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SAET : La gestion trouble des eaux usées



Tahiti, le 20 juillet 2021 - Dans son dernier rapport, la Chambre territoriale des comptes (CTC) se penche sur la gestion de la SEM Assainissement des eaux de Tahiti (SAET), en charge de la collecte et du traitement des eaux usées à Punaauia principalement. La juridiction s’attarde notamment longuement sur les “défauts de conception, de réalisation, et de fonctionnement ”, notamment de l’émissaire de rejet en mer.
 
La CTC a rendu public ce mardi son dernier rapport sur la gestion de la SEM Assainissement des eaux de Tahiti, en charge de l’exploitation de plusieurs installations d’assainissement collectif qui lui ont été confiées par le Pays. Ces installations consistent en un réseau de collecte, une station d’épuration et un émissaire de rejet en mer des eaux usées de Punaauia mais également de quelques gros clients sur Faa’a. La juridiction constate l’existence de “défauts de conception” importants des installations et pointe également du doigt les conditions d’attribution de l’exploitation à la Polynésienne des eaux.
 
L’émissaire à rien
 
Si la station d’épuration tourne à plein régime et rend improbable le raccordement d’autres communes au réseau comme prévu initialement, la Chambre se penche surtout sur les problèmes économiques et écologiques liés au fonctionnement de l’émissaire. Cette canalisation de près de 1,5 kilomètre doit ainsi rejeter les eaux traitées en dehors de la passe de Taapuna. En théorie seulement. La CTC note que des “défauts de conception” multiples pénalisent l’évacuation avec un débit deux fois moins élevé que celui calculé par les ingénieurs conduisant à la fixation de dépôts dans la canalisation. Le tuyau refoule même dans le mauvais sens causant des “problèmes de débordement de la station” obligeant à la construction d’une station de pompage. Outre les eaux usées, cette dernière pompera 120 millions de Fcfp dans les caisses du Pays pour sa construction.
Autre souci, la corrosion de la canalisation au contact des eaux usées dedans et des eaux marines dehors, une dégradation “insuffisamment prise en compte dans la conception, la réalisation et le fonctionnement de l’ouvrage”. La question est en effet “peu détaillée” dans l’offre de l’entreprise Boyer, en charge de sa réalisation. Lors de la consultation, “l’entrepreneur propose de compenser la corrosion par l’emploi d’une surépaisseur d’acier de 5 mm, soit l’équivalent d’une protection cinquantennale”. Une affirmation qui peut aujourd’hui apparaître trompeuse tant il est peu probable que l’émissaire fête son 50e anniversaire. Une étude réalisée en 2016 révèle l’existence d’une épaisseur d’acier qui s’est réduite par endroits de moitié, des colliers et des ancrages cassés ou en mauvais état, des “risques importants d’effondrement”, des dizaines de fuites par mètre linéaire avec des effluents “évacués par des perforations de la canalisation constatées entre les blocs en béton en extrémité”. Tout l’égout est dans la nature donc. Un florilège de défauts qui conduit la CTC a évoquer la “dégradation prématurée (…) conduisant à un risque possiblement imminent de rupture à certains endroits”.  La juridiction s’étonne ainsi qu’il faille reconstruire cet ouvrage “alors qu’il n’a que 15 ans d’ancienneté” et “qu’il était prévu que cet équipement dure 50 ans”. Des travaux sont prévus avec une ardoise qui peut approcher le milliard de Fcfp.
 
Speed et Boyer épargnés
 
Malfaçon ne rime pas forcément avec punition. Le Pays, propriétaire des installations aurait pu selon la CTC poursuivre les fautifs en raison du mauvais dimensionnement de l’ouvrage, du phénomène de corrosion et d’une solution technique pas viable pour le demi-siècle comme prévu. Mais la CTC note que le Pays “n’a cependant pas souhaité déclencher une action contentieuse à l’encontre du même bureau d’études et de l’entrepreneur qui ont réalisé l’émissaire de la station de Punaauia (la SPEED et l’entreprise Boyer)”. Un immobilisme justifié, selon les fins juristes du Pays dans un argumentaire plus épuré que les eaux, par le dépassement de la garantie décennale qui restreint les voies de recours. Une position en mode bras croisés peu du goût de la juridiction financière. Pour les magistrats financiers, “les vices cachés auraient toutefois pu constituer un fondement pour réaliser ce recours, l’existence de ces derniers permettant de suspendre les délais de la garantie décennale”. Une alternative juridique à laquelle le Pays a répondu par le silence.
 
L’exploitant bien informé
 
La SEM n’emploie que trois personnes. Pas assez pour faire fonctionner toutes les installations, surtout si elles sont défectueuses. Elle a ainsi choisi de confier l’exploitation du service à la Polynésienne des eaux. Le contrat, signé initialement pour cinq ans en mars 2002 a été prorogé plusieurs fois et doit se terminer désormais en mars 2022. Deux consultations en 2012 et 2015 pour trouver un nouvel exploitant sont disséquées par la CTC. Lors de la première, la juridiction note que le délai accordé aux candidats pour répondre était très court. Trop court même puisqu’une seule offre sera déposée. Lors de la consultation suivante, la Chambre constate que la procédure “a avantagé le candidat Polynésienne des eaux, exploitant” qui a répondu sur la base d’informations non détenues par les autres candidats sur les boues issues de vidanges de fosses septiques et de petites stations d’épuration. La CTC “s’étonne que la SEM n’ait pas indiqué dans les documents de la consultation les quantités réellement constatées sur une année type, que seuls la SEM et l’exploitant sortant connaissaient”. Elle en déduit que les informations transmises aux candidats “n’étaient donc pas transparentes” avantageant ainsi la Polynésienne des eaux, “seul candidat à connaître les quantités d’eaux usées et de matière de vidange traitées”. Des matières que l’entreprise va surtout chercher dans les autres communes avec un mode de facturation qui embourbe même les magistrats. Ils s’étonnent de “l’écart important entre le prix de traitement des matières de vidange facturé par la Polynésienne des eaux (4 500 Fcfp par m3 (…) et le prix facturé par la SEM à la Polynésienne pour l’utilisation de la station pour ce traitement (8 575 Fcfp par m3). Cette activité serait donc réalisée à perte par la Polynésienne des eaux”… Sans trainer l’entreprise et la SEM dans la boue, la Chambre appelle à “veiller à plus de transparence” dans les prochaines consultations et à exclure la récupération et le traitement des matières de vidange extérieures à la commune de Punaauia. Elle recommande également de mieux suivre l’exploitation faite par le prestataire et de prévoir le renouvellement des nombreux équipements en fin de vie. Un fonctionnement assaini de la SEM est donc à mettre en œuvre.
 

Rédigé par Sébastien Petit le Mardi 20 Juillet 2021 à 20:55 | Lu 2728 fois





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