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Le Bélarus lance sa première centrale nucléaire malgré l'inquiétude des pays baltes



Minsk, Belarus | AFP | mardi 03/11/2020 - Le Bélarus a mis en activité mardi l'un des réacteurs de sa première centrale nucléaire, conçue et financée par la Russie malgré l'opposition de la Lituanie voisine, dans un pays marqué par la catastrophe de Tchernobyl.

"A 12H03, le turbo-générateur du premier réacteur de la centrale nucléaire bélarusse a été inclus dans le système électrique unifié du pays", s'est félicité sur Telegram le ministère de l'Energie de cette ex-république soviétique située aux portes de l'Union européenne.

Construite par l'agence nucléaire russe Rosatom, la centrale d'Ostrovets (nord-ouest), à 40 kilomètres de la capitale lituanienne Vilnius, est composée de deux réacteurs de 1.200 mégawatts chacun et doit couvrir un tiers des besoins énergétiques de ce pays de 9,5 millions d'habitants.

Le directeur de Rosatom, Alexeï Likhatchev, s'est félicité dans un communiqué d'un "événement historique qui signe le début de l'ère atomique" pour le Bélarus, rendu possible "grâce au travail long et efficace d'une grande équipe de spécialistes" issue des deux pays.

"Le projet AES-2006, sur la base duquel la centrale nucléaire bélarusse a été construite, est l'un des plus prometteurs et des plus demandés sur le marché nucléaire international", a souligné un autre responsable de Rosatom, Andreï Petrov, qui a mis en avant dans le même communiqué "la fiabilité et l'efficacité des technologies nucléaires russes" actuelles.

Après de nouveaux essais, la mise en service complète de la centrale est prévue pour le premier trimestre 2021. 

Le groupe Rosatom insiste sur la sûreté de ses réacteurs, capables selon lui de résister même aux catastrophes naturelles et équipés de dispositifs permettant de limiter les rejets de produits radioactifs en cas d'"accidents hypothétiques".

Le réacteur russe dit de génération 3 mis en activité mardi est le premier du genre à fonctionner à l'étranger. Trois autres du même type sont exploités en Russie et un quatrième doit l'être prochainement.

"Menace"

Début août, peu avant le premier chargement en combustible de la centrale, le président Alexandre Loukachenko avait salué ce projet comme une avancée majeure pour l'indépendance énergétique du pays, et la preuve de ses progrès technologiques.

Le Bélarus reste cependant traumatisé par les dangers du nucléaire, un quart de son territoire ayant été irradié par l'explosion en 1986 d'un réacteur de la centrale soviétique de Tchernobyl, en Ukraine actuelle.

La centrale bélarusse, dont les deux tours de refroidissement sont visibles depuis les environs de Vilnius, inquiète le voisin lituanien, qui affirme qu'elle ne répond pas aux normes de sécurité.

Le ministre lituanien de l'Energie, Zygimantas Vaiciunas, a soutenu mardi dans un communiqué que la centrale était une "menace pour la sécurité nationale et les citoyens" de son pays.

Le chef de la diplomatie lituanienne, Linas Linkevicius, a lui qualifié sur Twitter la centrale de projet "géopolitique dans sa nature" qui pose des "problèmes de sécurité non résolus" et appelé l'UE et la communauté internationale à "ne pas rester indifférents face à une telle ignorance cynique". 

La Lituanie et la Lettonie, un autre pays voisin, ont pris des mesures interdisant l'importation d'électricité venant de la centrale bélarusse ou ayant transité par elle.

Les autorités lituaniennes se sont d'ailleurs préparées au pire : elles ont distribué aux riverains des cachets d'iode pour éviter les cancers de la thyroïde, testé les sirènes d'alerte et signalé des routes d'évacuation.

Le projet, en chantier depuis novembre 2013, représente un investissement de 11 milliards de dollars, dont 10 proviennent d'un crédit russe.

Pour montrer leur intransigeance, les autorités bélarusses avaient exigé en 2016 de Rosatom de changer la cuve d'un réacteur endommagée lors d'une chute, bien que, selon l'entreprise, seule la peinture eût été abîmée.

Cette mise en activité intervient alors que le Bélarus est secoué par des manifestations massives, malgré la répression policière, depuis la réélection contestée le 9 août d'Alexandre Loukachenko.

Rédigé par RB le Mardi 3 Novembre 2020 à 05:19 | Lu 129 fois





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