand de grande renommée à son époque. Ornithologue distingué, il fut embarqué dans le Pacifique par James Cook lors de son second voyage dans cette région du monde, toujours à la recherche du continent austral.
Forster ne s’était installé à Londres qu’en 1766, mais il s’y fit rapidement une solide réputation de scientifique rigoureux. En 1771, il publia un ouvrage très remarqué à l’époque, consacré à la faune de l’Amérique du Nord. L’année suivante, il fit encore parler de lui à propos d’un livre sur les oiseaux de la région de la baie d’Hudson.
Lorsque Cook décida de repartir pour son second voyage, le célèbre naturaliste Joseph Banks, qui l’avait accompagné lors du premier périple, renonça à embarquer à la dernière minute. Johann Forster fit alors acte de candidature pour accompagner Cook ; à près de quarante-cinq ans, il proposa d’embarquer à condition que son jeune fils Georg Forster (1754-1794), âgé de seulement dix-huit ans (mais peintre de talent), fasse lui aussi partie du voyage en tant qu’assistant de son père. Ils quittèrent l’Angleterre en juillet 1772 et ne revinrent que trois ans plus tard, en juillet 1775.
Les Anglais se montrèrent particulièrement malhonnêtes envers les deux Forster, car à leur embarquement, une prime de mille livres leur avait été promise par contrat dûment signé. Or, à son retour, Forster, qui ramenait abondance de notes et collections, comprit que l’Amirauté et, plus haut encore, le gouvernement britannique, se fichaient comme d’une guigne de ses travaux, refusant de lui payer son dû.
Complètement ruiné, il dut vendre en les dispersant ses collections tandis que Banks racheta toutes les peintures de son fils et une partie des échantillons ramenés par Johann Forster.
Même si le naturaliste poussa la loyauté jusqu’à publier le récit de son voyage en 1778 (Observations Made during a Voyage round the World), il avait compris à l’occasion de cette escroquerie des Anglais qu’il n’avait plus rien à faire à Londres. 
En 1779, il retourna dans son pays d’origine, la Prusse, et devint professeur de minéralogie et de sciences naturelles à l’université de Halle, où ses mérites furent reconnus et où ce qu’il avait pu sauver de ses collections fut mis en valeur. Il décéda à Halle en 1798. Le manuscrit de son odyssée avec Cook ne sera, quant à lui, publié qu’en 1844...

Où s’installer

L’autre visage de Tanna, des infrastructures hôtelières de plus en plus sophistiquées pour un tourisme qui se développait parfaitement bien jusqu’à l’apparition de la Covid 19.
L’autre visage de Tanna, des infrastructures hôtelières de plus en plus sophistiquées pour un tourisme qui se développait parfaitement bien jusqu’à l’apparition de la Covid 19.
On peut passer deux jours à Tanna comme une semaine entière sans jamais s’ennuyer. Parmi plusieurs dizaines d’hébergements, allant du camping ou du bungalow très rustique au resort de luxe, nous avons choisi les trois plus belles adresses qui s’offrent aux voyageurs :
 
  • Rockwater Resort au nord de l’île
  • Tann Evergreen Resort & Tours, au nord-ouest, à deux pas de la Kiss Kiss Beach
  • White Grass Ocean Resort & Spa, sur la côte ouest

Rédigé par Daniel Pardon le Jeudi 29 Avril 2021 à 20:40 | Lu 1268 fois





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