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Législatives: la gauche affiche sa volonté de constituer un "nouveau front populaire"


Crédit Sameer Al-Doumy / AFP
Crédit Sameer Al-Doumy / AFP
Paris, France | AFP | lundi 10/06/2024 - Fumée blanche à gauche: après plusieurs heures de négociations, les différents partis de gauche ont lancé lundi soir un appel commun à la "constitution d'un nouveau front populaire", dans le cadre duquel ils souhaitent "soutenir des candidatures uniques dès le premier tour" des prochaines élections législatives.

Dans un communiqué commun, le Parti socialiste, le Parti communiste, les Ecologistes et La France insoumise s'y engagent: "Dans chaque circonscription, nous voulons soutenir des candidatures uniques dès le premier tour", portant "un programme de rupture", écrivent-ils.

"Nous appelons à la constitution d'un nouveau front populaire rassemblant dans une forme inédite toutes les forces de gauche humanistes, syndicales, associatives et citoyennes", poursuivent les signataires, parmi lesquels on retrouve Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann. 

Par un heureux hasard, l'annonce s'est faite alors que quelques centaines de jeunes manifestants, venus d'un rassemblement contre l'extrême droite place de la République, arrivaient sous les fenêtres du QG parisien des Ecologistes, où les différents responsables de gauche s'étaient retrouvés dans l'après-midi.

"Nous l'avons fait, nous avons réussi à nous mettre d'accord!", a lancé la patronne des Ecologistes Marine Tondelier aux militants qui chantaient "Trouvez un accord!".

"Nous affichons notre volonté de partir ensemble pour proposer une alternative à Emmanuel Macron", a ajouté Manuel Bompard, le coordinateur de LFI.

"Nous sommes un pays qui se lève aujourd'hui pour dire non à l'extrême droite", a enchaîné le patron des socialistes Olivier Faure alors que le communiste Fabien Roussel a fait "le serment d'être unis jusqu'à la victoire".

Les quatre dirigeants de parti, qui ne s'étaient pas affichés ensemble depuis 10 mois, ont tous été chaleureusement applaudis. 

Jean-Luc Mélenchon, que les socialistes veulent éloigner de la reformation de la gauche, a rapidement salué sur X "un bon travail qui déjoue la division sur laquelle comptaient Macron et Le Pen".

"Ce n'est pas un accord, juste une ouverture de discussion qui a permis de poser nos conditions", a rapidement tempéré sur X l'eurodéputée Place publique Aurore Lalucq.

"S'entendre sur le contenu" 

Et en effet, malgré les scènes de liesse des militants, plusieurs questions restent en suspens.

Pour commencer, les détails du programme doivent être éclaircis.

"Maintenant il faut s'entendre sur le contenu et l'accord électoral. On y travaille à partir de maintenant", a précisé à l'AFP le député LFI Paul Vannier, responsable des élections au sein du mouvement insoumis, rappelant que la soirée n'allait pas se terminer après l'annonce commune.

Surtout, le communiqué ne fait pas mention de l'idée surprise avancée par Raphaël Glucksmann au JT de 20H de France 2: le nouvel homme fort de la gauche a proposé que l'ancien leader de la CFDT Laurent Berger ait vocation à devenir Premier ministre en cas de victoire.

"Une initiative individuelle", a rapidement balayé Manuel Bompard. Raphaël Glucksmann "parlait en son nom propre" a abondé Fabien Roussel.

Fort de ses 13,8% obtenus dimanche aux élections européennes sous la bannière du PS, M. Glucksmann a posé lundi ses "conditions" à une éventuelle alliance, au lendemain de la dissolution de l'Assemblée nationale décidée après le triomphe du RN aux européennes.

Mélenchon ou Glucksmann ?

Sur France 2, l'eurodéputé de 44 ans a exclu de devenir lui-même chef du gouvernement. "Ce ne sera clairement pas Jean-Luc Mélenchon" non plus, a-t-il ajouté, proposant Laurent Berger à ce poste en cas de victoire de la gauche les 30 juin et 7 juillet.

L'ex-syndicaliste, homme fort de la lutte contre la réforme des retraites, a jusqu'à présent décliné toutes les propositions politiques. 

"En tant que tête de liste qui a été nettement en tête à gauche", Raphaël Glucksmann a aussi appelé à "un cap clair: on ne va pas refaire la Nupes", a-t-il affirmé.

Mais l'attelage, qui a permis en juin 2022 de faire rentrer 151 députés de gauche à l'Assemblée, a éclaté après plusieurs différends, dont le dernier après le 7 octobre et le refus de LFI de qualifier le Hamas de mouvement "terroriste".

L'union à gauche doit tenir compte de "l'inversion des rapports de force" issus du scrutin européen, a insisté l'essayiste, qui a égrainé plusieurs "conditions" pour un accord, tel "un soutien indéfectible à la construction européenne", "à la résistance ukrainienne" et "un rejet de la +brutalisation+ de la vie politique", sujets réputés crispants pour LFI, avec qui il ne cache pas ses profondes divergences.

Rédigé par RB le Mardi 11 Juin 2024 à 00:34 | Lu 699 fois