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Le Tourisme demande un report de la TVA sociale


Tahiti, le 3 mars 2022 – Mis au pied du mur avec des grilles tarifaires fixées un an à l’avance pour les marchés extérieurs, un collectif de professionnels du tourisme demande pour leur secteur le report au second trimestre 2023 de la contribution de solidarité. Votée fin décembre, la nouvelle taxe entre en application dès le mois prochain.
 
Votée fin décembre. Applicable début avril. De nombreux professionnels du tourisme voient arriver l’entrée en vigueur de la Contribution pour la solidarité, dans moins d’un mois, comme un sérieux problème comptable. Cette nouvelle taxe est introduite dans la règlementation polynésienne depuis le 23 décembre et le vote de la loi du Pays portant simplification et performance du système fiscal en faveur de la solidarité. Une taxe de 1,5% applicable dès le 1er avril à tous les échelons du circuit commercial, sur les ventes de biens, sauf produits de première nécessité (PPN), et sur les prestations de service. Pour les 21 000 entreprises du fenua, il s’agit d’une taxe non déductible, a contrario de la TVA. Le Pays estime pouvoir collecter autour de 12 milliards de Fcfp en année pleine. Une manne “fléchée”, comme cela a été rappelé lors des débats à l’assemblée, “pour sauver” le système de santé et de solidarité polynésien. Mais pour le secteur du tourisme, elle prend dans l’immédiat l’allure d’un nouvel écueil après deux ans de crise Covid et dans un contexte déjà fortement inflationniste.

Les professionnels du secteur font part de ces inquiétudes dans un courrier adressé ce 11 février au ministère des Finances. Sous l’égide du Collectif des acteurs du tourisme, le Conseil des professionnels de l’hôtellerie, l’association du tourisme authentique, la confédération des armateurs de Polynésie, le syndicat polynésien des activités de plongées, le syndicat Tai Moana industries et activités nautiques et la société Air Tahiti et l’agence de voyage Tahiti Nui Travel, demandent rien moins que le report au second semestre 2023 de l’application de cette taxe, pour les professionnels du secteur touristique.
 
Tarifs négociés à l’avance

Dans l’incapacité de “répercuter cette hausse” à leur clientèle “en l’état”, le collectif explique que les entreprises du secteur touristique ne sont pas “en situation d’absorber cette réduction des marges, qui vient s’ajouter à la hausse des approvisionnements et des coûts fixes ainsi qu’aux dettes relatives au remboursement des PGE [Prêts garantis par l’État, ndlr]” : “Comme vous le savez, notre industrie est régie par des cycles annuels qui sont anticipés de plus d’un an. En juin 2022 nous donnerons les tarifs valables d’avril 2023 à mars 2024 ” rappelle la demande épistolaire. “Nous ne pouvons pas augmenter nos tarifs au cours de ces cycles. Une part majeure des réservations relatives à ces contrats est d’ores et déjà dans nos livres pour les mois à venir. Nous ne pourrons répercuter cette hausse à nos clientèles.”

Comme l’explique en effet Diana Chin Choi, la directrice de Tahiti Nui Travel, l’essentiel de l’activité de son agence est la vente de séjours à l’international. “Nous sommes en relation avec des tours opérateurs. Nos tarifs leurs sont transmis longtemps à l’avance. Ils ont été médiatisés”. Quant aux séjours déjà vendus : “on ne peut pas revenir vers le client comme ça et lui annoncer que les prix ont augmenté”. Aussi, pour la professionnelle, l’équation apparaît-elle sans issue. “Cette taxe crée un delta que nous ne pouvons pas absorber sur nos marges. Elles sont trop réduites. On vient de traverser deux ans de crise. Nous sommes trop fragilisés”. Même discours chez cet hôtelier : “Si on nous prévient qu’on doit rajouter 1,5% sur notre hors taxe 2023, ça ne pose aucun problème. Ça alourdit la facture en nous rendant moins compétitif, mais c’est faisable. Là, on nous met au pied du mur”.
 
Soutien financier ?

Le collectif a été reçu par Yvonnick Raffin le 24 février dernier. Mais, selon nos informations, le ministère des Finances est opposé à un report de l’application de cette nouvelle taxe pour un secteur donné. Des pistes sont en revanche à l’étude pour définir les modalités d’un soutien financier provisoire qui pourrait être accordé par le Pays à la profession pour compenser le manque à gagner causé à compter du 1er avril. Pour l’instant, rien n’est tranché. “On a alerté. Les discussions sont en cours. On attend”, se borne à résumer Thierry Buttaud, le directeur général de la société de gestion hôtelière South Pacific Management et co-président du Conseil des professionnels de l’hôtellerie. “Pour l’instant, le principe reste l’application au 1er avril 2022”.
 

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Jeudi 3 Mars 2022 à 18:14 | Lu 1616 fois