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“Pas de tarifs exceptionnels, ni préférentiels lors du salon”


Ouverture du salon du Tourisme le 06 septembre 2024   ©Présidence
Ouverture du salon du Tourisme le 06 septembre 2024 ©Présidence
Tahiti, le 4 février 2026 –À quelques jours de l’ouverture du salon du tourisme, vendredi, la réservation de billets d’avions, au-delà de juin prochain, est impossible pour les 34 îles de Polynésie française dont la desserte est couverte par la délégation de service public pour le transport aérien interinsulaire, la convention arrivant à échéance au 1er juillet. Le Pays songe à prolonger cette DSP mais en attendant au salon du tourisme il n'y aura pas de tarifs préférentiels” pour ces mêmes îles. 
 
Impossible, depuis plusieurs semaines, de faire la réservation au-delà du 30 juin prochain, sur internet ou sur place en agence, pour un vol vers l’une des 34 îles couvertes par la délégation de service public du transport aérien interinsulaire. Des îles polynésiennes dont plusieurs tablent sur les revenus du tourisme : Ahe, Anaa, Apataki, Aratika Nord, Arutua, Faaite, Fakahina, Fangatau, Hao, Hikueru, Katiu, Kauehi, Kaukura, Makemo, Manihi, Mataiva, Napuka, Niau, Nukutavake, Puka Puka, Pukarua, Raroia, Reao, Takapoto, Takaroa, Takume, Tatakoto, Totegegie, Tureia, Vahitahi, Raivavae, Rimatara, Ua Pou et Ua Huka 
 
À deux jours de l’ouverture du salon du tourisme, mercredi, impossible de réserver des vols autres que pour Moorea, Raromata’i, Rangiroa, Fakarava, Tikehau pour les Tuamotu, Nuku Hiva et Hiva Oa pour les Marquises, Rurutu et Tubuai pour les Australes. 

“La desserte aérienne n’est pas un confort : c’est une nécessité vitale”

Une des professionnelles du tourisme installée à Manihi, assure que ses “inquiétudes sont multiples et très concrètes”. Elle rappelle d’abord que la cherté des billets “nous rend moins compétitifs” par rapport aux autres atolls. “Si, en plus, le programme de vols n’est pas disponible ou clair, les clients vont naturellement comparer… et choisir ailleurs. Dans ce cas, Manihi perdra purement et simplement ses visiteurs.”
 
Et, au-delà des touristes, toute la population de l’atoll sera impactée, à l’instar des malades, “par une réduction ou une instabilité des vols. Pour un atoll isolé comme Manihi, la desserte aérienne n’est pas un confort : c’est une nécessité vitale”.
 
Cette professionnelle regrette que “les institutions représentatives du tourisme ne [les] aient pas informé de la situation. Si leur réponse est qu'ils n’étaient pas au courant de la situation à quoi servent-ils ?”
 
Interrogée la présidente de l’association du tourisme authentique de Polynésie, Mélinda Bodin, estime que les pensions de famille risquent de pâtir fortement de cette situation, tout comme les voyageurs puisqu’ils devront payer plus cher pour ces destinations puisqu’“il n'y aura pas de tarifs exceptionnels, ni préférentiels pour ces îles-là lors du salon”, regrette-t-elle.
 
Elle était même prête à aller devant la présidence et porter un drapeau mais seulement il faudrait que quand je me retourne, il y ait du monde derrière, et ne pas être toute seule”. Elle regrette d’ailleurs que ses collègues ne se soient pas manifestés plus que cela.
 
Certains pensaient même à “boycotter” le salon du tourisme ce vendredi : “On ne sait pas si on va rentrer dans nos frais.” “Réveillons-nous”, insiste Mélinda Bodin qui rappelle que cette délégation de service public a été mise en place pour désenclaver et aussi développer nos îles. “Tape’a to tatou rima, soyons ensemble et disons ça suffit ! On est une force incroyable.” Selon elle, même les hôteliers les soutiennent.
 
