Découverte de la vallée de Mo’aroa dans le cadre du lien terre-mer (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 17 juin 2026 - De Hawai’i aux îles Cook, en passant par la Polynésie, comment préservait-on les ressources marines autrefois et comment s’en inspirer en accord avec les enjeux d’aujourd’hui ? C’est l’objet d’un échange intergénérationnel mené depuis trois ans par des scientifiques et des représentants des communautés impliquées dans la gestion de zones de pêche réglementée. La dernière étape du programme a débuté cette semaine à Tahiti entre Papara, Mataiea, Tautira et Teahupo’o.
Une délégation d’une trentaine de personnes originaires de Hawai’i et des îles Cook est actuellement au Fenua dans le cadre d’un cycle de rencontres autour du rāhui. Parmi elles, des scientifiques et des représentants des communautés impliquées dans la gestion de zones de pêche réglementée, reçus par leurs homologues polynésiens. Il s’agit du troisième volet de ce programme d’échange intergénérationnel : le premier avait eu lieu à Hawai’i et le deuxième à Rarotonga.
Après Mataiea côté lagon dimanche, l’équipe s’en est allée côté montagne lundi pour découvrir la vallée de Mo’aroa en compagnie des guides scientifiques de Aoa Polynesian Forests et du botaniste Jean-Yves Meyer. Un lien entre la terre et la mer fondamental pour Tamatoa Bambridge, directeur de recherches au Criobe et président du conseil scientifique consultatif du Rāhui Center : “Aux îles Cook, l’île de Mangaia est un rāhui du sommet de la montagne jusqu’aux pentes externes. Des tarodières entrent dans sa gestion. Traditionnellement, les rāhui concernaient des espaces bien plus vastes incluant le terrestre et le marin. C’est difficile à remettre en place aujourd’hui avec l’histoire coloniale, les revendications et l’individualisation des droits de propriété, ce qui n’est pas le cas du lagon qui relève du domaine public.”
Une délégation d’une trentaine de personnes originaires de Hawai’i et des îles Cook est actuellement au Fenua dans le cadre d’un cycle de rencontres autour du rāhui. Parmi elles, des scientifiques et des représentants des communautés impliquées dans la gestion de zones de pêche réglementée, reçus par leurs homologues polynésiens. Il s’agit du troisième volet de ce programme d’échange intergénérationnel : le premier avait eu lieu à Hawai’i et le deuxième à Rarotonga.
Après Mataiea côté lagon dimanche, l’équipe s’en est allée côté montagne lundi pour découvrir la vallée de Mo’aroa en compagnie des guides scientifiques de Aoa Polynesian Forests et du botaniste Jean-Yves Meyer. Un lien entre la terre et la mer fondamental pour Tamatoa Bambridge, directeur de recherches au Criobe et président du conseil scientifique consultatif du Rāhui Center : “Aux îles Cook, l’île de Mangaia est un rāhui du sommet de la montagne jusqu’aux pentes externes. Des tarodières entrent dans sa gestion. Traditionnellement, les rāhui concernaient des espaces bien plus vastes incluant le terrestre et le marin. C’est difficile à remettre en place aujourd’hui avec l’histoire coloniale, les revendications et l’individualisation des droits de propriété, ce qui n’est pas le cas du lagon qui relève du domaine public.”
“Restaurer notre relation à l’océan”
D’autres visites et rencontres sont prévues dans les prochains jours auprès des comités de gestion de Tautira, Teahupo’o, Mataiea et Papara, ainsi qu’à Moorea, Huahine et Raiatea. L’occasion de s’informer et de s’inspirer mutuellement. “Ce sont des pratiques qui ont existé par le passé à Hawai’i, mais nous les avons oubliées”, confie Kāwika Winter, professeur à l’université de Hawai’i et représentant au conseil consultatif du réseau E Alu Pū. Cette entité regroupe plus de 30 communautés de l’archipel dans l’optique de promouvoir le “kuleana”, c’est-à-dire la responsabilité et le privilège envers le “āina”, la terre sur laquelle elles vivent et qu’elles connaissent, afin de garantir la durabilité des ressources.
“Nous essayons de restaurer notre relation à l’océan et les valeurs qui étaient associées à cette connexion pour que les futures générations vivent dans un monde meilleur. C’est l’objet de mes recherches, mais aussi de cet échange entre nos trois communautés insulaires. Nous étions impatients de venir en Polynésie, où la population a elle aussi perdu cette pratique ancestrale pendant longtemps, mais essaie de la faire revivre. Ce partage de connaissances et d’expériences, c’est quelque chose qui nous anime tous”, poursuit-il.
“Les différences et les similitudes”
Enthousiasme partagé par Antony Vavia, biologiste marin formé en Nouvelle-Zélande à l’université d’Auckland, récemment rentré chez lui aux îles Cook pour œuvrer en faveur de sa communauté en tant que spécialiste de la gestion des ressources halieutiques. “Nos pratiques traditionnelles incluent le ra’ui, selon le dialecte du sud, ou le rahui, au nord. Nous en avons plusieurs à travers nos îles : ils sont tous différents, il y a un système de rotation et ils protègent différentes choses”, explique-t-il. “Ces échanges nous permettent de nous connecter à d’autres organisations qui œuvrent en faveur de la préservation des ressources marines. Ça nous permet de voir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, les différences et les similitudes entre nos modèles respectifs. Pour moi, il est important de comprendre les indicateurs que nous utilisons pour mesurer les réussites, tant écologiques qu’économiques, mais aussi d’un point de vue de la sécurité alimentaire.”
“Ce qu’on peut construire ensemble”
Parmi les temps forts, cet échange en Polynésie a été marqué par la construction, en guise de démonstration, de “maisons pour poissons” en pierres, une pratique ancestrale remise au goût du jour à Hawai’i. “Kāwika a présenté différents modèles qui restaurent les habitats lagonaires. Ça permet de développer des abris pour les juvéniles et différentes espèces. Une participante de Mataiea nous a confié que selon la tradition orale, il y aurait eu des centaines de structures de ce type sur le lagon. C’est une forme de résurgence des savoirs”, analyse Tamatoa Bambridge. Au terme de ces riches moments de partage, la prochaine étape consistera à “définir ce qu’on peut construire ensemble”.

































