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​Quelles mesures pour sauver la crevette bleue ?


Pour sécuriser la filière, les éleveurs adressent plusieurs demandes au Pays à travers un plan de relance (Crédit : archive).
Pour sécuriser la filière, les éleveurs adressent plusieurs demandes au Pays à travers un plan de relance (Crédit : archive).
Tahiti, le 9 juillet 2026 - La filière historique et stratégique de la crevette bleue en Polynésie peine à se relever de la crise de 2023 avec des productions impactées en écloserie comme dans les fermes. Le coupable n’a été identifié qu’en avril dernier : il s’agit du Tauravirus. Sans impact pour la santé humaine, il fragilise les crevettes dès les premières semaines de développement. Une information capitale pour les éleveurs qui savent désormais contre quoi se battre : cette semaine, ils ont présenté un plan de relance sanitaire et financier à la DRM, et restent dans l’attente d’une rencontre avec le président du Pays et les ministres concernés. Le maintien des entreprises en activité est en jeu, ainsi que la sécurisation de la filière en vue de son développement à travers la future zone biomarine de Faratea, où les deux tiers de la production sont tournés vers la crevetticulture.
 

À l’écloserie de Vairao, ce jeudi matin, un cycle complet de post-larves de crevettes a été livré : une bonne nouvelle après une précédente production en dessous des attentes. Des hauts et des bas auxquels la nurserie est confrontée depuis la crise de 2023. Les protocoles ont été adaptés pour répondre au mieux aux attentes des éleveurs de Tahiti et Moorea, eux aussi exposés à des difficultés en phase de grossissement. La perte de production à l’échelle de la filière est de l’ordre de 30 à 40 %. Un pic de 160 tonnes avait été atteint en 2021, tandis que la production est retombée à 90 tonnes en 2025, associée à une inévitable augmentation du prix de vente.
 

​Un plan de relance adressé au Pays


Le coupable a été identifié en avril dernier : il s’agit du Tauravirus (lire encadré). Une information tardive, mais capitale pour l’écloserie et les éleveurs qui savent désormais contre quoi se battre. “On désinfecte les œufs pour éviter la transmission du virus des géniteurs vers l’écloserie et on va lancer des analyses avec un laboratoire en Australie qui a un retour d’expérience en Équateur pour confirmer que ce qu’on a mis en place est efficace. L’objectif, c’est de livrer des post-larves indemnes pour améliorer les résultats et assainir petit à petit les fermes, qui sont toutes touchées”, explique Benoît Le Maréchal, directeur de la coopérative des aquaculteurs de Polynésie française (CAPF).
 
Ce ne sont pas les seules mesures envisagées. Cette semaine, la coopérative et les éleveurs ont présenté un plan de relance (lire encadré) à la Direction des ressources marines (DRM). Les crevetticulteurs restent désormais dans l’attente d’une rencontre avec le président Moetai Brotherson et les ministres concernés. “Pour la réussite de ce plan, on a absolument besoin du soutien du Pays”, remarque Teva Siu, gérant des fermes de Tautira et Teahupo’o. “On a essayé pendant trois ans de s’en sortir en améliorant notre process, mais le fait de ne pas savoir quelle était la cause, ça a aggravé notre déficit. Sur ces trois dernières années, on a perdu un potentiel de production d’à peu près 240 tonnes, soit 200 millions de francs de pertes globales pour l’ensemble de la filière. En termes d’emploi, à Aquapac, on est passé de 19 à 11 personnes. La situation est critique : on a continué à investir, mais notre trésorerie est quasiment négative. Pour le Pays, on parle quand même d’une cinquantaine d’années de travail sur cette filière. Le potentiel est énorme si on pense à l’aquaculture locale au sens large”, poursuit l’éleveur.
 


