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Le narcotrafic sature les routes maritimes avec des méthodes toujours plus sophistiquées


RUI SOARES / AFP
RUI SOARES / AFP
Brest, France | AFP | mardi 02/02/2026 - Go-fast, embarcations autonomes, semi-submersibles... La croissance du narcotrafic sature les routes maritimes mondiales, faisant courir un risque de pertes financières aux armateurs, a relevé mardi le pôle d'expertise français dédié à la sûreté maritime MICA Center.

En 2025, 606 incidents de sûreté maritime ont été enregistrés dans le monde, un chiffre en légère baisse (-6%), selon le dernier rapport annuel du Maritime Information Cooperation & Awareness (MICA) Center, hébergé dans les locaux de la Marine nationale à Brest. 

"Il y a une continuité dans le désordre mondial", a résumé à l'AFP le capitaine de frégate Thomas Scalabre, commandant du MICA Center, qui assure un dispositif d'alerte 24h/24, suivi par 85 compagnies maritimes internationales.

Outre la persistance de la piraterie et les débordements de conflits en mer (Ukraine, Yémen, etc.), le rapport du MICA Center dresse cette année un panorama saisissant des moyens développés par les trafiquants de drogue pour acheminer leurs produits sur tous les océans du monde.

- "Tout ce qui flotte"-

Près de 90% de la cocaïne transite par voie maritime, et les trafiquants "utilisent tout ce qui flotte", du petit bateau de pêche au gigantesque porte-conteneur, décrit le commandant Scalabre. "Il n'y a que les pétroliers qui y échappent parce qu'ils ne font pas de liaisons régulières. Mais toutes les autres formes de navires sont touchées".

Une des méthodes les plus élaborées consiste à embarquer la drogue à bord d'un semi-submersible, un navire qui peut transporter jusqu'à 6 tonnes de cocaïne.

"Les forces spéciales israéliennes ont ce type de navires qui sont très bas sur l'eau. L'avantage, c'est que c'est invisible au radar", décrit M. Scalabre.

Des semi-submersibles partis d'Amérique du Sud ont ainsi été interceptés au large des Açores, en route vers l'Europe, mais aussi dans le Pacifique en direction de l'Australie.

- Drones pilotés par Starlink -

Plus petits et pilotés à l'aide d'une antenne Starlink, des semi-submersibles autonomes, sans équipage, sont eux capables de transporter 1,5 tonne de cocaïne sur 800 milles nautiques (environ 1.500 km). "Ça coûte moins cher parce qu'ils ne mettent pas un équipage de six hommes dedans. Et si le petit sous-marin se fait intercepter, ils ont juste perdu la cargaison", note le commandant Scalabre.

Vendus 150.000 dollars l'unité (environ 126.000 euros), ces drones navals ont en outre l'avantage d'être relativement bon marché.

Dans les Caraïbes ou au large de la péninsule ibérique, les embarcations rapides, de type "go-fast", pouvant naviguer à 70 noeuds (130 km/h) sont privilégiées et effectuent des dizaines de traversées par mois. Elles sont très difficiles à intercepter du fait de leur vitesse.

Entre Santos, au Brésil, et le Golfe de Guinée, ce sont des navires vraquiers qui servent à dissimuler des ballots de cocaïne. "C'est souvent des cargaisons de sucre parce que le sucre détruit l'odeur de la cocaïne", précise M. Scalabre.

Les navires de transport de bétail sont aussi ciblés pour les liaisons transatlantiques car les milliers de bêtes embarquées rendent les contrôles fastidieux.

- "Grimpeurs"-

Un autre mode d’action consiste enfin à faire appel à des "grimpeurs" qui placent la drogue à bord de navires au mouillage ou en mer, puis la récupèrent avant qu'ils n'arrivent à quai. Se déplaçant grâce à des embarcations rapides, les trafiquants "vont chercher la drogue, la jettent à l'eau et puis repartent", décrit M. Scalabre.

Mais cette diversification des routes maritimes n'a pas tué le bon vieux conteneur, qui reste le support privilégié des organisations criminelles pour le trafic intercontinental. Avec plus de 850 millions de conteneurs en circulation, tout contrôle exhaustif est impossible.

Or, ces "pollutions" de marchandises par de la drogue ne sont pas sans conséquence pour les armateurs. Une compagnie peut perdre "des centaines de milliers de dollars" si un de ses navires est immobilisé plusieurs jours pour un contrôle, souligne M. Scalabre. "C'est une perte de temps et une perte financière".

En 2025, la marine française a saisi 87,6 tonnes de drogues dans le monde (+81% sur un an), dont 58 tonnes de cocaïne, des chiffres record. 

le Mardi 3 Février 2026 à 06:48 | Lu 123 fois