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La ZEE devient un nouvel “outil décolonial” pour le Tavini


Tahiti, le 29 juin 2026 – Pour le Tavini Huiraatira, la Zone économique exclusive (ZEE) n'est plus seulement un espace maritime à protéger ou à développer. Elle devient désormais un “outil décolonial” susceptible d'ouvrir enfin le dialogue avec l'État que les indépendantistes réclament depuis la réinscription de la Polynésie française sur la liste des territoires à décoloniser de l'ONU, en 2013. Un nouvel argument que le Tavini pourrait désormais faire valoir chaque fois que la question de la ZEE reviendra dans le débat public, jusqu'aux prochaines discussions onusiennes sur la décolonisation.
 
 
Une heure à peine avant de retrouver son costume de président de l'assemblée à Tarahoi, Antony Géros recevait la presse à la permanence du Tavini, dans le contexte de la visite en Polynésie de Catherine Chabaud. Très vite pourtant, les annonces de la ministre sur les aires marines protégées et les grands fonds marins ont laissé place à un sujet bien plus politique : la décolonisation.
 
Sans reprocher à la ministre de ne pas avoir abordé la décolonisation – “elle n'avait pas mandat pour ça”, reconnaît-il –, le vice-président du Tavini voit dans la ZEE une occasion d'engager enfin le dialogue avec l'État. “Ce dialogue qu'on attend depuis le 17 mai 2013 et qui n'a jamais eu lieu jusqu'à présent, c'est peut-être l'occasion de pouvoir le faire à travers la ZEE”, explique-t-il.
 
Pour Antony Géros, les près de cinq millions de kilomètres carrés de ZEE sont désormais bien plus qu'un espace maritime. “C'est un élément décolonial, c'est un élément de dialogue”, résume-t-il. Le Tavini ne conteste ni la nécessité de préserver l'océan ni l'intérêt des recherches annoncées sur les grands fonds. Mais il estime que ces dossiers doivent désormais s'accompagner d'une réflexion sur la gouvernance de cet espace maritime et, plus largement, sur les relations entre l'État et la Polynésie française.
 
Reste à convaincre l'État d'ouvrir cette discussion. Il ne se fait toutefois guère d'illusions sur un changement de cap venu de Paris. “Il y a François Hollande qui nous a promis monts et merveilles, même dans le cadre de la décolonisation. On a vu ce qui s'est passé. Ensuite, il y a Macron qui a dit que la colonisation était un crime contre l'humanité... Aujourd'hui, on continue à tourner en rond. Demain, ce sera peut-être Mélenchon. Qu'il soit de gauche ou de droite, on a toujours dit que le Français restera jacobin jusqu'au bout”, glisse-t-il.
 
Le président de l'assemblée a enfin livré un dernier message, cette fois sur un tout autre sujet : le discours qu'il avait prononcé la veille à Mataiea lors de la commémoration des 60 ans de l'histoire nucléaire en Polynésie. Au nom de l'assemblée, il y avait demandé pardon pour la part de responsabilité de l'institution dans les décisions ayant conduit à l'installation du Centre d'expérimentation du Pacifique : “Je me suis exprimé au nom de l'assemblée”, rappelle-t-il, estimant qu'“une institution ne peut prétendre transmettre fidèlement la mémoire d'un peuple sans avoir d'abord le courage d'assumer son propre passé”. Plus qu'un acte de repentance, il revendique un “devoir de vérité” et souhaite désormais que cette demande de pardon soit reprise dans une résolution de l'assemblée.
 
Qu'il évoque la gouvernance de la ZEE ou la mémoire nucléaire, Antony Géros poursuit finalement le même objectif : faire de chaque dossier un argument supplémentaire pour relancer le dialogue sur la décolonisation.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 29 Juin 2026 à 19:05 | Lu 233 fois