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Sénatoriales : Le décor est planté



Tahiti, le 21 juillet 2020 – Avec plusieurs surprises aux dernières élections municipales et un scrutin des plus complexes, les élections sénatoriales prévues fin septembre vont probablement donner lieu d’ici là à de nombreux calculs et opérations de séduction envers les grands électeurs.
 
L’élection des sénateurs passe en règle générale inaperçue en métropole. En Polynésie, le scrutin a souvent marqué la vie politique. En 2008, le To Tatou Ai’a était arrivé en tête des territoriales avec près de 60 000 voix mais le ticket Gaston Tong Sang – Beatrice Vernaudon avait échoué à se faire élire. L’accord au sein de l’UDSP entre le Tavini et le Tahoeraa avait envoyé au Palais du Luxembourg Richard Tuheiava et Gaston Flosse avant que l’instabilité politique ne s’amplifie. En 2015, Nuihau Laurey et Lana Tetuanui avaient renversé le duo Teura Iriti et Vincent Dubois pourtant candidats officiels du Tahoeraa. Un résultat que le Vieux Lion avait présenté comme "la pire trahison politique" qu’il ait vécu, le Tapura d'Edouard Fritch obtenant ainsi sa première victoire avant même sa création.
 
700 grands électeurs pour deux sénateurs
 
Des surprises qui sont les conséquences d’un scrutin au suffrage indirect des plus complexe pour opérer un renouvellement par tranche des élus du Sénat. Les sénateurs sont en effet élus par un collège de grands électeurs appelés aussi délégués, dont le nombre précis et l’identité ne seront connus que cette semaine. Les 57 représentants de l’Assemblée en sont membres de droit, de même que les trois députés actuels. A cette soixantaine s’ajoutent environ 670 délégués issus des conseils municipaux selon l’arrêté du haut-commissariat du 15 juillet dernier. Les conseils municipaux doivent en effet désigner parmi eux, et parfois en dehors du conseil municipal, lesquels auront le droit d’intégrer ce collège de grands électeurs et de voter le 27 septembre prochain. Les modalités de désignation des délégués varient en effet du nombre de conseillers municipaux ou du nombre d’habitants de la commune. En fonction de nombre d’élus au conseil municipal, il peut y avoir entre 1 et 15 délégués selon la taille de la commune. Pour les communes de plus de 9 000 habitants comme Faa’a, Punaauia ou Pirae par exemple, tous les conseillers municipaux en fonction sont délégués de droit. Un calcul en forme de casse-tête, qui devrait en théorie porter le total d’électeurs à près de 730. En théorie bien évidemment, car le chiffre est à revoir sensiblement à la baisse. Le cumul des mandats n’entrainant pas le cumul des votes, un représentant à l’APF également conseiller municipal ne votera ainsi qu’une seule fois.
 
Le casse-tête des communes associées
 
Une mode de calcul qui paraitrait déjà compliqué si le législateur ne l’avait pas rendu encore plus complexe au sein des communes associées. En effet, selon le code électoral, "les communes associées (…) conservent un nombre de délégués égal à celui auquel elles auraient eu droit en l'absence de fusion". En résumé, pour calculer le nombre de grands électeurs, on défusionne virtuellement les communes pour appliquer le barème à leur population respective. Si le mode de calcul favorise certaines communes, il en pénalise d’autres. C'est notamment le cas de Bora Bora. La Perle du Pacifique et ses quelques 10 600 habitants est certes gérée par un conseil municipal composé de 33 élus, mais elle ne disposera que de 27 grands électeurs représentant Anau, Faanui et Nunue. A contrario, la commune de Taiarapu Ouest disposera de 25 délégués contre seulement 15 en l’absence de cette "défusion". Idem à Huahine qui comptera 20 délégués pour représenter les huit communes associées, alors que le calcul classique basé sur les 6 000 habitants n’en aurait donné en temps normal que 15… Les calculettes n’auront pas loisir de se refroidir, il faut désormais évaluer les forces en présence.
 
