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Obésité infantile : le Fare Tama Hau implique les familles


Obésité infantile : le Fare Tama Hau implique les familles
Tahiti, le 9 août 2022 - Véritable enjeu de santé publique, le surpoids et l’obésité touchent plus d’un tiers des enfants et ados polynésiens. La semaine dernière, le Fare Tama Hau a lancé un nouveau dispositif de prise en charge à destination des jeunes de 3 à 25 ans concernés par cette problématique. Ce programme, adapté à chaque profil et à chaque famille, combine activités sportives et éducation à l’alimentation, tout en assurant un suivi médical et psychologique.
 
La semaine dernière, le Fare Tama Hau, la Maison de l’enfant et de l’adolescent situé à Fare Ute, a initié ses premières consultations Toū tino, toū ora à destination des enfants et des jeunes en surpoids ou obèses. L’offre de soins était jusqu’alors insuffisante dans ce domaine au vu de l’ampleur de la problématique au fenua. Les chiffres avancés par la Direction de la santé pour appuyer la mise en place de ce nouveau dispositif sont en effet inquiétants.
 
En 2014, 36% des enfants scolarisés de 7 à 9 ans étaient en surpoids, dont 16% au stade d’obésité. La même enquête révélait que les boissons sucrées étaient consommées dès le petit déjeuner pour 10% d’enfants et que 42% ne pratiquaient aucune activité physique en dehors de l’école. Côté ados, une autre enquête menée en 2015 montrait que 43% des élèves polynésiens âgés de 13 à 17 ans étaient en surpoids, dont 20% obèses.
 
Or, les problèmes de poids installés dès l’enfance ont de grandes chances de perdurer à l’âge adulte (50 à 70% de probabilité de rester obèse après la puberté). “Le surpoids et l’obésité peuvent entraîner à terme des complications importantes comme le diabète, des problèmes articulaires et osseux ou une hypertension artérielle”, explique Laurence Bonnac, pédiatre et directrice du Fare Tama Hau. “C’est une problématique importante à laquelle il faut proposer des solutions. C’est donc le but de cette consultation pluridisciplinaire qui réunit plusieurs intervenants professionnels des domaines sanitaires et sportifs pour prendre en charge ces enfants et ces jeunes. Le but n’est pas de les faire maigrir mais surtout de stabiliser leur prise de poids.”
 
Le maître-mot : la motivation
 
Le dispositif s’adresse à un public motivé, allant des enfants de 3 ans jusqu’aux jeunes adultes de 25 ans, accompagnés de leur famille si nécessaire, qui sont prêts à s’investir pour une durée d’au moins un an. Et surtout, ce programme est gratuit. “C’est un dispositif tripartite”, poursuit Laurence Bonnac. “Il regroupe le Fare Tama Hau, le CHPF (plus particulièrement le Dr Marianne Besnard pour la pédiatrie) et la Direction de la santé qui finance le dispositif via le fonds de prévention sanitaire et sociale. Comme on a commencé la semaine dernière, on a pour l’instant reçu des patients adressés par l’hôpital et le Fare Tama Hau, mais le dispositif s’adresse à tous ceux qui le souhaitent. Il faut surtout être motivé. On ne perd pas du poids en 15 jours, c’est un travail de longue haleine, qui implique de changer son comportement, son hygiène de vie, sa façon de manger et de se mouvoir…”
 
La prise en charge sera ainsi adaptée à chaque profil et à chaque situation. “L’obésité est liée à plusieurs problématiques, comme l’hygiène alimentaire et l’activité physique, mais il faut surtout prendre en compte la sphère familiale et le mode de vie de chaque personne”, explique l’infirmière coordinatrice du projet, Marie-Ange Maturier. “C’est pourquoi, lors de la première consultation que je mène avec la diététicienne, on fait le point avec les parents sur le fonctionnement de la maison, à savoir qui cuisine ou s’occupe des enfants la journée par exemple, sur la scolarité, sur l’alimentation… Puis on rencontre l’éducateur d’activités physiques adaptées et des médecins si besoin afin d’établir un programme adapté, en fonction des activités éventuellement déjà pratiquées. Le principe, c’est que l’enfant fasse deux séances d’activité physique par semaine.”
 
Soutien psychologique et accompagnement éducatif
 
Outre ces deux aspects, sport et alimentation, le suivi multidisciplinaire comporte aussi un soutien psychologique et un accompagnement éducatif des familles, car le surpoids dépend également d’éléments affectifs, comportementaux et cognitifs. Pourront donc intervenir, en renfort de l’équipe médicale, des éducateurs spécialisés, des psychologues, des assistantes sociales et des masseurs-kinésithérapeutes.
 
“On est censé avoir une filière active de 100 enfants donc on va essayer de centraliser au maximum les consultations. Mais s’il y a des problématiques particulières et qu’on doit se rendre à domicile, on le fera. Au niveau diététique et bien-être, on a également prévu des ateliers collectifs, par groupe d’âge et par secteur. On devrait également se rendre dans les maisons de l’enfance de Faa’a et de Punaauia pour aborder la question de l’alimentation et du bien-être avec les parents, mais également animer des ateliers cuisine”, conclut Marie-Ange.
 

​Marie-Ange Maturier, infirmière coordinatrice du dispositif Toū tino, toū ora : “Beaucoup de parents étaient dans l’attente de ce type de programme”

Laurence Bonnac, pédiatre et directrice du Fare Tama Hau, et Marie-Ange Maturier (à droite), infirmière coordinatrice.
Laurence Bonnac, pédiatre et directrice du Fare Tama Hau, et Marie-Ange Maturier (à droite), infirmière coordinatrice.
“Le projet a débuté la semaine dernière. On a déjà reçu une dizaine d’enfants en consultation mais au fur et à mesure, on va en accueillir de plus en plus. Les parents sont vraiment intéressés. Beaucoup étaient dans l’attente de ce type de programme qui permet un suivi régulier, en diététique et en activité physique. La motivation est très importante dans ce dispositif car il ne faut pas lâcher afin d’obtenir des résultats sur le long terme. Un contrat de soins va être établi en fonction du programme proposé pour que les parents et leurs enfants s’engagent pendant un an au minium. Des bilans vont être réalisés régulièrement et des statistiques transmises à la Direction de la santé. On sent déjà la motivation, surtout de la part des parents car les enfants n’ont pas toujours conscience du problème. Certains présentent des comorbidités importantes. Leurs parents ont envie de mettre en place tout ce qui est possible donc c’est encourageant, pour nous et pour eux.”
 

Rédigé par Lucie Ceccarelli le Mardi 9 Août 2022 à 17:02 | Lu 1621 fois