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Métiers de la mer : " Les outils sont là, maintenant il faut les hommes !"


Tahiti, le 16 juin 2024 – Les 16, 17 et 18 mai prochains, le CMMPF organise ses journées des métiers de la mer. L'occasion de découvrir ou redécouvrir les formations dispensées par l'organisme, mais aussi et surtout de prendre connaissance des profils recherchés par les différents acteurs du secteur qui, hélas, regrettent que ces métiers soient déconsidérés par la jeunesse polynésienne.
 
Ce jeudi, le Centre des métiers de la mer de Polynésie française (CMMPF) a ouvert, dans ses locaux, les journées des métiers de la mer. Organisé conjointement avec le ministère en charge des ressources marines, l'événement accueillera du 16 au 18 mai prochains les scolaires, ainsi que le grand public, désireux de s'informer sur la large palette de formations et de métiers proposée par le CMMPF et ses organismes partenaires. En effet, sur place, les plus curieux auront l'occasion d'aller à la rencontre de la Marine Nationale, du SEFI, le service des affaires maritimes, la DPAM, la Direction des Ressources Marines,  le JRCC, le CFPA et la DGEE, et bien entendu les entreprises privées. Et au delà des divers stands présents, le public bénéficiera de démonstrations des simulateurs au CMMPF de Arue, mais aussi de visites du port de pêche, du Tau'ati Ferry et du JRCC (sur inscription uniquement).
 
Des métiers de la mer délaissés
 
L'affaire est pourtant entendue, le Pays souhaite développer la filière pêche et tripler la flotte locale. Et pourtant, encore aujourd'hui, le secteur n'attire pas les foules. Une réalité pesante pour les différents organismes dont les ressources abondent : " Ce sont des métiers passionnants mais méconnus du grand public " assure Christophe Misselis, chargé de projet à la DPAM. " On peut vraiment très bien gagner sa vie dans ce secteur, contrairement à ce que l'on peut penser. Et puis surtout, c'est un secteur où l'on peut se former tout au long de sa vie : On peut commencer au bas de l'échelle avec de petits diplômes afin de conduire dans les lagons et pratiquer de la pêche lagonaire, puis franchir les étapes jusqu'à devenir pêcheur sur un thonier, et même capitaine de thonier. Ce sont des métiers passionnants où l'on recherche, on chasse, le poisson à l'échelle de toute notre zone économique. Nous voulons transmettre cette passion chez les jeunes. "
 
Du côté des prestataires de service, même son de cloche. Bruce Andrieux, représentant de Poe Charter à ces journées des métiers de la mer, témoigne : " Il y a très peu de Polynésiens qui osent cette aventure des métiers de la mer. En ce qui nous concerne, sur nos bateaux, il nous faut un capitaine, un marin et une hôtesse. Et pour ces postes, nous recherchons des Polynésiens car c'est ce que les touristes veulent : De l'authenticité. Les Polynésiens ne font pas semblant, ils savent pêcher, naviguer, ouvrir des cocos, et ils ont le sens de l'accueil. C'est exactement le profil que nous recherchons. Et pourtant, ils sont très très peu à se manifester."
 
Un potentiel immense
 
Avec un territoire composé à 99% de mer, les possibilités sont immenses pour le secteur maritime. Selon Bruce Andrieux, l'activité pourrait franchir un cap dans les années à venir : " Depuis le début de notre activité en 2008, l'affluence reste toujours aussi importante. Ça n'a jamais cessé d'augmenter même. Et à titre de comparaison d'ailleurs, ça reste encore très modeste comparer à ce que l'on pourrait vraiment faire si nous avions plus de structures dans les îles. Ici, avec l'ensemble des prestataires, nous comptons une centaine de catamarans pour toutes les îles de Polynésie, alors qu'en Martinique, pour une seule île, ils sont 500 bateaux de charter. Ce qui manque ici, ce sont les marinas dans les îles et les mécaniciens." Car si l'on pense tout naturellement aux différents métiers du secteur qui exigent une présence à bord des navires, on oublie bien souvent ceux qui restent à terre." Nous avons un grand besoin de mécanos " confirme Christophe Misselis, chargé de projet à la DPAM. " Nous allons avoir tout un tas de nouveaux navires qui arrivent, tous ultras modernes et très bien équipés. Les outils sont là, maintenant il faut les hommes !"
 
Mais si les métiers de la mer ont longtemps été boudés par la jeunesse, il se pourrait bien que le vent soit en passe de tourner. Présent à l'ouverture de ces journées des métiers de la mer, le jeune Nino, élève de 3ème au collège de Arue, redonne de l'espoir : " Je suis venu aujourd'hui pour en savoir plus sur les métiers de la mer et notamment sur le métier de capitaine dans la marine marchande. Ça m'intéresse car mon père était navigateur lui aussi, même si il ne m'a jamais poussé à faire ce métier c'est quelque chose qui m'a pris aussi. Après je ne suis qu'en 3ème et ça peut toujours changer, mais pour l'instant c'est le métier qui m'intéresse le plus. J'adorerais partir en mer, à l'aventure, avec un équipage. C'est un métier collectif où il faut être à l'écoute des gens, c'est ce qui me plaît. "
 

Si les métiers de la mer ont longtemps été boudés par la jeunesse polynésienne, il se pourrait bien que le vent soit en passe de tourner. Ici, le jeune Nino, accompagné de sa mère, ambitionne de devenir capitaine dans la marine marchande.
Si les métiers de la mer ont longtemps été boudés par la jeunesse polynésienne, il se pourrait bien que le vent soit en passe de tourner. Ici, le jeune Nino, accompagné de sa mère, ambitionne de devenir capitaine dans la marine marchande.

Rédigé par Wendy Cowan le Jeudi 16 Mai 2024 à 16:58 | Lu 1842 fois