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La nouvelle vie de Vatea le Gayic avec Cats on Trees


© Bertrand Corre
© Bertrand Corre
Tahiti, le 4 août 2022 - Vatea Le Gayic a décidé de changer de vie. Bien connu des scènes musicales de Tahiti, le bassiste a rejoint le groupe français Cats on Trees (dont le premier album est double disque de platine), rencontré quelques années plus tôt au fenua. L'aventure commence en janvier. Depuis, il enchaîne les concerts devant parfois des milliers de personnes. Mais le jeune homme, qui vit son rêve à fond, garde les pieds sur terre.
 
Comment as-tu rencontré Cats on Trees ?

“Ils étaient venus en concert à Tahiti en 2016, ils étaient en duo à ce moment-là, Nina la pianiste-chanteuse et Yohan le batteur. Rodolphe, qui organisait l'événement avec sa production, avait proposé que je les accompagne sur un titre, Jimmy, qu'ils avaient fait avec Calogero. J'avais normalement un concert ce jour-là, mais je l'ai annulé. Je préférais jouer un seul titre et rencontrer des artistes plutôt que de faire un concert dans un hôtel pendant trois heures. Et ensuite, ils sont revenus en 2019. Cette fois, ils m'ont proposé de jouer trois titres. Ils m'avaient envoyé les sessions live avec les parties basse isolées pour que je puisse travailler à la maison avant leur arrivée parce qu'on n'avait pas le temps de répéter. On fait le sound check le jour-même du concert, et ils me disent : ‘Finalement, tu ne veux pas en jouer un quatrième et puis un cinquième ?’ Du coup, petite pression. Pendant la première partie, j'étais là en train d'écouter les titres que je devais jouer trois-quarts d'heure plus tard. C'était un peu stressant mais c'était bien !”
 
Et comment s'est prise la décision d'intégrer le groupe ?

“Après ce deuxième concert, qui s'est bien passé, on a fait la fête ensemble, on est allé à Moorea le lendemain. Et je leur disais que mon rêve, c'était de partir faire des tournées, mais que j'avais fait une croix dessus. Parce que j'avais tenté ma chance en 2015 et je n'avais pas trouvé de boulot. Aller en France et trouver un groupe, c'est dur. Il faut se faire un réseau dans la musique, et personne ne t'attend dans ce milieu. Des bassistes, il y en a plein ! Et au mois d'août ou septembre de l'année dernière, j'ai reçu un message à trois heures du matin du régisseur qui me disait : ‘Est-ce que ça te dit de faire des concerts avec nous ? Tu es sur une liste.’ Et moi je lui réponds : ‘Bah oui, trop !’ Donc à trois heures du matin, j'ai cherché mon passeport que j'avais perdu, du coup c'était la panique. Je ne l'ai pas trouvé d'ailleurs… J'étais dans tous mes états. Et après, ils m'ont confirmé que ça se faisait, que le billet était pris et que je pouvais venir. Ils m'ont envoyé les morceaux que j'ai travaillés. Et après je suis parti. C'était en janvier.”
 
C'est à durée indéterminée ?

“Quand ils m'ont contacté, c'était pour la tournée. Ils m'ont dit : ‘Tu viens, et dans un an, tu rentres chez toi à Tahiti’. Et moi je leur ai dit : ‘Non, moi je veux changer de vie’. J'avais besoin de changer d'air, et puis artistiquement, aller au musée, voir des groupes, c'est enrichissant.”
 
C'est un grand changement de vie entre Tahiti et la France ?

“Oui, mais ils m'ont beaucoup aidé. Ils m'ont tous accueilli à l'aéroport. C'était génial. D'ailleurs, c'était marrant parce que j'avais ni ma basse ni ma valise. Sur le coup, je ne me suis pas marré ! Entre Paris et Toulouse (le groupe est originaire de Toulouse), les bagages n'avaient pas eu le temps d'arriver. C'était l'hiver et je n'étais pas très habillé, sans affaires et sans ma guitare… Au début, Nina la chanteuse m'a hébergé chez elle. Donc j'ai été très bien accueilli, j'ai eu beaucoup de chance.”
 
À Tahiti, tu avais un travail à côté ou tu te consacrais exclusivement à la musique ?

“Je ne faisais que de la musique. Je donnais quelques cours de basse, mais j'essayais de jouer tout le temps, parce que le problème à Tahiti, c'est qu'il n'y a pas de statut d'intermittent du spectacle. Donc si tu veux payer ton loyer, tu dois jouer comme un taré, tous les soirs, dans les bars et restos. Malheureusement, il n'y a rien pour soutenir les musiciens.”
 
Que fais-tu depuis que tu as rejoint le groupe ?

“Au début, on a beaucoup répété en studio. À chaque fois qu'il y a un concert, on part la veille dans le tour bus –donc on est tous dans un bus avec les couchettes, le frigo, il y a tout ce qui faut– ensuite on arrive sur le lieu du concert le matin, et dans la journée, on se balade en ville ou on est dans les loges. Il y a toute l'équipe technique qui part avec nous, il n'y a pas que les musiciens. On bouge tout le temps d'une ville à l'autre. Après le concert, on remonte dans le bus et le lendemain matin, on est dans une autre ville. Mais dès que je suis en pause, je rentre chez moi, à Montpellier.”
 
