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Leiana et Mailee Faugerat : “L’audace n’a pas de limites”


Tahiti, le 5 mars 2026 - Leiana et Mailee Faugerat ont relevé le défi un peu fou de participer cette année au Rallye Aïcha des Gazelles qui se déroule au Maroc du 27 mars au 11 avril prochains. Dix jours dans le désert entre chaudes journées et nuits fraîches, à arpenter les dunes et à bivouaquer dans des conditions spartiates. Les deux sœurs qui auront le numéro 102 nous parlent de leur projet qui va les mettre à rude épreuve.
 
Pourquoi vous êtes-vous inscrites au Rallye des Gazelles ?
Leiana : “À mes 40 ans, je me suis dit, ‘Il faut que je fasse quelque chose de différent’. Je voyais ma sœur faire des marathons chaque année et puis je me suis dit, ‘Il faut que je relève un défi’. Puis j’ai eu un enfant. Je me suis mariée, et mon mari parlait de faire le Paris-Dakar avec son meilleur ami. Comme moi, il ne trouvait pas le temps, alors je lui ai dit qu’à sa place, je l’aurais fait… Il m’a mise au défi. Je ne me suis pas dégonflée. J’ai commencé à regarder toutes les courses automobiles accessibles aux femmes qui n'ont pas d’expérience et je suis tombée sur cette course. Là, je vois qu'il faut être deux et qu'il faut avoir des connaissances en orientation. C’est quand même une course de 10 jours dans le désert. Forcément, je me suis retournée vers ma sœur et comme elle est toujours à fond… Au lieu de m’en dissuader, elle a dit : ‘Ok, on fonce !’”
Mailee : “On s'est lancée toutes les deux dans l’aventure. J’ai eu une amie en école de commerce qui l’avait faite. Je la voyais, je la suivais sur les réseaux et je me disais, ‘C'est trop génial ce qu'elle fait, un jour, je le ferai’. Et Leiana m’a appelé un jour, je me suis dit que les étoiles étaient alignées.”
Leiana : “Ma sœur. Tu es la grande. Tu es supposée me calmer. Tu es censée dire : ‘On va faire autre chose, un marathon, ou un semi’.” [rires].
Mailee : “On va se prouver que l’audace n’a pas de limites. On vit en Polynésie, on va à 20 000 kilomètres, dans le désert. On fait un défi qui habituellement est réservé aux hommes. Femmes de Polynésie, si vous avez un rêve, ne vous mettez pas de limites !”

Comment cela se passe pour vous au début ?
Leiana : “Une fois la décision prise, l'inscription s’est faite il y a un an et demi à peu près. La chance que l'on a eue, c'est que mon père était à fond derrière nous. C'est toujours bien, même si c'est une aventure féminine, d’être soutenues par la gent masculine.”
Mailee : “Ma sœur a toujours adoré conduire. On a toujours baigné dans le monde automobile. Après, nous avons eu cette chance de trouver des soutiens financiers. On a pu faire un stage de mécanique.
Leiana : “C'était plus facile pour nous forcément de trouver un partenaire auto, et forcément c’est Toyota [rire]. Il a fallu discuter avec nos conjoints parce qu’on part presque deux semaines dans le désert, coupées du monde, sans téléphone. C’est une course d'orientation et une vraie aventure humaine.”

Comment se déroule cette course ?
Mailee : “C'est une course à la débrouille. Il faut démonter sa tente tous les matins, manger des boîtes de conserve, dormir sur un matelas qui peut se dégonfler, dans des conditions climatiques où il fait plus de 30° la journée et autour de 4° degrés la nuit. Il y a plein de paramètres autour de cette course. C’est une course à la boussole. On doit trouver ses points GPS, trouver nos checkpoints et les valider dans l’ordre, tout en affrontant les dunes. Si tu ne trouves pas ta balise, tu peux rester à tourner toute une journée et si on ne rejoint pas la ligne d’arrivée de l’étape avant midi le lendemain, on est éliminés du rallye.”
Leiana : “On a des pénalités pour les balises que l’on pourrait rater. Tu peux vite galérer sur une balise. Un centimètre d'écart sur ta carte, ça fait déjà des centaines de mètres d’écart sur le terrain.”

