Tahiti, le 31 mars 2026 - Le dernier rapport de la Chambre territoriale des comptes (CTC) sur la santé publique montre, une nouvelle fois, que l’obésité, les cancers et le tabagisme précoce constituent des enjeux sanitaires majeurs. Et les plus jeunes sont de plus en plus touchés. Conséquences : une situation marquée par des tensions structurelles persistantes, que seules des réformes systémiques permettront de dépasser.
Alors que le baromètre de la santé des jeunes 2025 en Nouvelle-Calédonie montre que près de quatre jeunes sur dix sont en surpoids ou obèses (39 %), la Polynésie n'est pas meilleure élève. Dans un rapport sur la santé publique, la Chambre territoriale des comptes (CTC) indique que les jeunes Polynésiens ne sont pas épargnés, puisque près de la moitié des femmes de 18 à 29 ans et plus d’un tiers des hommes du même âge sont obèses. Chez les adolescents, la tendance est tout aussi préoccupante, avec un jeune sur cinq en situation d’obésité. Cette progression rapide résulte d’une modification profonde des habitudes de vie, dont l'alimentation plus riche en produits transformés, une sédentarité accrue, des situations de précarité qui limitent l’accès à une alimentation de qualité et une entrée précoce dans les comportements addictifs sont les premières causes.
En matière de lutte contre l’obésité, le déficit d’information est encore plus marqué.
Aucune base de données cliniques ne permet aujourd’hui de suivre de manière continue l’évolution du poids, de la taille, de l’indice de masse corporelle (IMC) ou des comorbidités associées au sein de la population. Au moment de l’instruction relative à la prévention de l’obésité chez les jeunes, la chambre ne pouvait s’appuyer que sur des données issues des enquêtes ponctuelles réalisées en 2010 et 2019, qui ne sont pas suffisamment fines pour orienter des politiques ciblées.
La Caisse de prévoyance sociale, principal financeur des soins, “ne recueille pas systématiquement les données anthropométriques (la taille et le poids) dans ses bases de remboursement. Ainsi, les patients en situation d’obésité ne sont pas toujours identifiables, sauf lorsqu’ils sont identifiés en ‘longue maladie’”, informe la CTC. Cette absence de traçabilité empêche de donner précisément les coûts liés à l’obésité, de suivre les trajectoires de santé et d’évaluer les effets des actions de prévention. Pour remédier à cette situation, la chambre recommande d’organiser au plus vite la traçabilité de la taille et du poids du patient lors de chaque consultation médicale.
Le tabagisme en hausse chez les 13-17 ans
Les cancers connaissent également une forte hausse, avec un nombre de nouveaux cas annuels qui a presque quadruplé en quarante ans. Les Polynésiens sont souvent diagnostiqués plus jeunes qu’en métropole, en particulier les femmes pour le cancer du sein, dont plus d’un tiers des cas survient avant 50 ans. Les cancers de la prostate, du sein et du poumon restent les plus fréquents. Même si les cancers pédiatriques restent rares, ils augmentent aussi, notamment chez les 15-17 ans. Le tabagisme joue un rôle central dans cette évolution, car beaucoup d’adolescents expérimentent le tabac bien avant 17 ans, ce qui augmente fortement les risques de maladies graves à l’âge adulte. “65,5 % des élèves de 13 à 17 ans ayant fumé déclaraient avoir allumé leur première cigarette avant 14 ans”, indique la CTC. Cette précocité des comportements à risque se répercute sur les dépenses de santé, qui explosent chez les 15-25 ans.
“Cette analyse révèle une situation marquée par des tensions structurelles persistantes, que seules des réformes systémiques permettront de dépasser”, écrit la CTC dans son rapport. Le registre du cancer est géré par l’Institut du cancer de la Polynésie française (ICPF). Il constitue un outil structurant pour la surveillance épidémiologique, la recherche et l’évaluation des politiques en cancérologie. Toutefois, il présente encore des faiblesses en termes de complétude, de délai de traitement des données et de couverture. Plusieurs établissements et professionnels de santé ne transmettent pas systématiquement leurs données, en l’absence d’obligation réglementaire.
