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Le "taliban américain" est sorti de prison, une libération critiquée



Washington, Etats-Unis | AFP | jeudi 23/05/2019 - Le "taliban américain" John Walker Lindh a retrouvé jeudi la liberté après 17 ans passés en prison, malgré l'opposition de responsables politiques qui estiment qu'il n'a pas renoncé à l'idéologie extrémiste qui l'a mené en Afghanistan.

Agé de 38 ans, il a quitté la prison de  haute sécurité de Terre Haute dans l'Indiana (nord) tôt dans la matinée, a confirmé à l'AFP l'administration pénitentiaire fédérale.
Sa libération est "inexplicable et dépasse l'entendement", a estimé l'ex-patron de la CIA Mike Pompeo, que le président Donald Trump a nommé l'an dernier secrétaire d'Etat américain.
John Lindh avait été capturé fin novembre 2001 lors de l'offensive militaire menée par les Etats-Unis après les attentats du 11-Septembre, et condamné à 20 ans de prison par un tribunal américain en octobre 2002.
John  Walker Lindh avait plaidé coupable d'avoir "rendu des services aux talibans" et combattu aux côtés des insurgés, tout en assurant n'avoir pas pris les armes contre son propre pays.
Converti à l'islam, il avait admis avoir fait "une erreur" en rejoignant les combattants islamistes et condamné "sans ambiguïtés" le terrorisme lors de son procès. 
Mais des responsables politiques ont protesté contre sa libération anticipée, pour bonne conduite, estimant qu'il restait un danger pour la société.
 

- "Croit toujours au jihad" -

 
"D'après ce que je comprends, il menace toujours les Etats-Unis d'Amérique et il croit toujours au jihad qu'il a mené et qui a tué un grand Américain", l'agent d'élite de la CIA Johnny Spann, a regretté M. Pompeo. 
"Il y a quelque chose de profondément troublant et de mal là-dedans", a ajouté le chef de la diplomatie américaine, interviewé jeudi sur Fox News.
La semaine dernière, les sénateurs Richard Shelby et Maggie Hassan s'étaient inquiétés des "implications en matière de sécurité pour nos citoyens et les communautés qui accueilleront des individus comme John Walker Lindh qui continuent à appeler ouvertement à la violence extrémiste".
Et Alison Spann, la fille de l'agent de la CIA, a demandé à Donald Trump de bloquer sa libération anticipée, estimant qu'il n'était "pas un prisonnier repenti".
 

- Surveillance stricte -

 
En 2017, la revue Foreign Policy avait cité un rapport du Centre national anti-terroriste affirmant qu'en mars 2016 il "continuait à prôner la guerre sainte mondiale et écrire ainsi que traduire des textes extrémistes violents".
Selon Alexander Meleagrou-Hitchens, spécialiste de l'extrémisme à l'Université George Washington, il s'est rapproché d'Ahmad Musa Jibril, un prédicateur salafiste qui avait été incarcéré plusieurs années à Terre Haute.
La chaîne NBC a aussi révélé mercredi soir le contenu d'une lettre écrite par John Walker Lindh en février 2015, dans laquelle il affirmait que le groupe Etat islamique faisait un "travail incroyable".
Né dans une famille catholique, il s'est converti à l'islam à l'adolescence, qu'il a passée près de San Francisco, en Californie. 
Il est parti au Yémen à 17 ans, en 1998, pour y étudier l'arabe, avant de se rendre au Pakistan puis de rejoindre les talibans en Afghanistan en 2001, quatre mois avant le 11-Septembre, pour selon lui lutter contre l'Alliance du Nord du commandant Massoud.
Il avait passé plusieurs semaines dans un camp d'entraînement d'Al-Qaïda pour s'initier au maniement des armes et des explosifs.
Après sa capture, il avait été détenu avec d'autres talibans dans une prison près de Mazar-i-Sharif (nord). Le jeune homme avait alors été interrogé par Johnny Spann. Mais celui-ci avait été tué peu après lors d'une mutinerie, devenant le premier Américain mort dans la "guerre contre le terrorisme" lancée par George W. Bush.
L'avocat de Lindh, Bill Cummings, a indiqué à CNN qu'il devrait s'installer en Virginie, où il sera placé sous un strict régime de liberté conditionnelle pendant trois ans.
Ses activités sur internet seront notamment surveillées en permanence; il ne pourra pas communiquer en ligne dans une autre langue que l'anglais sans permission, et ne pourra pas entrer en contact avec des extrémistes ou consulter "des contenus véhiculant extrémisme ou opinions terroristes".
Il ne pourra pas non plus voyager à l'étranger sans autorisation d'un juge, alors qu'il a obtenu en 2013 la nationalité irlandaise.

le Jeudi 23 Mai 2019 à 06:03 | Lu 236 fois




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