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Les Samoa contestent l’exploitation des grands fonds


Tahiti le 20 octobre 2026. L’administration américaine s’apprête à mettre aux enchères plus de 12,5 millions d’hectares de fonds marins au large des Samoa américaines le 19 novembre prochain. Face à ce projet inédit, un collectif d'organisations environnementales et de chefs traditionnels engage une bataille judiciaire éclair pour bloquer la vente, expliquent nos confrères de Radio NZ.


L'offensive fédérale est lancée : sous l'impulsion du décret présidentiel d'avril 2025 désignant les ressources en eaux profondes comme un enjeu stratégique, Washington entend concéder plus de 31 millions d'acres du plateau continental extérieur. L'objectif principal est de permettre l'extraction de nodules polymétalliques — riches en nickel, cuivre et cobalt —, suscitant notamment l'intérêt de la firme Impossible Metals.

Mais sur place, la riposte juridique s'organise face à ce que les opposants considèrent comme un passage en force.

Représentés par l'organisation Earthjustice, le groupe local Fa'asao Amerika Samoa, le Conservation Council for Hawai'i et le conseil des chefs traditionnels (matai) Faleula o le Manu'atele ont déposé un nouveau recours en justice pour suspendre la vente.

"Chaque heure consacrée à ce dossier avant l'échéance équivaut à des semaines, voire des mois d'efforts", avertit Seumalu Elora Raymond, cofondatrice de Fa'asao Amerika Samoa dans le journal Pacific Waves. "Il devient nettement plus ardu de mener ce combat une fois qu'une entreprise minière a acquis des portions du plancher océanique."

Une première audience, fixée selon une procédure accélérée au 30 octobre, pourrait déterminer si le gouvernement fédéral conserve la capacité juridique de poursuivre le calendrier prévu.

​Souveraineté et vide juridique au cœur des débats

Bien que le territoire des Samoa américaines ait interdit l'exploitation minière dans ses eaux territoriales en 2024, les enchères portent sur les zones adjacentes sous juridiction fédérale. Les plaignants soulignent deux failles majeures dans la démarche de Washington : L'absence d'autorité légale tout d’abord. Les requérants soutiennent que l'agence fédérale (Marine Minerals Administration) ne possède pas l'autorité nécessaire en vertu de l'Outer Continental Shelf Lands Act. Et le respect des traités historiques dans un second temps. Les opposants rappellent que la relation entre Washington et le territoire ne donne pas un pouvoir illimité au gouvernement fédéral.

La justice américaine doit désormais trancher cette question fondamentale de légitimité juridique avant l'échéance fatidique du 19 novembre.

​En Polynésie française, les arguments sont aussi travaillés

Jeudi, Moetai Brotherson, président de la Polynésie française, et Taivini Teai, ministre de l’Agriculture, des Ressources marines, de l’Environnement, en charge de l’Alimentation, de la Recherche et de la Cause animale, exposeront la première restitution régionale de l’Expertise scientifique collective (ESCo) consacrée aux enjeux de connaissance et de gouvernance des grands fonds marins, organisée par l’Institut de recherche pour le développement (IRD). L’IRD a d’ailleurs déjà fourni un premier document sur le sujet en 2011, commandé à l’époque par Édouard Fritch et le haut-commissaire René Bidal. L’IRD dans ses recommandations avait alors été très ouvert sur l’exploitation des fonds marins, sous conditions : 'construire un système d’information afin de mettre en cohérence et organiser l’accès aux données existantes, réaliser des campagnes d’exploration, la production de connaissances nécessitant le développement de technologies adaptées, définir la stratégie de développement d’une filière sous-marine ou bien décider d’y renoncer, sur la base d’un travail de combinaison des données acquises avec des scénarios technico-économiques affinés et des premières consultations."

Si la Polynésie française avait décidé de prendre le parti de lancer une filière d’exploitation, l’IRD avait fourni 6 recommandations supplémentaires : "Associer les parties prenantes et organiser les dispositifs de gouvernance suffisamment en amont et dans une logique participative, inscrire le pays dans les dynamiques régionales, européennes et internationales de coopération, de recherche et d’innovation dans le domaine des ressources minérales profondes, réaliser des programmes de recherche et de développement technologique pour l’exploration, l'exploitation et la métallurgie, construire des dispositifs administratifs et réglementaires efficaces et attractifs pour le développement d’un secteur minier sous-marin, définir les normes de sélection, de suivi et d’évaluation des projets miniers à des fins de contrôle et de transparence dans la communication publique et organiser le suivi et l’évaluation de la politique des ressources minérales sous-marines pour mesurer ses effets et envisager le cas échéant des réorientations."

Des recommandations qui risquent, 11 ans plus tard, d’être bien différentes avec l’avancée des technologies et la volonté affichée par le gouvernement Brotherson de ne surtout pas se lancer dans une telle exploitation.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Mardi 20 Octobre 2026 à 12:43 | Lu 240 fois