Le laboratoire d’anatomie et de cytologie pathologiques de l’ICPF, inauguré en début d'année 2026, doit améliorer la prise en charge des cancers sur le territoire et réduire les délais de diagnostic. “Ce sont 12 000 à 15 000 frottis par an qui seront traités”, informait Astrid Schill, responsable des projets structurants de l’ICPF, lors d'une rencontre au laboratoire.
De plus en plus de dépenses d’assurance maladie
Un autre facteur vient poser problème à l'heure ou le mot inflation est dans toutes les bouches : le poids financier des maladies chroniques ne cesse de croître, représentant 72 % des dépenses d’assurance maladie en 2022. Les cancers coûtent déjà plus de 12 milliards de francs par an, tandis que le coût réel de l’obésité reste mal connu faute de données consolidées. Les consultations pour surpoids, maladies métaboliques débutantes ou troubles psychologiques augmentent chez les jeunes, et les hospitalisations sont souvent liées à des prises en charge tardives qui auraient pu être évitées.
Face à cette situation, le rapport souligne un pilotage budgétaire insuffisant, marqué par des données sanitaires incomplètes ou trop anciennes, par un manque de coordination entre les acteurs et par l’absence d’évaluations sérieuses des actions de prévention. Les dépenses sont mal suivies, les priorités difficiles à définir et les investissements souvent réactifs plutôt que préventifs. Cette faiblesse de gouvernance limite fortement l’efficacité des politiques publiques et laisse la prévention en position marginale, alors qu’elle pourrait réduire une grande partie des coûts futurs.
L’ensemble de ces éléments montre une véritable urgence sanitaire et une urgence de gouvernance. Les jeunes Polynésiens sont exposés très tôt à des risques de santé majeurs, et le système peine à anticiper les dépenses et à construire des stratégies efficaces. Une politique de prévention renforcée, combinée à un meilleur suivi budgétaire et à une collecte de données fiables, apparaît indispensable pour inverser la tendance et protéger durablement la population.
Alors que le baromètre de la santé des jeunes 2025 en Nouvelle-Calédonie montre que près de quatre jeunes sur dix sont en surpoids ou obèses (39 %), la Polynésie n'est pas meilleure élève. Dans un rapport sur la santé publique, la Chambre territoriale des comptes (CTC) indique que les jeunes Polynésiens ne sont pas épargnés, puisque près de la moitié des femmes de 18 à 29 ans et plus d’un tiers des hommes du même âge sont obèses. Chez les adolescents, la tendance est tout aussi préoccupante, avec un jeune sur cinq en situation d’obésité. Cette progression rapide résulte d’une modification profonde des habitudes de vie, dont l'alimentation plus riche en produits transformés, une sédentarité accrue, des situations de précarité qui limitent l’accès à une alimentation de qualité et une entrée précoce dans les comportements addictifs sont les premières causes.
En matière de lutte contre l’obésité, le déficit d’information est encore plus marqué.
Aucune base de données cliniques ne permet aujourd’hui de suivre de manière continue l’évolution du poids, de la taille, de l’indice de masse corporelle (IMC) ou des comorbidités associées au sein de la population. Au moment de l’instruction relative à la prévention de l’obésité chez les jeunes, la chambre ne pouvait s’appuyer que sur des données issues des enquêtes ponctuelles réalisées en 2010 et 2019, qui ne sont pas suffisamment fines pour orienter des politiques ciblées.
La Caisse de prévoyance sociale, principal financeur des soins, “ne recueille pas systématiquement les données anthropométriques (la taille et le poids) dans ses bases de remboursement. Ainsi, les patients en situation d’obésité ne sont pas toujours identifiables, sauf lorsqu’ils sont identifiés en ‘longue maladie’”, informe la CTC. Cette absence de traçabilité empêche de donner précisément les coûts liés à l’obésité, de suivre les trajectoires de santé et d’évaluer les effets des actions de prévention. Pour remédier à cette situation, la chambre recommande d’organiser au plus vite la traçabilité de la taille et du poids du patient lors de chaque consultation médicale.