​“Renforcer la résistance de la filière”


Pour Benoît Le Maréchal, il y a urgence à se positionner : “Toutes les fermes sont exsangues et s’il n’y a pas une aide financière du Pays qu’on réclame depuis trois ans, on ne passera pas le cap. Ce plan existe parce que les privés sont volontaires et croient en l’avenir de cette filière. L’objectif, c’est de renforcer la résistance de la filière à de telles crises en mettant en place des mécanismes pour être mieux armés si ça se reproduit. La filière crevette, c’est la locomotive des filières aquacoles : c’est la seule qui a réussi à décoller et à tendre vers un équilibre financier, et sur laquelle reposent les deux tiers de la zone biomarine de Faratea”. Tandis que la mise à disposition des lots se profile, Teva Siu, lui-même porteur de projet, n’a pas prévu de renoncer pour l’instant. “Dans le contexte actuel, si on doit faire des emprunts pour Faratea, aucune banque ne va suivre... Mais je reste optimiste, car je pense qu’il faut tirer les leçons de cette crise et apprendre à survivre à ce genre de menace”, encourage-t-il. 
 
Dans cette optique, la DRM est en train de développer localement “des diagnostics plus rapides et plus fiables”, comme nous l’a expliqué Marc-André Lafille, responsable de la cellule développement des techniques en aquaculture. “Il y a des actions à mener à chaque étape par chacun des maillons de la chaîne. À notre niveau, il faut absolument développer des outils de traçabilité communs à la filière pour analyser l’ensemble des résultats et adapter nos protocoles en conséquence”. En attendant de savoir sous quelle forme ce plan de relance pourra être mis en œuvre, les prévisions tablent sur une reprise progressive : “On devrait assurer une production de 90 à 100 tonnes pendant encore un ou deux ans, et revenir à une augmentation de production, on l’espère, pour 2028-2029. Avec la cohésion de la filière, on devrait être en capacité de remonter la pente et avoir une zone biomarine qui réponde aux enjeux stratégiques du Pays en matière d’autonomie alimentaire et de produits de qualité sur nos marchés”. Pour satisfaire la demande locale, l’objectif à atteindre serait de 300 à 350 tonnes annuelles de crevettes.
 

Le Tauravirus en cause

Parmi toutes les pistes envisagées, c’est finalement celle du virus du syndrome de Taura (TSV) qui a été confirmée en avril 2026 par un laboratoire américain spécialisé dans la détection des maladies à déclaration obligatoire inscrites par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Le Tauravirus, découvert dans la région du même nom en Équateur en 1992, touche les crevettes d’élevage. “C’est un virus commun : on était parmi les seuls à ne pas l’avoir en raison de notre isolement et de notre protection sanitaire par rapport à l’importation de crevettes”, explique Marc-André Lafille, ingénieur aquacole à la DRM. “On a lancé un séquençage ADN pour essayer de déterminer son origine géographique. Il peut être arrivé récemment par différents flux, ou avoir été présent de longue date et déclenché par un problème lié au confort physiologique de l’animal, que ce soit la qualité de l’aliment, de l’eau, etc.”. Ce virus est sans incidence pour la santé humaine, rassure le scientifique : “Les crevettes locales restent les meilleures sur le marché. Elles sont sans produits médicamenteux et sans conservateurs. Il faut continuer à en consommer pour soutenir la filière et son savoir-faire”.

​Un plan de relance

Pour redresser la barre, le plan de relance présenté par les éleveurs est organisé selon trois axes : un diagnostic, des mesures sanitaires et une aide financière.
1. Réaliser un audit des pratiques à l’écloserie et dans les fermes, et plus globalement de la surveillance sanitaire.
2. Renforcer les mesures et les moyens de suivi sanitaire pour prévenir l’introduction de maladies ou les détecter plus rapidement pour mieux y faire face.
3. Mettre en place des dispositifs financiers pour aider les éleveurs à surmonter cette crise.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Jeudi 9 Juillet 2026 à 18:49 | Lu 405 fois