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"Que fait l'Otan ?" : l'impatience grandit chez Zelensky


Jonathan NACKSTRAND / AFP
Jonathan NACKSTRAND / AFP
Paris, France | AFP | mardi 29/03/2022 - "Que fait l'Otan ? Est-elle dirigée par la Russie?" : à chaque prise de parole, le président ukrainien Volodymyr Zelensky se montre un peu plus impatient envers les Occidentaux, au risque de brouiller leur message d'unité et de solidarité avec les Ukrainiens.

Depuis le début de l'offensive russe le 24 février, il n'a de cesse de réclamer une zone d'exclusion aérienne pour stopper les bombardements sur les villes et infrastructures ukrainiennes et inverser le cours de la guerre.

Volodymyr Zelensky, devenu le symbole de la résistance ukrainienne, réclame aussi plus d'armes, y compris des avions, au-delà des milliers de missiles antichar et antiaériens déjà livrés par les Américains, les Britanniques et les pays de l'Union européenne.

"Vous avez au moins 20.000 chars (...) L'Ukraine a demandé un pour cent de tous vos chars! Donnez-les nous ou vendez-les nous!", a-t-il lancé le 24 mars.

Les pays de l'Alliance atlantique refusent obstinément de s'engager à faire respecter une zone d'exclusion aérienne, qui signifierait leur implication directe dans le conflit face aux Russes.

Idem pour la livraison d'avions ou de chars à l'Ukraine. "Aujourd'hui, personne ne franchit cette limite parce qu'il est évident qu'elle caractérise une cobelligérance", résume Emmanuel Macron.

"Peur de la Russie" 

Le président français est l'un des rares dirigeants occidentaux à parler encore à Vladimir Poutine et à offrir sa médiation dans le conflit, en accord avec Volodymyr Zelensky.

Si la France reste discrète sur son aide militaire à Kiev - afin de ne pas donner, dit-elle, des informations exploitables par les Russes -  elle a aussi livré des missiles antichar à Kiev, selon le quotidien Le Monde.

Le président ukrainien n'en a pas moins eu des mots assez durs envers son homologue français dans une interview à l'hebdomadaire britannique The Economist diffusée ce weekend.

Emmanuel Macron a "peur de la Russie", a-t-il lancé, après les propos du président français sur la non-cobelligérence. "Pour être honnête, (Boris) Johnson aide plus", a-t-il renchéri.

Dans la foulée, la présidence française a jugé bon de rappeler que tous les Occidentaux, Britanniques compris, avaient la même position, à savoir "fournir des armes défensives et létales" mais avec "une ligne rouge", la non-cobelligérence.

Dans la même interview, le président Zelensky a aussi clairement montré du doigt l'Allemagne comme l'un des pays pour lesquels "il vaudrait mieux que la guerre se finisse vite parce que la Russie est un gros marché pour eux et que leur économie en pâtit".

"Acte fondateur" 

Le président hongrois Viktor Orban, réputé proche de la Russie, n'est pas non plus épargné même s'il s'est rallié aux sanctions européennes contre la Russie. "Tu dois décider une fois pour toutes dans quel camp tu es !", s'est-il entendu dire.

Pour Isabelle Veyrat-Masson, spécialiste de communication politique au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Paris, dans cette crise, "chacun compense par la violence de ses expressions, de ses mots, l’absence d’une certaine manière" de résultats.

"Il faut aller très loin (dans l'interpellation, ndlr) pour être crédible", dit-elle à l'AFP. Mais le risque c'est aussi d'aller "trop loin" et de se "décrédibiliser", met-elle en garde.

Pour l'heure, Volodymyr Zelensky garde toutefois un avantage clef en termes d'image. "Il s’énerve parce qu’il trouve que ça ne va pas assez vite. Mais il a fait le choix de rester à Kiev, il est sur place, il résiste. Tout le reste est positivé par cet acte fondateur", ajoute la chercheuse.

Son discours risque aussi d'alimenter les divisions qui menacent toujours de ressurgir en Europe même si l'UE a réussi à afficher une unité exemplaire depuis le début de la guerre en Ukraine.

En Europe de l'Est, l'Allemagne et la France sont toujours suspectées de vouloir une "désescalade à n'importe quel prix" avec Moscou, souligne Wojtciech Lorenz, analyste au Polish Institute of International Affairs (PISM) à Varsovie.

"Quand on définit des lignes rouges, on donne à l'adversaire une marge de manœuvre pour faire ce qu'il veut", dit-il à l'AFP. "Le risque est grand que l'unité européenne s'évapore quand la Russie se montrera prête à négocier", anticipe-t-il.

le Mardi 29 Mars 2022 à 06:45 | Lu 376 fois