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Outre-mer: une reprise économique "timide" en 2025 mais l'emploi et la consommation toujours à la peine


 

Tahiti le 14 avril 2026. Les économies d'outre-mer ont connu en 2025 un rebond après une année 2024 difficile, mais cette embellie "bénéficie peu, ou pas à l'emploi" et laisse entières les vulnérabilités structurelles des territoires ultramarins, selon les instituts représentant la Banque de France dans ces territoires.


"Le regain d'activité de 2025 par rapport à 2024 bénéficie peu, on peut même dire pas dans certaines géographies, à l'emploi", a déclaré Alexandre Gautier, nommé en mars à la tête de l'Iedom-Ieom, la banque centrale des territoires ultramarins français, lors d'une conférence de presse annuelle.

Si le climat des affaires progresse dans l'ensemble des territoires -la Polynésie française se distinguant avec une hausse du chiffre d'affaires pour deux entreprises sur trois- l'emploi privé reste "fragile, voire en léger repli" dans la plupart des outre-mer, et la consommation des ménages "assez peu dynamique".

L'année 2024 avait été marquée par une succession de crises dans les outre-mer français, entre les émeutes meurtrières qui ont ravagé l'économie de la Nouvelle-Calédonie, le mouvement contre la vie chère en Martinique ou les cyclones Chido à Mayotte et Belal à La Réunion.

En comparaison, 2025 a épargné les territoires ultramarins mais l'année "marque un record du nombre de défaillances d'entreprises" dans les outre-mer, avec 2.832 redressements et liquidations judiciaires, a précisé Stéphane Foucault, le directeur de l'Iedom-Ieom, évoquant un "effet de rattrapage" post-Covid mais aussi des tensions structurelles.

Il note l'effet délétère des retards dans les délais de paiement aux entreprises, notamment de la part du secteur public local, qui sont "quasiment deux plus élevés dans les outre-mer" que la moyenne nationale. Le secteur public hospitalier présente pour sa part des délais de paiement moyen de 121 jours, loin de l'objectif national de 50 jours.

Pour 2026, la situation reste contrastée. À Mayotte, la reconstruction post-Chido pourrait "réellement s'amorcer" avec le déblocage de budgets de l'État dans le cadre de la loi pour la refondation de l'île, note l'Iedom. Ce "gros effort" se traduit par "un recul très significatif des craintes de défaillance" dans le 101e département français. 

En Nouvelle-Calédonie en revanche, aux indicateurs économiques catastrophiques depuis les émeutes de mai 2024, "près de 30% des entreprises craignent une défaillance" dans les douze mois et la reprise reste suspendue à "la clarification de l'horizon institutionnel", estime le président de l'Iedom.

L'inflation, bien qu'inférieure à 2% dans l'ensemble des territoires, a "laissé des traces" dans le budget des ménages les plus modestes après la période de hausse consécutive au Covid, à l'invasion de l'Ukraine par la Russie et 2026 s'ouvre avec "une grande zone d'incertitudes", précise M. Gautier. 

La guerre au Moyen-Orient et la hausse des prix des carburants qui en résulte pourrait générer "de nouvelles pressions inflationnistes", dans des territoires dont l'approvisionnement énergétique reste "principalement lié aux énergies fossiles", souligne-t-il.

Rédigé par AFP le Mardi 14 Avril 2026 à 09:45 | Lu 169 fois