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Sommet du Pacifique: Nauru accuse le délégué chinois d'insolence


Yaren, Nauru | AFP | mercredi 05/09/2018 - Le président de Nauru, qui accueille le Forum des îles du Pacifique (Fip), a qualifié le délégué chinois "d'insolent", l'accusant de tenter d'utiliser le poids de la Chine pour intimider les pays de la zone.

Cette sortie du président de Nauru, Baron Waqa, s'inscrit dans le contexte d'un début de sommet houleux entre son île et la Chine, qui n'appartient pas aux 18 Etats membres du Fip mais participe à la réunion en tant que "partenaire du dialogue".
Mardi, le diplomate chinois Du Qiwen a voulu prendre la parole au sommet, mais M. Waqa l'en a empêché, ce qui a entraîné la sortie de la salle de la délégation chinoise.
"Il a insisté et a été très insolent. Il a fait beaucoup de tapage et bloqué la réunion des dirigeants pendant de nombreuses minutes alors qu'il n'est qu'un officiel", a déclaré mardi soir lors d'une conférence de presse le président de Nauru.
"Peut-être que comme il vient d'un grand pays, il veut nous intimider".
Plus petit Etat insulaire au monde, Nauru, qui ne compte que 11.000 habitants, n'entretient pas de relations diplomatiques avec la Chine. L'île fait partie de la poignée de pays qui reconnaît toujours Taïwan, qui a financé une bonne partie des infrastructures servant à accueillir le sommet.
Depuis des décennies, Pékin et Taipei se livrent une lutte d'influence dans la région, les deux gouvernements proposant leur aide financière à de petites nations en échange de leur reconnaissance. Seuls 17 Etats reconnaissent encore Taïwan dans le monde.
La polémique entre Nauru et la Chine avait débuté quand l'île avait refusé d'apposer un visa d'entrée sur les passeports diplomatiques des délégués chinois, déclarant que seuls les passeports personnels pouvaient être tamponnés.
Ce qui peut s'apparenter à une broutille avait manqué de faire capoter l'ensemble du sommet, puisque des pays reconnaissant Pékin et non Taipei avaient menacé de boycotter la rencontre. 
Un compromis avait finalement été trouvé, avant que l'affrontement entre la minuscule île et le pays le plus peuplé du globe ne reprenne de plus belle mardi, quand M. Waqa a accusé M. Du de ne pas respecter le fait que les chefs d'Etat étaient prioritaires d'un point de vue protocolaire.
"Nauru, en tant que pays hôte, a violé les conventions internationales ainsi que le règlement du forum, et a joué là une bien piètre farce", a réagi mercredi lors d'un point presse régulier Hua Chunying, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
"Permettez-nous ce conseil à Nauru et à quelques autres pays très minoritaires: admettez la tendance générale, corriger votre faute, et abstenez-vous de toute action allant à l'encontre de l'histoire", a-t-elle martelé en référence aux 17 nations alliées avec Taïwan.
Ces tensions illustrent la sensibilité de la question de l'influence grandissante de Pékin dans la zone. D'après le cabinet d'études australien Lowy Institute, la Chine a injecté 1,78 milliard de dollars d'aide, y compris sous forme de prêts préférentiels, aux nations du Pacifique entre 2006 et 2016.
La Chine revendique la souveraineté de l'île de Taïwan, qui est dirigée par un régime rival depuis 1949.
Officiellement, la réunion du Fip doit porter sur l'impact dévastateur du changement climatique sur des archipels. Mais dans les faits, le sommet est l'occasion d'un coup de projecteur sur un camp de rétention controversé sur l'île de Nauru où l'Australie relègue des centaines de demandeurs d'asile.

le Mercredi 5 Septembre 2018 à 05:27 | Lu 1311 fois