“Le tourisme est la première économie du territoire, ne venons pas casser cette économie.” Et, selon la présidente de l’association du tourisme authentique de Polynésie inutile de “venir cracher sur Air Tahiti qui a toujours été à nos côtés depuis toujours”.

Air Moana est aussi un de leur partenaire mais “pour l’instant Air Tahiti peut répondre à tous ces vols. Le jour où on aura une compagnie qui aura autant d'avions et qui pourra faire autant d'îles, on discutera mais pour l'instant, c'est Air Tahiti”. Aussi appelle-t-elle le président du Pays en charge du Tourisme et du Transport aérien à “signer”  le contrat de délégation de service public (DSP) au plus tôt.

Prolongation de la DSP actuelle

Contacté le président Moetai Brotherson a indiqué mercredi que le Pays était en attente des “résultats” d’une étude sur le schéma aérien domestique confiée à la Direction de l’aviation civile et dont les conclusions doivent être rendues en juin. “On ne pourra pas produire la nouvelle DSP avant l’échéance de l’actuelle, d’où la prolongation d’un an pour se donner le temps de bien rédiger la nouvelle DSP”. Moetai Brotherson assure également que cette prolongation doit être actée “ce mois-ci”.

Selon nos sources, le Pays attend surtout que des “modifications” de la convention de l’actuelle DSP soit faites pour ensuite prolonger cette dernière. “Et c’est ce qui bloque”, nous assure une source de l’avenue Pouvanaa a Oopa. Une autre source, toujours de la présidence, se veut plus rassurante et assure que les modifications “sont en cours” en confirmant que, selon les textes en vigueur, la prolongation de cette délégation de service public pour le désenclavement ne pourra durer plus d’un an.
 
Contactée la direction de la compagnie Air Tahiti n’a pas voulu s’exprimer. Certains agents regrettent toutefois cette situation. Ils assurent que pendant le salon du tourisme “on ne vendra des billets que pour douze îles, les autres on ne pourra pas”.
 
Rappelons que la DSP a été octroyée à Air Tahiti, après un appel public à candidature, le 1er juillet 2021 et, ce, pour une durée de cinq ans. 

Une professionnelle du tourisme installée à Manihi “Notre chiffre d’affaires chute fortement”


“J’ai commencé à comprendre qu’il y avait un problème courant août 2025, lorsque j’ai voulu anticiper des réservations de clients pour juillet 2026 (…). Ma première réaction a été une inquiétude immédiate, à la fois professionnelle et personnelle. Nous avons travaillé dur pour relancer l’activité touristique sur Manihi, et cette incertitude sur les vols met directement en danger cet équilibre fragile.

Concrètement, nous perdons des réservations, car les clients préfèrent des destinations où les vols sont sécurisés et visibles à l’avance. Même lorsque Manihi les attire, l’absence de confirmation aérienne les pousse à renoncer ou à choisir une autre île. Nous avons déjà trois grosses réservations pour juillet avec des acomptes encaissés, ainsi que des réservations confirmées pour août, septembre et octobre. Par souci d’honnêteté et de transparence, nous informons systématiquement nos clients de la situation.

Mais, même si certains maintiennent leur réservation, je sens clairement que cette incertitude les inquiète et les freine. Je leur explique la situation de manière transparente : que Manihi est une ligne DSP, que le programme de vols au-delà de juin n’est pas encore officiellement publié, et que nous sommes dans l’attente de décisions.

Je fais de mon mieux pour les rassurer, mais je ne peux pas leur garantir ce que moi-même je ne connais pas. Depuis début janvier, lorsque j’ai réellement compris qu’il y avait un problème structurel autour de la DSP et de la visibilité des vols, j’ai changé ma façon de faire. Aujourd’hui, je propose uniquement des options sur notre planning, en précisant clairement que je ne peux pas garantir les vols. Résultat : notre chiffre d’affaires chute fortement, car beaucoup de clients préfèrent ne pas s’engager dans ces conditions.”
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mercredi 4 Février 2026 à 20:02 | Lu 1029 fois