Le tabagisme en hausse chez les 13-17 ans
Les cancers connaissent également une forte hausse, avec un nombre de nouveaux cas annuels qui a presque quadruplé en quarante ans. Les Polynésiens sont souvent diagnostiqués plus jeunes qu’en métropole, en particulier les femmes pour le cancer du sein, dont plus d’un tiers des cas survient avant 50 ans. Les cancers de la prostate, du sein et du poumon restent les plus fréquents. Même si les cancers pédiatriques restent rares, ils augmentent aussi, notamment chez les 15-17 ans. Le tabagisme joue un rôle central dans cette évolution, car beaucoup d’adolescents expérimentent le tabac bien avant 17 ans, ce qui augmente fortement les risques de maladies graves à l’âge adulte. “65,5 % des élèves de 13 à 17 ans ayant fumé déclaraient avoir allumé leur première cigarette avant 14 ans”, indique la CTC. Cette précocité des comportements à risque se répercute sur les dépenses de santé, qui explosent chez les 15-25 ans.
“Cette analyse révèle une situation marquée par des tensions structurelles persistantes, que seules des réformes systémiques permettront de dépasser”, écrit la CTC dans son rapport. Le registre du cancer est géré par l’Institut du cancer de la Polynésie française (ICPF). Il constitue un outil structurant pour la surveillance épidémiologique, la recherche et l’évaluation des politiques en cancérologie. Toutefois, il présente encore des faiblesses en termes de complétude, de délai de traitement des données et de couverture. Plusieurs établissements et professionnels de santé ne transmettent pas systématiquement leurs données, en l’absence d’obligation réglementaire.
Le laboratoire d’anatomie et de cytologie pathologiques de l’ICPF, inauguré en début d'année 2026, doit améliorer la prise en charge des cancers sur le territoire et réduire les délais de diagnostic. “Ce sont 12 000 à 15 000 frottis par an qui seront traités”, informait Astrid Schill, responsable des projets structurants de l’ICPF, lors d'une rencontre au laboratoire.
De plus en plus de dépenses d’assurance maladie
Un autre facteur vient poser problème à l'heure ou le mot inflation est dans toutes les bouches : le poids financier des maladies chroniques ne cesse de croître, représentant 72 % des dépenses d’assurance maladie en 2022. Les cancers coûtent déjà plus de 12 milliards de francs par an, tandis que le coût réel de l’obésité reste mal connu faute de données consolidées. Les consultations pour surpoids, maladies métaboliques débutantes ou troubles psychologiques augmentent chez les jeunes, et les hospitalisations sont souvent liées à des prises en charge tardives qui auraient pu être évitées.
Face à cette situation, le rapport souligne un pilotage budgétaire insuffisant, marqué par des données sanitaires incomplètes ou trop anciennes, par un manque de coordination entre les acteurs et par l’absence d’évaluations sérieuses des actions de prévention. Les dépenses sont mal suivies, les priorités difficiles à définir et les investissements souvent réactifs plutôt que préventifs. Cette faiblesse de gouvernance limite fortement l’efficacité des politiques publiques et laisse la prévention en position marginale, alors qu’elle pourrait réduire une grande partie des coûts futurs.
L’ensemble de ces éléments montre une véritable urgence sanitaire et une urgence de gouvernance. Les jeunes Polynésiens sont exposés très tôt à des risques de santé majeurs, et le système peine à anticiper les dépenses et à construire des stratégies efficaces. Une politique de prévention renforcée, combinée à un meilleur suivi budgétaire et à une collecte de données fiables, apparaît indispensable pour inverser la tendance et protéger durablement la population.




