Equilibre des forces encore indécis
 
La répartition des grands électeurs étant connue depuis la semaine dernière, il reste à la confronter aux résultats des dernières élections municipales pour apprécier l’équilibre des forces. Pour être élu à la majorité absolue, il faudra convaincre 350 délégués environ. Quasiment assuré en début d’année d’atteindre ce chiffre magique, le Tapura a désormais moins de certitudes. Le parti a perdu gros avec les défaites à Arue et Paea qui représentent 33 délégués chacune. Une perte à peine comblée avec quelques prises de guerre minime comme Tahaa et Hiva Oa. Au total, d’après les dernières estimations, le parti majoritaire disposerait d’environ 300 à 320 voix "fermes" correspondant aux communes où une investiture officielle a été accordée ou, faute d’investiture, sont dirigés par un représentant Tapura à l’APF. Un chiffre donc insuffisant pour espérer l’emporter au premier tour, mais néanmoins bien supérieur à celui sur lequel peuvent compter les partis historiques le Tahoera'a et le Tavini qui peinent à atteindre la centaine. Les futurs candidats Tapura devront donc s’atteler à séduire une cinquantaine de grands électeurs parmi ceux, à l’heure actuelle, sans étiquette.
 
Idylle avec les édiles
 
Une stratégie qui passera soit par, hypothèse peu probable, un score plein dans les archipels éloignés, soit par des opérations de séduction auprès de maires Tapura-compatible. En première ligne, on retrouve Anthony Jamet ou Evans Haumani. Le maire de Taiarapu-Est a en effet remporté une triangulaire en juin dernier où tous les candidats se sont revendiqués du parti majoritaire, sans en avoir l’investiture. Un combat fratricide que le vainqueur n’a pas manqué de commenter d’une remarque sibylline sur le soutien dont aurait bénéficié Beatrice Lucas de la part du Tapura. Une amertume qui pourrait donc avoir un coût politique et nécessiter quelques efforts pour convaincre l’édile de la presqu’ile. Si les municipales voient, selon une tradition légendaire, les caisses de poulets s’échangeaient contre des votes, il n’est pas à exclure que, pour convaincre des grands électeurs, les sénatoriales se jouent à coup d’annonces de grands projets. La présentation récente d’un immense projet de zone biomarine avec le déplacement d’une moitié du gouvernement mais également du futur chantier de la route de Tautira, ressorti des cartons deux jours plus tard, n’est peut-être pas étrangère à ce climat de campagne. La majorité d'Edouard Fritch va devoir plus que jamais jouer sa partition du grand rassembleur, accompagnant toutes les communes sans distinctions de couleurs politiques.
 
Plus de grands électeurs à Moorea qu’à l’APF
 
Si l’élection peut se gagner à la presqu’ile, elle peut aussi basculer définitivement à Moorea, grande gagnante du mode de calcul. L’île sœur est en effet notamment constituée de trois communes associées de plus de 3 500 habitants. Elle aura ainsi 58 délégués, soit plus que l’APF et autant que Pirae et Bora Bora réunis, dirigées respectivement par le président du Pays et le président de l’assemblée. Un chiffre qui oblige même le conseil municipal et ses 33 membres à désigner ce mardi des grands électeurs supplémentaires. Moorea sera donc probablement l’un des juges de paix du prochain scrutin, avec la capacité d’apporter un soutien significatif aux candidats qui auront réussi à convaincre de leur capacité à participer au développement de l’île et de ses sept communes associées. Alors que le rapport de la chambre territoriale des comptes sur la gestion de la commune est sur le point d’être rendu public, nul doute que les besoins de l’île feront l’objet d’une attention particulière dans les semaines à venir. Evans Haumani, qui a tapé à la porte du parti rouge sans succès jusqu'ici, pourrait ainsi voir le Tapura venir à lui.
 
Mais cet équilibre des forces est cependant fragile, surtout si les candidatures proposées s’avéraient peu fédératrices. Cet équilibre restera à la merci d’éventuelles défections à l’APF, mais également de la dynamique du futur rassemblement alter-Tapura annoncé par Gaston Flosse justement pour septembre et de la position d'Oscar Temaru sur ce projet.
 

Les résultats des sénatoriales de 2015

En mai 2015, Nuihau Laurey et Lana Tetuanui avaient été élus dès le premier tour avec cependant 24 voix d’écart entre les deux néo-sénateurs du futur Tapura. Un scrutin qui avait marqué une rupture dans la vie politique locale.
 
  Suffrages % obtenu
Nuihau Laurey 380 54,36
Lana Tetuanui 356 50,93
Vincent Dubois 240 34,33
Teura Iriti 225 32,19
Richard Tuheiava 62 8,87
Tauhiti Nena 45 6,43
Jacky Bryant 31 4,43

Rédigé par Sébastien Petit le Lundi 20 Juillet 2020 à 20:52 | Lu 3517 fois





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