C'est l'été en France, la période des festivals. Vous jouez beaucoup ?

“Oui, on a fait pas mal de dates. Dans les gros festivals, on a fait Musilac (à Aix-les-Bains, NDLR). C'était du délire, parce qu'on joue et à côté, il y a Metronomy, Fat Freddy's Drop, des groupes que j'écoutais et il y a même des morceaux que je reprenais à Tahiti. Et puis à Musilac, tu as le lac à côté de la scène, c'est vraiment un cadre magnifique.”
 
Tu retrouves tes yeux d'enfant à côtoyer tes “idoles” ?

“Je kiffe. Je me sens maintenant un peu plus légitime d'être là, parce qu'au tout début, j'étais timide. Sur scène aussi. Et même en répet'. D'ailleurs, le directeur artistique des Cats est venu me voir et m'a dit : ‘C'est super, tu joues propre, mais lâche-toi, parce que sinon, on s'ennuie’. Donc j'ai appris beaucoup sur comment bouger sur scène, occuper l'espace, il m'a dit de mettre ma personnalité dans les morceaux. Maintenant, je suis plus à l'aise sur scène, je me sens plus légitime d'être là, mais je ne suis pas en mode ‘ça y est, je suis comme eux’. Je me sens comme un privilégié, il y en a tellement qui aimeraient être à ma place. Il y a eu du travail, mais il y a de la chance aussi.”
 
Jouer devant un public beaucoup plus nombreux, ça doit te changer aussi ?

“Oui, on a fait le Printemps de Bourges, c'était impressionnant parce qu'on jouait devant plusieurs milliers de personnes. Et c'était fou, parce qu'on se retrouvait avec IAM, Clara Luciani, Eddy de Pretto…”
 
À Tahiti, tu avais joué aussi avec des artistes de renommée internationale. Ayo, Tété, Gary Dourdan…

“Oui, c'était super d'accompagner ces artistes-là. Mais ce qui était super aussi, c'était de jouer avec mes amis. J'avais toujours ce truc de me dire ‘c'est bien mais c'est à Tahiti’. Déjà je me demandais toujours si l'artiste était vraiment satisfait. Je me pose beaucoup de questions en général ! Mais je n'avais pas de recul par rapport à tout ça, car je n'avais jamais vraiment bougé de Tahiti. Et je suis assez exigeant envers les autres et surtout envers moi-même. Et puis le fait de jouer à Tahiti, je me disais ‘c'est bien, mais ils partent et demain on ne se voit plus…’ Même si c'était génial ! Avec Ayo, Gary, on a passé des super moments ensemble, mais il y avait ce truc ‘ça reste à Tahiti’. Je ne dis absolument pas que Tahiti, ce n'est pas bien et que la France c'est mieux, c'est juste que j'avais envie de plus.”
 
Tu as participé à Taratata, qui est une émission musicale de référence. Tu en gardes quel souvenir ?

“C'était fou, parce que quand je suis arrivé en répet, tout de suite, le groupe m'a dit : ‘Avant de faire des concerts, on va faire RTL et Taratata’. C'était assez intimidant, parce qu'il n'y avait pas de concert pour se chauffer, c'était direct dans le lard ! C'était trop top ! Il y avait Franz Ferdinand, Scorpions… Et c'est pareil, tu vois ces gens-là, tu es à côté d'eux, c'est du délire ! Et sur l'émission, on a fait un sound check, c'est le meilleur son que je n'ai jamais eu de ma vie !”

Bio express

  • Date de naissance : “8 décembre 1993”
  • Lieu de naissance : “Paris”
  • Situation familiale : “Célibataire”
  • Instrument joué : “Juste la basse. J'en ai vendu plein avant de partir, il doit m'en rester cinq ou six. Avant j'en avais douze, on ne savait plus où marcher !”
  • La première fois que tu as touché une basse : “À 14 ans”
  • Influences musicales : “J'aime tout, il y a du bon dans tout. Avant j'étais plutôt funk-rock, et après, j'ai écouté de la musique africaine, des trucs plus pop, plus métal, et ça a enrichi mon jeu.”
  • Ton meilleur souvenir de concert : “En tant que musicien, je dirais Taratata, Le Printemps de Bourges et Musilac. J'avoue que Taratata, ça m'a fait un truc parce que je regarde l'émission depuis que je suis gamin. J'ai voulu être musicien à partir de 13 ans, et d'y être, j'étais un peu ému. Et à Tahiti, notre avant-dernier live avec Foga, avant que je parte, on était dans la nostalgie de savoir qu'on allait bientôt plus se voir et on s'est lâché comme des dingues.”

© Cats on trees
© Cats on trees

© Bertrand Corre
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Rédigé par Anne-Laure Guffroy le Jeudi 4 Août 2022 à 16:29 | Lu 4000 fois