Vous avez trouvé vos sponsors ? La voiture, d'où elle vient ?
Leiana : “C’est une Toyota. Nous avons d'abord envisagé d'en acheter une mais si c’est pour emmener dans le désert, risquer de faire des tonneaux avec, je préfère que ce soit une vieille voiture. L’organisation nous donne une liste de loueurs. On en a contacté et on s'est dirigé vers un loueur en France qui avait une Toyota. Il a l'habitude de préparer les voitures pour le Raid, c'est son job.
Mailee : “C'est une Toyota Hilux sur lequel ils ont rajouté un coffrage à l’arrière pour transporter nos pièces de rechange et notre matériel de survie (pharmacie, repas, vêtements, tentes.). Il y a des réservoirs d’essence supplémentaires, un compresseur pour gonfler ou dégonfler les roues en fonction du terrain. Dans les dunes, il faut dégonfler pour franchir le sable. Et sur la piste, il faut regonfler. Tu passes ton temps à ça. Le Hilux a aussi été renforcé pour les éventuels accidents. Côté sponsors locaux, nous avons Nautisport, Nippon Automoto, Intersport et même Jeff de Bruges.”

Au-delà du défi sportif, vous représentez une association aussi.
Leiana : “On a décidé de soutenir une association, c’est Te Hab Nui. On va les rencontrer le 11 mars prochain. Ils accueillent tous les enfants qui sont placés et je trouve que c'est une noble cause. C'est ce genre d'associations qui prend du temps pour s’occuper des enfants.”

Comment vous préparez-vous pour ce défi ?
Mailee : “Nous avons fait un stage dans le désert où nous nous sommes très bien débrouillées. Il faut comprendre comment franchir les dunes, ou les contourner. On va s’ensabler, c’est certain, donc il faut être capable de sortir la voiture, sans assistance… Ce sera très physique. Il y a 8 à 10 heures de courses par jour, sur des routes ou dans le désert.”
Leiana : “C’est clair que le dos et les cervicales vont prendre cher. Au bivouac, il y a une équipe médicale, mais que pour les urgences… Il va falloir être très costauds.”
Mailee : “La semaine avant le départ de la course nous serons à Paris pour encaisser le décalage horaire, faire les derniers achats de choses qui nous manquent comme la pharmacie, être sûres d'être équipées, prendre nos conserves. Le téléphone est interdit donc nous serons coupées du monde pendant 10 jours. Tous les jours, nous devrons être debout à 5 heures. Il faut se préparer, toilette et petit-déjeuner rapide pour être au briefing de course à 6 heures et récupérer les points GPS à suivre ce jour-là. À 7 heures, c’est le départ en espérant arriver de jour au bivouac.”
Leiana : “Depuis un an, on prend des cours de mécanique. On fait du sport. C’est vrai qu’en creusant dans les dunes lors du stage, je me suis rendu compte que je devais faire un peu plus de sport pour être en meilleure condition. Tu creuses pas mal lors d’une course. Tu peux t'ensabler une fois, deux fois, trois fois, cinq fois !”
Mailee : “Pour garder ton cap, il faut que la navigatrice marche tout droit vers la direction pendant que la pilote contourne les dunes sinon on se perd. Je vais devoir monter et descendre les dunes en plein soleil, pendant que Leiana contournera. On va être crevées.” [Rires].

Vous avez des appréhensions ?
Leiana : “Ce n’est pas du goudron, encore moins du circuit. On part deux semaines à conduire dans le désert, coupées du monde… On va être cassées. Il y aura des galères. Des ensablements, des crevaisons. Si on a une casse mécanique plus importante, et qu’on a validé au moins le premier checkpoint, on peut être secourues par l’assistance de course. On prend des pénalités, mais si on peut réparer avant le lendemain, midi, on peut reprendre la course.”
Mailee : “On peut se prendre un rocher en franchissant une dune. On a vu ça lors du stage. Toutes les voitures ont pété, sauf la nôtre. [Rires]. Le buggy a tordu l’arbre à came. Le quad a surchauffé et la roue a pété à deux reprises sur le 4x4. Il y a aussi les soirs après la course. Après 10 heures à conduire dans le désert, on dort dans une tente sur un matelas pneumatique, dans un sac de couchage. Tu hésites à sortir car dehors il fait froid, il y a des scorpions, des serpents. Le matin, il faudra vérifier toutes nos affaires pour ne pas embarquer un scorpion avec nous, dans nos chaussures ou dans nos vêtements…”

Qui pilote ?
Mailee : “C’est ma sœur qui sera le pilote et je serai navigatrice. On a chacune notre spécialité.”
Leiana : “ll faut m'aider le plus possible dans la navigation. Je serai à son écoute. On a pu comprendre ce qu'il fallait éviter pour ne pas s’engueuler sur les parcours. On est souvent d'accord sur la stratégie.”

