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“Mon permis était bloqué chez le maire”


Tahiti, le 30 septembre 2025 - Une habitante de Raiatea accuse le tāvana de Tumaraa, Cyril Tetuanui, d’avoir tout fait pour retarder sa demande de permis de construire et de raccordement au réseau d’eau… afin de protéger l’hôtel Apatoa. Le tāvana, lui, dément et renvoie la responsabilité du délai du permis de construire au Pays. Quant à l’eau, il attend de savoir si son projet relève d’un lotissement ou pas afin de donner son aval. Mais il estime dans tous les cas que cette habitante ne devait pas construire à côté de l’hôtel.  
 
Lorsque Marie-Jeanne Ribas dit Maria, qui habite à Tumaraa depuis plus de 30 ans, décide de réaliser son projet, mûri pendant plusieurs décennies, elle est très loin d’imaginer qu’elle va rencontrer autant de blocages de la part du tāvana de la commune, Cyril Tetuanui. Son projet consiste en la construction, sur son terrain, de huit bungalows à Fetuna, à côté de l'hôtel Apatoa, pour une location mensuelle. 
 
Maria Ribas dépose son permis de construire à la Direction de la construction et de l’aménagement (DAC) à Raiatea en septembre 2024. En novembre de la même année, la DAC reçoit un courrier de Cyril Tetuanui, indiquant qu’il émet un “avis défavorable”, estimant que ce projet est “incompatible avec la volonté du conseil municipal” qui veut classer la zone, “dans un périmètre de 100 mètres autour de l’hôtel Apatoa”, en zone touristique. Une délibération est prise dans ce sens, un mois seulement après que Maria a déposé sa demande de permis de construire, soit en octobre 2024. 
 
Contacté, le tāvana de Tumaraa, Cyril Tetuanui, précise que ce classement a été mis en place pour la préservation de “l’environnement naturel immédiat autour de l’hôtel” et que les projets qui n’ont aucun “lien direct avec une activité touristique et hôtelière”, même s’il s’agit de maisons individuelles, sont interdits.
 
“Quand tu sais qu’il y a un hôtel, ne viens pas construire ta maison à côté”, poursuit-il, avant de rappeler que le conseil municipal est sur le point de classer cette zone en zone touristique. La demande a été faite au Pays. On attend la réponse, car c’est aussi de la compétence du Pays de classer cette zone en zone touristique.

Un projet “nourri depuis des années”

Maria, elle, considère que cette délibération est un stratagème mis en place par Cyril Tetuanui afin “de me bloquer dans mes projets puisque j'ai 76 ans (…). En plus, faire une pension ce n'est pas possible, car dans trois ans et demi j'aurai 80 ballets, il ne faut pas oublier”.
 
Elle explique avoir investi énormément dans ce projet qu’elle a “nourri depuis des années et je ne vais pas changer en cours de route parce que monsieur l’a décrété”, dit-elle.
 
Selon elle, Cyril Tetuanui a tout fait pour retarder son dossier de permis de construire en invoquant des raisons toutes aussi différentes les unes que les autres, comme le bruit “car le samedi soir, de 19 à 22 heures, il y aura de la musique” à l’hôtel, l’électricité ou encore l’eau “car il n’y a pas assez d'eau ou la pression de l'eau n'est pas assez forte”.
 
Le 12 mars 2025, soit six mois après le dépôt de sa demande, Maria Ribas obtient finalement son permis de construire. Elle se rend même à Papeete pour rencontrer le ministre du Logement, Oraihoomana Teururai, “puisque mon permis était bloqué chez le maire”.
 
Interrogé, Cyril Tetuanui assure simplement ne pas être “responsable de ce retard, c’est de la compétence du Pays et pas de la commune”. Mais Maria Ribas rappelle qu’“il a mis au moins trois mois à répondre malgré les relances de l'urbanisme de Raiatea”

“Je ne retarde rien du tout”

Mais pour Maria Ribas, les galères sont loin d’être terminées. Le tāvana refuse cette fois-ci de la raccorder au réseau public d’eau. “Maintenant, il me bloque au niveau de l'eau (…). Depuis le début, je rencontre que des problèmes avec monsieur Cyril Tetuanui qui me bloque à chaque fois pour des raisons X ou Y.” 
 
Le devis a été réalisé par le responsable de l’hydraulique à Tumaraa, “j'ai même eu l'accord des travaux publics”, assure-t-elle. “Tout est bon sauf que Cyril Tetuanui ne veut pas signer le devis (…) donc le responsable de l'hydraulique ne peut pas venir avec son équipe. J’ai mon permis, il me faut l'eau et l'électricité et il ne peut pas refuser cela.” Elle dit ne pas comprendre pourquoi sa voisine, qui a fait la même demande mais huit jours après, “a eu son eau, alors que moi, cinq mois plus tard, je ne l'ai toujours pas. Je veux juste savoir pourquoi.”
 
De son côté, Cyril Tetuanui nous a assuré qu’une réponse a été envoyée à Maria Ribas, précisant qu’“il n’y a pas de problème”. Il assure avoir pris attache auprès de son avocat pour “vérifier si son projet avec huit bungalows consiste en la construction d’un lotissement ou pas, c’est tout. Je lui ai demandé de regarder la forme juridique de ce projet car pour l’eau, ce n’est pas la même chose que pour des maisons individuelles. Mais qu’elle ne s’en fasse pour son eau, elle l’aura.”
 
Le maire ajoute également vouloir savoir “à qui j’ai affaire, si elle est toute seule ou s’il y a plusieurs propriétaires puisqu’il y a huit bungalows. Et en plus, je suis sûr qu’elle va vendre ensuite ces bungalows. Et après j’irai vers qui pour payer les factures d’eau ? Mais je ne retarde rien du tout, j’attends juste le retour de notre avocat.”
 
Pour Marie-Jeanne Ribas, “c’est du harcèlement”. Car c’est la troisième fois que son projet rencontre des blocages de la part de Cyril Tetuanui. Quant à un projet de vente évoqué par le tāvana, elle dément : “J’ai tout donné à mes enfants alors je ne risque pas de vendre. C’est l’héritage de mes enfants.” 
 
Elle rappelle avoir fait toutes les études nécessaires. “J'ai toujours été une femme respectueuse et j'ai toujours tout respecté.” Elle regrette que le tāvana agisse ainsi puisque son projet va entraîner “des impôts et donc de l'argent qui va entrer dans la caisse”.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mardi 30 Septembre 2025 à 19:44 | Lu 6812 fois