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La Catalogne décide si les indépendantistes reviennent au pouvoir



Barcelone, Espagne | AFP | jeudi 21/12/2017 - Les Catalans ont commencé à voter jeudi pour décider si les indépendantistes doivent revenir au pouvoir dans leur région, deux mois après la proclamation d'une République de Catalogne mort-née qui a ébranlé l'Espagne.

Mobilisés par l'enjeu crucial, après des semaines d'angoisse et de tensions, les Catalans formaient de longues files d'attente devant les bureaux de vote sous un soleil hivernal, avant même leur ouverture, à 09H00 (08H00 GMT). 
Le scrutin doit être clos à 20H00 (19H00 GMT) et la participation tournait autour de 34,7% à la mi-journée, légèrement en-dessous (-0,4%) du score de 2015. Un chiffre peu comparable, car les Catalans travaillent tandis qu'en 2015 ils avaient voté un dimanche.
"Le vote d'aujourd'hui", résumait Gloria Garcia, standardiste de 57 ans, électrice rencontrée dans la banlieue ouvrière de Santa Coloma de Gramenet, au nord Barcelone, "c'est oui ou non à l'indépendantisme en Catalogne". 
Les sondages prévoient une forte participation des 5,5 millions d'électeurs qui doivent renouveler leur parlement après une campagne atypique, comptant des candidats en prison ou en Belgique, comme l'ancien président indépendantiste destitué Carles Puigdemont.
Dans une Catalogne très divisée, un million d'indécis peuvent faire basculer le scrutin d'un côté ou de l'autre, bien qu'il semble acquis qu'aucune formation ne devrait jeudi soir disposer d'une majorité absolue. 
En 2015, les séparatistes avaient pour la première fois remporté une majorité des sièges au parlement catalan (72 sur 135), rassemblant 47,8% des suffrages avec un record de participation (74,95%).
En octobre, les indépendantistes ont organisé un référendum d'autodétermination interdit, marqué par des violences policières, qu'ils ont affirmé avoir remporté avec 90% de "oui" et un taux de participation de 43%. 
Puis, le 27 octobre, 70 députés catalans sur 135 ont finalement proclamé l'indépendance de la "République de Catalogne".
Pour tuer dans l’œuf la tentative de sécession, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a mis la région sous tutelle et destitué le gouvernement, un événement sans précédent depuis la dictature de Francisco Franco. 
Mais il a aussi immédiatement convoqué ce scrutin, promettant qu'il permettrait ainsi un "retour à la normalité", après la déclaration d'indépendance qui avait inquiété toute l'Europe.
La suspension de facto de l'autonomie pourrait encourager les indépendantistes. Mais le coup de frein aux investissements, au tourisme et le déménagement de siège social de quelque 3.000 entreprises craignant l'instabilité, mobilise aussi les partisans de l'unité.
Alex Arroyo, un professeur de développement personnel de 49 ans, a confié à l'AFP, après avoir voté dans le fief indépendantiste de Vic, qu'il ne s'était jamais senti vraiment séparatiste mais qu'il avait changé d'avis "à cause des positions radicales de l’État" espagnol, "du manque de respect" et de "la violence" dont il a fait preuve.
Pour Eduard Garrell, un retraité de 67 ans, le désir d'indépendance est tout simplement "dans l'ADN des Catalans. Nous voulons décider de notre avenir". 
Les conservateurs au pouvoir en Espagne, les libéraux du parti Ciudadanos et leurs adversaires socialistes, ont fait campagne en fustigeant "le cauchemar", "la folie" indépendantiste.
"Cette élection n'est pas seulement importante pour la Catalogne, elle l'est aussi pour toute l'Espagne et l'Europe", a insisté jeudi la dirigeante en Catalogne du parti libéral Ciudadanos, Inès Arrimadas.
"L'enjeu, pour moi, c'est plutôt qu'on soit tous espagnols et Ciudadanos peut représenter le changement parfait pour maintenir résolument l'unité de l'Espagne", explique la standardiste Gloria Garcia, un drapeau espagnol noué autour du cou.
Selon les sondages, la bataille pour la première place se jouerait entre le parti sécessionniste de gauche ERC du vice-président destitué Oriol Junqueras - inculpé et emprisonné pour "rébellion"  - et Ciudadanos, parti qui s'est créé pour lutter contre les nationalistes.
 

- 'Irréductible' -

 
Les deux principaux dirigeants destitués par Madrid se présentent sur des listes séparées mais dénoncent ensemble la "répression" de Madrid. 
Carles Puigdemont, conservateur et indépendantiste, entend reconquérir son poste par les urnes, en sachant qu'il serait aussitôt arrêté s'il rentrait en Espagne.
"Nous démontrerons de nouveau la force d'un peuple irréductible. Que l'esprit du 1er octobre" (jour du référendum interdit) nous guide toujours", a-t-il tweeté. 
Oriol Junqueras n'a, lui, presque pas pu faire campagne, limité à dix appels téléphoniques par semaine depuis sa prison, la laissant à Marta Rovira, secrétaire générale du parti.
Dix-huit membres des sept listes en lice font l'objet de poursuites en lien avec la tentative de sécession.
Le parti de M. Rajoy - 8,5% des voix aux élections régionales de 2015 - se vante d'avoir "décapité" l'indépendantisme catalan. Il a averti mercredi soir que "les gouvernants (régionaux) savent désormais ce qui se passe quand ils font ce qu'on ne peut pas faire".

le Jeudi 21 Décembre 2017 à 06:58 | Lu 169 fois




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