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Raiatea : les bagarres dans les établissements scolaires augmentent



Les gendarmes et les policiers municipaux de Uturoa ont rencontré, mercredi les élèves des deux lycées. L'objectif était de revenir sur les risques que ces jeunes encourent s'ils provoquent des bagarres.
Les gendarmes et les policiers municipaux de Uturoa ont rencontré, mercredi les élèves des deux lycées. L'objectif était de revenir sur les risques que ces jeunes encourent s'ils provoquent des bagarres.
PAPEETE, le 25 octobre 2018 - À Raiatea, les associations des parents d'élèves tirent la sonnette d'alarme. De nombreuses vidéos tournent en boucle sur les réseaux sociaux et elles témoignent de la gravité de la situation. Selon les parents, aujourd'hui, les bagarres sont de plus en plus violentes. La municipalité fait de son mieux, mais le manque de moyens n'est pas à leur avantage.

Les bagarres dans les rues, dans les établissements scolaires ou encore en bord de route, sont un fléau bien présent au fenua. Depuis plus d'une semaine, plusieurs parents des Raromata'i commencent à s'inquiéter de la tournure que prend cette violence.

En fin de semaine dernière, une jeune fille originaire de Tahaa et scolarisée au lycée de Uturoa s'est fait agresser par un groupe de filles. "Elle est sortie pour aller chercher une bouteille d'eau au snack, et là, un groupe de filles lui a demandé d'où elle venait et elle a répondu de Tahaa. Et là, changement radical, elles lui ont dit de faire attention et ma fille a reçu un coup sur la bouche, ce qui lui a valu une coupure sur la lèvre. Elle s'en est plutôt bien sortie. Des fois, certains se retrouvent avec un bras cassé", souligne Tea Toofa, la maman de cette jeune fille.

Une violence gratuite et sans raisons valables. Ce cas de figure n'est pas anodin et les associations des parents s'inquiètent du devenir de cette jeunesse. "Il y a toujours eu des bagarres, même à notre époque. Mais depuis la rentrée scolaire, c'est devenu très violent. J'ai vu des vidéos où les combats sont organisés, ce sont des gangs en fait", explique Tea Toofa.

La mère de famille veut mettre fin à ce fléau qui persécute nos enfants. "'Ça s'est passé en dehors, ce n'est plus de notre compétence', je ne peux plus accepter ce genre de réponse de la part de l'établissement scolaire. Que cela se soit passé en dehors, ou devant le portail ou aux alentours, je suis désolée, mais à un moment donné, il faut peut-être réagir."

Et le pire dans cette histoire est que nous sommes arrivés à "un stade où des enfants déscolarisés viennent à l'intérieur et provoquent les lycéens."

"La plupart de ces bagarres sont aussi provoquées par les jeunes qui ne sont pas de Uturoa. Il ne faut pas oublier que dans notre cité scolaire, on accueille tous les enfants des Raromata'i. J'ai remarqué aussi qu'il y a beaucoup de bagarres entre des filles de 12-13 ans", rajoute Sylviane Terooatea, maire de Uturoa.

Les mūto'i de la commune restent donc en alerte, mais "on ne pourra pas intervenir sur toutes les bagarres".

Aujourd'hui, la commune compte huit mūto'i. Ces équipes sont également soutenues, lorsqu'il le faut, par les gendarmes. Mais cela ne suffira pas pour assurer une sécurité maximale. D'où l'importance de sensibiliser les parents et les tāvana des Raromata'i. "Je veux demander à tous les maires des ISLV de se rapprocher des associations des parents de leur île, pour parler de ce problème et sensibiliser tous les parents. Il faut aussi que les parents s'y mettent et discutent avec leurs enfants. S'ils viennent à l'école, ce n'est pas pour boire, mais pour travailler", indique Sylviane Terooatea.

La commune de Uturoa ne bénéficie pas, pour le moment, de Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). "C'est un organisme très lourd à gérer", insiste la tāvana.

"On va mettre en place une réunion avec tous les acteurs que ce soit la gendarmerie, les établissements scolaires, la commune, les délégués de classes. Je sais que ce fléau ne sera pas résolu avec une réunion, mais c'est nécessaire de la mettre en place. Après, il faudra caler une date et avant la prochaine rentrée ce serait bien", prévient Sylviane Terooatea.

