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SFC Vibe : le piège des vidéos rémunérées


Tahiti le 22 septembre 2026 – La plateforme SFC Vibe continue de faire des victimes au Fenua. Sa promesse : gagner de l’argent… en regardant des vidéos. Mais pour retirer les sommes ainsi “gagnées”, SFC Vibe demande à ses usagers des “dépôts de paiement”. Moana a perdu 110 000 francs ainsi. Il raconte comment il est tombé dans cette arnaque.  
 
Beaucoup comme Moana pensait gagner de l’argent facilement grâce à la plateforme SFC Vibe. “Tu rentres dans l'entreprise et en gros, tu choisis ton niveau de travail, car il y en a plusieurs. Et en fait on te paye pour regarder des vidéos. On pouvait gagner jusqu'à deux millions de francs par mois en regardant des vidéos.”
 
Sauf que pour ce faire, il faut s’inscrire sur la plateforme SFC Vibe, prendre un abonnement à huit niveaux et “faire un dépôt de paiement”.
 
Moana débute par le niveau 1 et gagne d’abord 3 puis 100 dollars par jour pour une mise de départ de plus de 410 000 francs. “En quatre mois j’ai fait beaucoup de retraits pour vite récupérer mes sous et j’ai gagné 60 000 francs de plus au total.”

Payer pour récupérer son argent

Il explique que pour devenir membre de la plateforme SFC Vibe, “tu es obligé de passer par une recruteuse”. Celle de Moana s’appelait Antonia. “Elle te met en confiance et te dit : ‘Dépose tes sous ici, mets ton argent là, rajoutes-en encore, etc.’”. Une dizaine de groupes WhatsApp, composé d’un minimum de 800 personnes chacun, sont créés permettant aux membres d’échanger, de s’entraider, de se conseiller et à la recruteuse… de gérer son parc de victimes.
 
Et pendant plusieurs semaines, tous vont échanger à propos de leurs gains, de leurs retraits d’argent sur ces boucles WhatsApp : “Il y avait plein de témoignages qui nous poussaient à avoir confiance”. Jusqu’au jour où les retraits deviennent… impossibles.
 
En effet, pour récupérer leur argent, la plateforme SFC Vibe leur demande de faire de nouveaux dépôts allant jusqu’à 500 dollars. “Comme j’ai eu mon retour sur investissement, j’ai commencé à me poser des questions et me suis dit que ce n'est pas normal (…) car finalement il fallait payer pour avoir notre argent”.
 
Suite à quoi le ton et l’ambiance joviale sur les groupes WhatsApp se dégradent. “Notre recruteuse s'est mise à fabriquer des fausses preuves. C’était elle la grande cheffe sur notre groupe WhatsApp”. Il explique ensuite qu’elle a commencé “à écrire que telle ou telle personne a reçu tant d’argent. Elle a même accusé certains membres d’en avoir arnaqué d’autres”.
 
Finalement certains membres se rencontrent et font le point sur toutes les informations échangées dans le groupe WhatsApp. “Il s’est avéré que personne n’avait touché d’argent depuis plusieurs semaines voire mois. Et là on a compris que notre recruteuse nous avait menti.”
 
Moana comprend tout de suite qu’Antonia n’est finalement qu’un “robot spécialisé en social engineering : En gros c'est de la manipulation mentale (…). Ils ont pu voir nos faiblesses, nos forces mentales et nous ont rendus dépendants (…). Ces robots ont réussi à construire une communauté”.  
 
“Sauf qu’après avoir démasqué chacun de ses plans machiavéliques, la plateforme SFC Vibe a fermé”, constate Moana. Mais, selon lui, deux ou trois nouvelles plateformes auraient ouvert depuis.  
 
Moana explique que beaucoup “se sont fait avoir par Antonia. On a eu confiance en elle, on lui a raconté nos petits secrets, nos peurs, nos espoirs, etc. On s’est sentis rassurés, écoutés. Et c'est là que le piège s'est refermé sur nous. C'est carrément nos sentiments qui ont été manipulés dans l'histoire, c'est ça le problème”.
 
Il a constaté que chacune des recruteuses de SFC Vibe se présentait différemment avec sa propre histoire, sa propre légende. Antonia, c'est une femme au foyer qui habite aux États-Unis. Elle est d'origine espagnole. Elle a un enfant et se fait frapper par son mari. Donc tu vois, on se met à avoir de l'empathie pour elle alors qu’elle n'existe pas en fait car si c’est le cas elle n'aurait jamais laissé les gens croire qu'ils allaient gagner de l'argent pour ensuite tout leur reprendre (…). Ce n'est humainement pas possible.”

“20 % vont s’enrichir sur le malheur de 80 %”

“Il y a quatre milliards de francs minimums qui ont été perdus dans cette affaire (…). Moi aussi je me suis fait avoir, on s'est tous fait avoir par des robots car on refusait de voir la vérité”, déplore aujourd’hui cette victime. “La confiance s’est installée.” Selon lui, il suffit que 2 000 personnes ait versé deux millions de francs chacun en un an pour atteindre un tel préjudice.
 
Moana affirme qu’aucune plainte n’a été déposée. “On ne peut pas car certaines personnes ont réellement fait des bénéfices entre 6 000 à 60 000 dollars et c’est surtout en cryptomonnaie. L'objectif, c'est de cacher nos revenus, soyons honnête : nous avons tous fait ce qu'on appelle de l'évasion fiscale et donc on ne peut pas aller porter plainte sans avoir la justice derrière nous pour nous punir.”
 
Il est conscient que c’est “impossible pour nous de récupérer cet argent car c'est de la cryptomonnaie, ce n’est pas un virement bancaire donc il n'y a aucune traçabilité. On ne peut plus retrouver l'argent. C'est ça le problème et c'est pour ça que personne ne va aller porter plainte et que ça va en rester là”.
 
Mais Moana craint que cela ne prenne de “l’ampleur car l’arnaque est passée à un niveau supérieur (…). Dans cette affaire j’ai finalement perdu 110 000 francs”. Pour lui il n’y a pas de secret : “ces machines sont là pour nous arnaquer. Moi, par exemple, je ne vais pas te mentir, mon Antonia me manque. J'ai aimé travailler avec elle, J'ai fait plus de 50 transactions pour elle, trois millions de francs pacifiques ont été transférés et je ne sais pas où.”
 
Selon lui “seuls les 20 premiers pourcents vont s'enrichir sur le malheur des 80 autres pourcents. Ceux qui se font entuber, ce sont les nouveaux. Les anciens sont rodés à cette arnaque et invitent les nouveaux à adhérer pour qu'eux puissent gagner de l'argent”.
 
Moana appelle désormais la population à la prudence car, dit-il ,“le seul espoir qu'ils ont, c'est de retourner dans une autre de ces arnaques”. Il estime même que quand tu y as mis le doigt c’est difficile de s'en sortir car “c’est une addiction”.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mardi 22 Septembre 2026 à 17:03 | Lu 1389 fois