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L'artisanat de Nuku Hiva sauvé par le marché local


Mau Ségur (à gauche) avec quelques artisans du fare de Taiohae qui souhaitent tout mettre en œuvre pour garder leur savoir-faire ancestral.
Mau Ségur (à gauche) avec quelques artisans du fare de Taiohae qui souhaitent tout mettre en œuvre pour garder leur savoir-faire ancestral.
Nuku Hiva, le 12 septembre 2021 - Depuis l’arrivée du Covid-19 dans le Pays et la diminution du nombre de touristes qui en découle, les artisans de plusieurs îles des Marquises sont à la peine. Cependant, à Nuku Hiva la situation n’est pas si dramatique, les artisans de Taiohae nourrissent même des projets d’expansion et de préservation du patrimoine artisanal de l’archipel.  
 
Depuis mars 2020, l’archipel des Marquises a perdu les 21 000 touristes internationaux issus des paquebots de croisière qui font escale chaque année sur la Terre des Hommes entre octobre et avril. Dans une moindre mesure, les 3 500 passagers annuels du cargo mixte Aranui n’ont pas tous pu être acheminés aux Marquises pour ces mêmes raisons sanitaires. Par ailleurs, les trois dernières expositions d’artisanat marquisien qui ont lieu deux fois par an à Tahiti ont été annulées.

Une nouvelle clientèle locale à Nuku Hiva

Pourtant, la situation reste satisfaisante à Nuku Hiva où les artisans arrivent jusqu’à présent à sortir leur épingle du jeu. “Bien sûr la clientèle des paquebots de croisière internationaux manque, notamment en fin d’année, explique Mau Ségur présidente de la fédération des artisans de Nuku Hiva. Mais nous avons tout de même eu depuis juin 2020 la clientèle des pensions de famille et de l’hôtel qui s’est faite plus nombreuse que d’habitude du fait que beaucoup de résidents n’ont pas pu voyager à l’international. Du coup nous avons gagné cette clientèle locale habituée aux tarifs de la Polynésie, qui connait les produits de l’artisanat marquisien et qui souhaite vraiment acquérir des objets de qualité de notre archipel. Il y a aussi eu, plus récemment, les touristes qui n’avaient pas prévu de venir aux Marquises et qui ont finalement rejoint l’archipel pour fuir le confinement des îles du Vent et Sous-le-Vent.”
Il est vrai qu’en raison des tarifs très élevés des vols pour les Marquises (80 000 Fcfp A/R, tarif le plus bas en temps normal) l’archipel ne reçoit habituellement que peu de visiteurs par les airs. Les résidents de Polynésie préférant souvent se rendre en Nouvelle-Zélande pour un tarif proche. Ainsi, contre toute attente, la crise sanitaire aura permis le développement d’un tourisme local, certes probablement temporaire, qui a bénéficié aux artisans de Taiohae.
 
Demande de subvention au Pays

“En effet, j’observe les visiteurs et je regarde régulièrement les chiffres, poursuit Mau, il s’avère qu’entre juin 2020 et août 2021, nous avons vu les ventes faire un bond énorme au fare artisanal de Taiohae, ce qui fait que jusqu’à présent nous n’avons pas observé de grosse baisse de chiffre d’affaires. D’ailleurs, nous nous sommes réunis récemment et nous avons décidé de faire une demande de subvention au niveau du Pays pour agrandir le fare qui devient trop petit.”

Les artisans souhaitent que soit agrandie la partie extérieure du fare qui sert d’atelier de travail et de démonstration, entre autres.
Les artisans souhaitent que soit agrandie la partie extérieure du fare qui sert d’atelier de travail et de démonstration, entre autres.
Un souhait d’expansion qui vise à optimiser les conditions d’exposition mais aussi les conditions de travail des artisans. “Ce que nous souhaitons dans un premier temps, explique Mau Ségur, c’est agrandir le débord de toiture du fare (…) Actuellement, en raison de la toiture trop étroite nous ne pouvons travailler à l’extérieur que quelques heures par jour quand le soleil n’est pas trop fort, et par temps de pluie c’est tout simplement impossible. Dans un second temps, nous aimerions que soit construit un deuxième centre artisanal afin que nous puissions doubler la surface d’exposition. Actuellement, nous disposons de 41 tables d’exposition que les artisans doivent partager à deux ou trois car il n’y a pas assez de place pour tout le monde, d’autant que nous tâchons d’accueillir régulièrement des sculptures des autres îles de l’archipel. J’espère que notre souhait sera entendu car Il faut bien comprendre que sur la seule île de Nuku Hiva l’artisanat concerne des centaines de personnes et quand on parle d’artisanat marquisien on ne parle pas d’un travail comme les autres. Il s’agit de la pérennisation d’un savoir-faire ancestral qui est une partie très importante du patrimoine culturel de la Polynésie. Et nous sommes bien décidés à tout faire pour qu’il survive à cette crise sanitaire dans les six îles de l’archipel. "

Les 41 tables ne suffisent plus pour accueillir la production des artisans de Nuku Hiva. Ceux-ci souhaitent doubler la surface d’exposition.
Les 41 tables ne suffisent plus pour accueillir la production des artisans de Nuku Hiva. Ceux-ci souhaitent doubler la surface d’exposition.

Ua Huka comme coupée du monde
 
Sur l’île de Ua Huka, le manque à gagner relatif à l'absence de touristes se fait largement sentir, comme peut en témoigner Delphine Rootuehine, présidente de l’association artisanale de Hokatu : “Tout d’un coup, nous nous sommes sentis totalement coupés du monde. Les expositions ont été annulées, les croisiéristes ne viennent plus et il n’y a plus de liaisons aériennes vers notre île en dehors de l’hélicoptère. Habituellement les touristes de l’Aranui dépensent environ 300 000 Fcfp par mois à répartir sur 20 artisans, mais surtout nous envoyions de l’artisanat dans certaines boutiques des îles du Vent et Sous-le-Vent ainsi que dans d’autres îles marquisiennes qui revendent aux touristes de paquebots. Mais ces derniers mois, nous n’avons reçu que deux petites commandes, l’une de Raiatea et une de Nuku Hiva. Résultat : beaucoup de sculpteurs sont passés en CAE à mi-temps dans d’autres domaines comme l’agriculture ou dans l’artisanat en travaillant pour les rares sculpteurs qui ont pu garder certains de leurs clients.”
L’île de Ua Huka avec celle de Fatu Hiva sont celles qui comptent le plus d’artisans au prorata de leur population. Il est alors aisé de comprendre que les habitants guettent avec impatience la fin de cette épidémie qui met en péril leur principal revenu.

Rédigé par Marie Laure le Dimanche 12 Septembre 2021 à 14:03 | Lu 1655 fois