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Nouvelle-Calédonie: dialogue en panne à un mois du référendum



Nouméa, France | AFP | jeudi 03/09/2020 - Le dialogue entre l'Etat, les loyalistes et les indépendantistes kanak, outil depuis plus de trente ans du maintien de la paix en Nouvelle-Calédonie, est au point mort à un mois du deuxième référendum sur l'indépendance prévu le 4 octobre.      

"Il n'existe pas d'autre chemin que celui du dialogue pour assurer que le destin de la Nouvelle-Calédonie se réalise dans la paix", peut-on lire en conclusion d'un document rendu public la semaine dernière par l'Etat sur les implications du "oui" ou du "non" à l'indépendance.     

A l'évidence, ce dialogue est pourtant inexistant à un mois du deuxième référendum sur l'accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie, organisé dans le cadre du processus graduel de décolonisation de l'accord de Nouméa (1998). "Je pense que nous sommes revenus 40 ans en arrière", souligne l'historien Louis-José Barbançon. 

Après plusieurs années de violences meurtrières entre indépendantistes kanak et loyalistes "caldoches", dont la tragédie de la grotte d'Ouvéa -21 morts- fut le point d'orgue en mai 1988, la Nouvelle-Calédonie a renoué avec la paix depuis les accords de Matignon (26 juin 1988) puis celui de Nouméa (5 mai 1998).     

Signés entre l'Etat, les indépendantistes du FLNKS et les non indépendantistes, ces accords ont pour matrice l'émancipation politique et économique de l'archipel.     

"La décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd'hui en Nouvelle-Calédonie, en permettant au peuple kanak d'établir avec la France des relations nouvelles correspondant aux réalités de notre temps", stipule le préambule de l'accord de Nouméa.      

Comme prévu par ce processus, un premier référendum a eu lieu le 4 novembre 2018 et a été remporté par les partisans de la France, avec 56,7% des suffrages. En cas de nouveau rejet de l'indépendance le 4 octobre prochain, un troisième scrutin référendaire est encore possible d'ici 2022.       

En 2018, "un groupe de dialogue sur le chemin de l'avenir" placé sous l'égide du Premier ministre Edouard Philippe et destiné à esquisser "l'après accord de Nouméa" avait abouti à l'écriture d'une "charte des valeurs calédoniennes" et à un "bilan politique partagé de l'accord de Nouméa".    

A droite, seuls les dirigeants du parti Calédonie ensemble (CE, centre droit), alors majoritaire, avaient apposé leurs signatures sur ces documents tandis que les loyalistes proches des Républicains avaient quitté avec fracas l'instance de dialogue.      

 radicalisation

Désormais unis sous la bannière "L'avenir en confiance" (AEC), ce courant, solidement arrimé à droite, est sorti vainqueur des élections territoriales de mai 2019, qui ont débouché sur une radicalisation du débat et un renforcement de sa bipolarité.      

Ainsi depuis plusieurs mois, la préparation du scrutin du 4 octobre est une litanie de polémiques sur l'élaboration du corps électoral, le choix de la date, l'usage autorisé par l'Etat du drapeau tricolore pour la campagne officielle, en dérogation au code électoral, ou encore les inscriptions dans les bureaux de vote décentralisés.      

"Plus on radicalise, plus on entre dans un engrenage qui empêche de renouer le dialogue entre indépendantistes et non indépendantistes", a récemment mis en garde le député Philippe Dunoyer (UDI-Calédonie ensemble).     

Le dernier écueil en date est le document diffusé vendredi dernier par l'Etat sur les conséquences du "oui" et du "non". Le texte, laconique et didactique, est pratiquement identique à celui diffusé en 2018 alors qu'il avait été prévu de l'étoffer.      

L'Avenir en Confiance s'est félicité que "l'Etat dise le droit" alors que le FLNKS, qui prône une indépendance avec partenariat, a dénoncé "un réchauffé d'un Etat partial". 

L'ultra-sensible sujet du nickel, dont l'île détient un quart des ressources mondiales, s'est en outre greffé à ces tensions, avec le retrait du géant Brésilien Vale, qui veut vendre son usine métallurgique et son richissime gisement de Goro à un groupe australien.     

Indépendantistes et coutumiers kanak s'opposent à cette transaction, qualifiée de "bradage du patrimoine minier". Ils ont appelé à la mobilisation sur le terrain.    

le Jeudi 3 Septembre 2020 à 07:03 | Lu 639 fois





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