Avant cette réunion, un autre événement inquiète la tāvana. Il s'agit du rapatriement des élèves. En effet, les adolescents des cinq îles des Raromata'i poursuivent leur scolarité au lycée de Uturoa. Et lorsqu'arrive le dernier jour d'école, tout ce petit monde prend le bateau ou l'avion pour retrouver sa famille. Et à ce moment, les nerfs sont mis à rude épreuve. "Aujourd'hui, il y aura le rapatriement de tous les élèves vers leurs îles. Donc, il faudra renforcer la sécurité sur la cité scolaire et dans la ville. Je sais que les jeunes sont nombreux aussi à se rendre sur la place To'a Huri Nihi, pour consommer de l'alcool. Ensuite, ils viennent provoquer des bagarres dans la cité scolaire. Puis, ils filment ces incidents et les mettent sur les réseaux sociaux, afin d'avoir le plus grand nombre de "vu"", regrette Sylviane Terooatea.

Afin de limiter ces bagarres, les policiers municipaux réorganisent leur planning pendant les rapatriements. "Le jour du rapatriement, on demande aux établissements scolaires de ne pas laisser sortir les enfants avant l'heure du départ du bateau ou de l'avion, pour éviter que ces jeunes viennent dans la ville. Au départ, cette instruction était suivie, mais aujourd'hui, il y a du laisser-aller. Les proviseurs me disent que s'ils gardent les enfants, ils n'auront personne pour les surveiller. Alors, on a travaillé avec le ministère et on n'a toujours rien. On verra bien ce qui se passera aujourd'hui. Il va falloir qu'on soit vigilants", prévient la tāvana de Uturoa.


Hugues Nivet
Chef du département de la vie des écoles et des établissements


"On travaille actuellement sur deux expérimentations de médiation"

Comment arrivez-vous à gérer ces fléaux ?
"Nous sommes sur une problématique générale de société et on note davantage d'agressivité. Les parents sont eux-mêmes très surpris des réactions de leurs propres enfants quand il y a eu des bagarres. C'est un phénomène que l'on retrouve de manière assez générale, autant dans les cours de récréation qu'à l'extérieur. Heureusement que ce qui se passe dans les établissements est très vite canalisé, c'est peut-être l'endroit, d'ailleurs, où l'on canalise le mieux les élèves puisqu'il y a une présence des adultes et l'intervention des camarades. Après, sur tous phénomènes de violences, il y a toujours un événement, des rumeurs. Il y a un petit peu l'esprit des coqs chez les adolescents, qui se traduit par cette nécessité de ne pas perdre la face. On travaille actuellement sur deux expérimentations de médiation pour essayer de développer ce qu'on appelle la communication non-violente. Des modalités de médiation, de régulation par la parole, l'écoute. Tout cela est à construire dans une société qui découvre finalement des formes d'agressivité nouvelles. Notre vrai souci est plutôt la permissivité que l'on retrouve beaucoup à l'extérieur. On a, à l'évidence, des productions et des consommations de paka. On a des problématiques aussi avec l'alcool. Je ne pense pas que les adultes donnent le bon exemple non plus. Donc, ce n'est pas facile pour eux de se construire si les adultes ne renvoient pas une image positive. L'école est donc le meilleur rempart actuel. C'est peut-être pour cela aussi que l'on regarde beaucoup ce qu'il se passe à l'école, parce qu'il y a sans doute une forme d'impuissance ressentie chez beaucoup d'adultes et de parents."

Lorsqu'une bagarre se fait aux alentours de l'établissement scolaire, qui est responsable ?
"Les abords sont sous l'autorité du Chef de l'établissement. Il a vocation à intervenir sur la partie la plus proche de l'établissement, c'est-à-dire, tout l'espace qui est visible. C'est une zone assez floue. Sachant que, lorsqu'on sort de l'établissement, on a des personnalités extérieures et ça devient plus complexe à gérer puisque nous ne connaissons pas toutes ces personnes. C'est la raison pour laquelle, nous travaillons beaucoup avec les mūto'i, les gendarmes…"


Rappel

5 ans de prison pour partager une vidéo de combat illégal

La loi punit ces comportements. Quelqu’un qui assiste à des violences graves sans aider (ou au moins contacter la police/un adulte) risque d’être condamné au pénal pour non-assistance à personne en danger. Mais filmer ces combats est également interdit : le délit de diffusion d’images à caractère violent encourt 2 ans de prison pour filmer la scène et 3 ans supplémentaires pour diffuser la vidéo. Cette loi vise surtout les complices de Happy Slapping, où un groupe agresse une victime ignorante du danger dans le seul but est de filmer la scène.



Rédigé par Corinne Tehetia le Jeudi 25 Octobre 2018 à 21:13 | Lu 3897 fois






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