Tahiti, le 6 février 2026 - De retour en Polynésie française pour la troisième fois, Alpha Blondy est à Tahiti à l’occasion du festival Fenua Reggae. À la veille de son concert au parc Vairai, la légende du reggae s’est confiée à Tahiti Infos sur son attachement au Fenua, ses souvenirs de Moorea, son combat pour la paix dans le monde et son 20ᵉ album, Rise.
Qu’est-ce que ça vous fait d’être de retour à Tahiti ?
“C’est toujours un plaisir. J’adore l’océan, toutes ces nuances de bleu, et surtout la chaleur humaine. J’ai toujours été très bien reçu ici. C'était pour moi la première fois que j’arrive dans un pays, dans un endroit, où on t'accueille avec des guirlandes de fleurs parfumées. Ça marque.
Je garde aussi un souvenir très fort des dauphins de Moorea. J’avais fait beaucoup de photos là-bas. Cette fois, on m’a dit on n’ira pas les voir… je suis un peu triste, mais ce n’est pas grave, je me contenterai des requins. [Sourire]
Ce qui me touche ici, ce sont les gens, la joie permanente. Dieu a mis un petit ange du paradis dans le Pacifique.”
Quand vous regardez votre parcours, qu’est-ce qui vous rend le plus fier ?
“Je dis merci à Dieu. Je ne suis pas le plus grand chanteur, ni le plus beau, et pourtant j’ai eu cette carrière qui dure dans le temps. Je vais dans des pays où des familles viennent à mes concerts, chantent dans ma langue sans la comprendre.
Nous, les artistes, avons souvent un déficit d’amour. Et mon public me gâte. En termes d’amour, Dieu m’a vraiment gâté.”
Votre musique a toujours porté des messages forts. En 2026, c’est quoi le combat le plus urgent selon vous ?
“La paix. Comment voulez-vous parler des droits de l’Homme quand il y a des guerres ? Après la Seconde Guerre mondiale, les humains ont créé les Nations Unies. Et pourtant, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont aussi les cinq plus grands marchands d’armes. On nous a parlé de guerre froide. Moi, je ne veux pas entendre ce mot. Une guerre est une guerre. Elles naissent d’abord dans les esprits.
J’ai ce rêve fou de voir cette humanité – capable d’aller sur la Lune et bientôt sur Mars – abolir la guerre. Ce serait le plus grand avènement du millénaire. Que l’homme s’arrache à son ADN animal pour devenir un être vraiment civilisé.”
Pensez-vous que la musique peut encore changer les choses ?
“Oui. La musique est un médicament. Ce n’est pas une arme. Dire les choses de façon musicale, c’est parler au cœur sans violence.
Je raconte souvent l’histoire du colibri. Il y a un immense incendie de forêt, tous les animaux fuient. Le colibri, avec son petit bec, va chercher de l’eau à la rivière et la verse sur le feu. On se moque de lui. Il répond : ‘Si chacun de nous mettait une goutte, peut-être qu’on éteindrait l’incendie.’ C’est ma philosophie. Je ne comprends pas qu’après la Seconde Guerre mondiale, quand on ne disait “plus jamais ça”, on en soit encore là aujourd’hui.”
Vous évoquez Gaza, le Soudan… Quel regard portez-vous sur ces conflits ?
“Pendant des décennies, comment expliquer que les Nations Unies, avec tout leur pouvoir, n’aient pas réussi à éteindre ces feux ? Il y a un cynisme monstrueux. Quand la haine dure, elle fermente. Et quand elle fermente, elle produit ce que l’on voit aujourd’hui. C’est tragique.”
Vous sortez votre 20ᵉ album, Rise. Que représente-t-il pour vous ?
“Cet album est porteur d’espoir, comme toujours. Nous, musiciens, sommes des tisserands de rêves. Faire danser les gens, écrire des chansons, ça demande de l’amour et du respect pour notre espèce.
Je ne désespère pas de l’humanité. Nous sommes huit milliards sur cette planète. Ce n’est pas à cause d’une minorité qu’on doit perdre foi dans les autres. Il faudra beaucoup d’utopistes, beaucoup de rêveurs. Peut-être même beaucoup de fous comme moi.”
Quel message allez-vous transmettre sur scène au public polynésien ?
“L’amour de Dieu. L’espoir en l’espèce humaine. Parce que l’homme est bon. L’homme est la créature d’un Dieu bon.”





