Pour les mamans que vous êtes, cela ne va pas être compliqué d’être éloigné de vos enfants, sans téléphone, pendant 10 jours ?
Leiana : “Pour moi, c’est horrible. Ma sœur le gère mieux.”
Mailee : “Mouais, ça me chagrine quand même. Si je ne les vois pas pendant un week-end à cause d’un déplacement professionnel, c’est déjà dur. Ils font des petits câlins, des bisous.”
Leiana : “Ne pas entendre leur voix ça va être dur. Mais le fait de ne pas avoir de téléphone, c’est quand même bien. On va se faire un sevrage radical. Je suis malgré tout très contente de le faire avec ma sœur. C’est la famille. Ce ne sera pas pareil. On va se soutenir.”

Le Rallye Aïcha des Gazelles
 
Depuis 1990, le Rallye Aïcha des Gazelles du Maroc incarne une aventure unique au cœur du désert, fondée sur un principe rare : naviguer à l’ancienne, sans GPS, sans téléphone… et sans vitesse.
Chaque année, des femmes venues de tous horizons — de 18 à 71 ans, débutantes comme expérimentées — s’élancent à travers les paysages grandioses du Maroc pour vivre bien plus qu’un rallye.
Accessible à toutes, ce défi devenu légendaire invite chacune à avancer avec précision, détermination et confiance. Pas besoin d’être sportive de haut niveau : seules comptent l’envie, l’audace et l’esprit d’équipe.
Plus qu’une compétition, c’est un cap à tenir.

Chaque itinéraire à travers les dunes du Maroc est choisi avec soin. Chaque décision est assumée. La stratégie prime sur la rapidité.
Au fil des étapes dans le désert marocain — entre dunes du Maroc, étendues minérales et horizons infinis — les participantes apprennent à apprivoiser le doute et la fatigue, à affronter les obstacles, partager les rires et vivre des émotions fortes.
Elles développent leur sens de l’orientation, leur esprit de solidarité et une profonde capacité d’écoute. Sur les pistes et les sables du Maroc, chacune trace sa route et devient une “Gazelle”.
Le concept valorise la sobriété kilométrique, l’excellence en navigation dans le désert du Maroc, la cohésion d’équipage et un engagement fort pour la préservation de l’environnement — pour un véritable retour à l’essentiel.
Un terrain d’épreuves multiples, imprévisible
À l’aide d’une carte des années 1950, d’une boussole et d’une règle de navigation, les Gazelles traversent des paysages variés du sud marocain : regs, oueds, dunes, montagnes…
Chaque jour est une immersion totale dans l’inconnu, où l’orientation est la clé. 
Le rallye est constitué d’un prologue, cinq étapes sans GPS avec cinq à huit balises à retrouver chaque jour dont deux étapes marathon durant lesquelles les équipages ne rentrent pas au bivouac, deux nuits en total autonomie à la belle étoile.
 
L’aventure se termine sur la plage d’Essaouira, avec une arrivée inoubliable suivie d’une soirée de clôture intense et chargée de fierté.
 
 
HT
 
D’autres Polynésiennes engagées
 
Lors de cette course, Mailee et Leiana Faugerat ne seront pas les seules représentantes du Fenua. En effet, dans la même catégorie sont aussi inscrites Martine Foissac et Marie-Laure Ngiamba. Elles portent le numéro 111 sur cette aventure.
 
Leg:
2 : Leiana et Mailee Faugerat se lancent dans une aventure hors normes. Photo DR
3 et 4 : En janvier, un premier stage a été effectué pour apprendre à se repérer dans le désert. Photo DR
5 : Bivouac dans le désert pour les participantes au Raid Aïcha des Gazelles. Photo DR
6: Confort restreint sous la tente. Photo DR
7: Les repas seront composés la plupart du temps de conserve pendant le rallye. Photo DR
8 : La Toyota Hilux qui sera utilisée lors de cette compétition. Photo DR
9: Photo d’illustration de l’AFP


D’autres Polynésiennes engagées
 
Lors de cette course, Mailee et Leiana Faugerat ne seront pas les seules représentantes du Fenua. En effet, dans la même catégorie sont aussi inscrites Martine Foissac et Marie-Laure Ngiamba. Elles portent le numéro 111 sur cette aventure.



Rédigé par Bertrand PREVOST le Vendredi 6 Mars 2026 à 13:06 | Lu 1308 fois