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Smic à 1.600 euros: le patronat s'offusque, les économistes moins alarmistes


Crédit DENIS CHARLET / AFP
Crédit DENIS CHARLET / AFP
Paris, France | AFP | mercredi 10/07/2024 - C'est une mesure phare de l'union des gauches, qui aspire à gouverner après les élections législatives: porter le salaire minimum (Smic) de presque 1.400 à 1.600 euros net. Une mesure qui inquiète des patrons de petites entreprises, satisfait certains syndicats et que des économistes ne jugent pas forcément négative.

Car l'augmentation du Smic a au moins trois effets aux tendances contraires, dont l'impact global ne fait pas consensus.

D'abord, il rehausse le coût du travail pour les emplois les moins qualifiés, ce qui pourrait dissuader les entreprises de recruter, et, dans le pire des cas, pousser les plus fragiles à mettre la clé sous la porte.

C'est la première inquiétude du patronat: si les entreprises qui ont une faible marge "n'ont pas la possibilité d'augmenter les coûts de vente immédiatement, c'est fini pour elles", craint François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).

Tout le monde s'accorde en effet sur le fait que l'augmentation du salaire minimum aura un impact divergent selon la nature et la taille des entreprises.

"Pour les entreprises exportatrices, souvent grosses, elles emploient des salariés qualifiés payés nettement au-dessus du Smic", explique à l'AFP Clément Carbonnier, professeur d’économie de l'université Paris VIII. Les risques pour elles sont donc limités.

Même chose pour les entreprises qui travaillent principalement en sous-traitance pour de grosses entreprises, qui pourront supporter les hausses.

Là où le bât blesse c'est par exemple dans le service aux personnes, un secteur qui n'aura d'autre choix que d'augmenter ses prix.

Le gouvernement a chiffré à 500.000 les destructions d'emploi que générerait cette augmentation de coûts. Eric Heyer, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), à 322.000.

- Effet pouvoir d'achat -

Mais le chercheur relève deux effets qui viendraient compenser en partie ces destructions.

Le premier: l'augmentation des salaires signifie une augmentation du pouvoir d'achat et donc de la consommation, quoiqu'une partie s'échappe à l'étranger.

Une aubaine pour les entreprises. "Quand la demande des entreprises augmente, elles embauchent", ce qui générerait 142.000 emplois, estime Eric Heyer.

Le deuxième est plus surprenant et propre au système français et aux mesures d'allègement de charges, des dispositifs qui concernent les salaires proches du Smic.

Si les employeurs n'augmentent pas ou peu les salariés légèrement au-dessus du Smic (et en général, c'est le cas), alors leur salaire comparé au Smic sera plus faible, et donc les exonérations de charges plus fortes.

"Cela crée un trou dans la Sécurité sociale" au bénéfice des entreprises, qui vont toucher plus d'aides, explique M. Heyer. Et "puisque le coût du travail va baisser, cela crée des emplois", 151.000, selon lui.

En additionnant les trois effets, les destructions seraient donc limitées à un peu moins de 30.000 emplois, calcule l'économiste.

"Lorsqu'on regarde empiriquement, - par exemple en Allemagne, en Espagne ou dans l'Ontario qui avait augmenté le salaire minimum en 2018 de 20% -, on ne constate pas une baisse de l'emploi", note ainsi Clément Carbonnier.

- Un coup de pouce en 2012 -

La France, qui est le 6e pays de l'UE avec le salaire minimum le plus important, d'après Eurostat, est également celui où la hausse en dix ans a été la plus faible.

Si l'on ne tient pas compte des revalorisations automatiques imposées par la loi, notamment pour compenser l'inflation, le dernier coup de pouce attribué au Smic remonte à 2012 (+0,6 point de plus que l'obligation légale).

La hausse de 200 euros du salaire minimum net mensuel (+14%) serait ainsi sans précédent depuis plus de 40 ans et les +10% accordés en 1981 par la gauche arrivée avec François Mitterrand à l'Elysée.

Si de nombreux syndicats de salariés soutiennent un Smic à 1.600 euros, la CFDT s'en distingue, prônant elle une progression plus diffuse des salaires. "L'essentiel n'est pas seulement le niveau du Smic, mais aussi +comment sort-on du Smic ? Comment ne pas rester smicard à vie ?+", estime Luc Matthieu (CFDT).

Restent deux choix pour améliorer son salaire: "monter en compétences", selon François Asselin, ou "faire des heures supplémentaires pour améliorer vos fins de mois".

le Mercredi 10 Juillet 2024 à 06:46 | Lu 212 fois