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Pré-campagne présidentielle en France pour Oscar Temaru


Oscar Temaru, mercredi à Paris, peu avant le lancement du magazine politique Mediapart Live.
Oscar Temaru, mercredi à Paris, peu avant le lancement du magazine politique Mediapart Live.
PARIS, 15 février 2017 - Oscar Temaru est de passage dans l'Hexagone pour une dizaine de jours. Le président du Tavini Huiraatira multiplie les interviews dans la presse nationale afin de faire connaître sa candidature à l'élection présidentielle française et son combat indépendantiste. L'objectif est aussi de réunir les derniers parrainages dont il a besoin afin de concourir au scrutin de mai 2017.

Dans les locaux du journal Mediapart, à Paris, Oscar Temaru exulte : "Et voilà ! Je viens de l'apprendre, nous avons un nouveau soutien en Guyane, cela nous amène à 20 départements : plus que 10 !"

Le président du Tavini Huiraatiraa est à quelques minutes d'une longue interview en direct mais il garde toujours un œil sur l'avancée de sa quête de parrainages. L'enjeu est de taille, s'il parvient à réunir 500 parrainages d'élus répartis sur 30 départements, il pourra concourir à l'élection présidentielle française. "Je ne veux pas être élu, je suis candidat pour défendre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes", explique-t-il inlassablement aux journalistes et aux contacts qu'il rencontre depuis une semaine qu'il est en métropole. Le candidat veut surtout réunir la majorité des suffrages du fenua, afin de proclamer une "déclaration de souveraineté" unilatérale. A l'impact juridique incertain.

Son bras droit, Moetai Brotherson est arrivé fin janvier et a loué une voiture pour sillonner le sud de la France à la recherche d'élus qui pourraient accompagner la démarche indépendantiste d'Oscar Temaru. "Les contacts sont bons, nous progressons, je fais du porte-à-porte et j'essaye de convaincre les maires et les élus locaux un par un. C'est un travail de longue haleine", raconte Moetai Brotherson.

Un travail qu'Oscar Temaru et Moetai Brotherson ont commencé il y a de longs mois déjà. Ils étaient tous deux en métropole il y a six mois afin de s'assurer du soutien des régionalistes français, du Pays Basque à la Corse en passant par l'Alsace et la Bretagne. Un réseau à consolider par de nombreux et éprouvants voyages. "C'est un véritable sacrifice, cela coûte beaucoup d'argent et je n'aime pas m'éloigner de chez moi pour aller dans le froid", confie le leader indépendantiste. "Depuis 40 ans que je mène ce combat j'ai parcouru plusieurs fois la planète : la démarche était tout aussi difficile pour obtenir de l'ONU qu'elle réinscrive notre pays sur la liste des pays à décoloniser".

C'est l'argument numéro un du candidat indépendantiste, pour ce déplacement en France. Auréolé de cette victoire et du soutien de l'organisation internationale, l'homme espère fédérer les élus de sensibilité régionaliste et nationaliste, comme en Corse. Pourtant, le combat est loin d'être gagné puisque des rivalités au niveau national l'empêchent d'avoir l'hégémonie sur le courant régionaliste à la présidentielle.

Christian Troadec, maire de la ville de Carhaix, en Bretagne, et figure du mouvement régionaliste dans l'Ouest de l'Hexagone revendique lui aussi le leadership des fédéralistes-nationalistes-indépendantistes à l'élection présidentielle. Il est candidat. Selon lui, c'est le bon score de ces mouvements aux élections régionales de 2015 qui laisse penser qu'il y a un créneau à prendre.

Christian Troadec était d'ailleurs invité en même temps qu'Oscar Temaru à l'émission en direct de Mediapart, mercredi. Mais il a décliné l'invitation au dernier moment. "C'est peut-être une angine diplomatique parce que vous êtes là et qu'il y a une rivalité entre vous deux M. Temaru ?", a questionné le journaliste Edwy Plenel. A quoi le maire de Faa'a a répondu en souriant qu'il s'agit au contraire "d'un ami", avec qui les contacts sont bons et la lutte commune. La rivalité tournera forcément à l'avantage de celui qui réunira le maximum de parrainages. Oscar Temaru et son équipe restent dans l'Hexagone jusqu'à la semaine prochaine. Ils vont notamment aller prospecter dans l'Est de la France. S'il va jusqu'au premier tour de l'élection présidentielle, Oscar Temaru devra revenir affronter le climat continental à plus d'une reprise.

Rédigé par Julien Sartre, à Paris le Mercredi 15 Février 2017 à 13:33 | Lu 2763 fois