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L'Ukraine plus que jamais "dans tous les esprits" à Cannes


LOIC VENANCE / AFP
LOIC VENANCE / AFP
Cannes, France | AFP | jeudi 19/05/2022 - Film posthume montrant l'Ukraine sous les bombes, polémique sur la présence en compétition du Russe Kirill Serebrennikov: La guerre en Ukraine s'est une nouvelle fois invitée jeudi au Festival de Cannes, deux jours après l'intervention surprise du président Zelensky.

Ce sont des images récentes de la vie à Marioupol, ville assiégée par les Russes, que les festivaliers ont découvert jeudi sur grand écran lors d'une séance spéciale de "Mariupolis 2", du Lituanien Mantas Kvedaravičius, tué fin mars en Ukraine à l'âge de 45 ans. Il tentait de quitter la ville-martyre, devenue un symbole de la résistance ukrainienne.

"C'était important pour lui de montrer la vie et les gens en temps de guerre plutôt que la guerre", a raconté à l'AFP sa fiancée Hanna Bilobrova qui travaillait avec lui et a rapporté ces images. "Quand on a entendu parler du siège de Mariopoul, on savait qu'il y avait encore de la vie, il a dit +il faut qu'on y aille+", a-t-elle ajouté, la voix brisée par l'émotion.

Un témoignage rare qui survient alors que la plupart des soldats ukrainiens retranchés dans l'usine Azovstal, à Marioupol, sont en train de se rendre.

Sans voix off, ni musique, ce documentaire à l'os alterne entre longs plans montrant des paysages de désolation et scènes de la vie quotidienne d'habitants tentant de survivre. Avec en bande-son, le silence ou les incessants bruits de tirs et de bombardements.

Mantas Kvedaravičius avait déjà tourné un premier film à Marioupol, pendant la guerre du Donbass. Il y était retourné, après l'invasion russe en Ukraine de février dernier, "pour retrouver les personnes qu'il avait rencontrées et filmées entre 2014 et 2015". 

Juste après sa mort, son entourage a décidé de monter le film et de le proposer aux organisateurs de Cannes. Un travail "nuit et jour", particulièrement éprouvant.

Le film a été ajouté à la dernière minute par les organisateurs du Festival, qui avaient promis une 75e édition où l'Ukraine serait "dans tous les esprits" et marquée, dès son ouverture, par l'intervention, depuis Kiev, du président et ancien acteur Volodymyr Zelensky.

Emoi

Tant que la guerre durera, le rendez-vous mondial du 7e art refuse d'accueillir "des représentants officiels russes, des instances gouvernementales ou des journalistes représentant la ligne officielle" russe. Mais s'est toujours dit prêt à accueillir les voix dissidentes, à commencer par le cinéaste Kirill Serebrennikov, en compétition déjà l'an dernier.

Au Marché du film, attenant au Festival, des voix se sont élevées jeudi pour critiquer ce choix. "Nous pensons vraiment que tout ce qui est russe doit être effacé", a déclaré à l'AFP Andrew Fesiak, producteur ukrainien de films, lors d'une conférence de presse. "Les cinéastes russes ne peuvent pas prétendre que tout va bien et qu'ils n'ont rien à se reprocher".

Des critiques auxquelles Serebrennikov, installé désormais à Berlin, a tenté de répondre lors d'un entretien à l'AFP. "Je dois dire que je comprends pourquoi ils disent ce qu'ils disent. Je comprends qu'ils sont dans une situation terrible, que des gens perdent leur vie, leur maison". "Pour eux, c'est même difficile d'entendre la langue russe. Je comprends très bien ça", a complété le réalisateur de "La femme de Tchaïkovski", en lice pour la Palme d'or. 

Un autre événement dans le cadre du Festival a créé un certain émoi: le survol mercredi de la Patrouille de France lors de la montée des marches de Tom Cruise, qui s'est avéré traumatisant pour les équipes de "Mariupolis 2". 

"On était sur le balcon quand nous avons entendu les avions et on s'est presque mis par terre. Mais il n'y a pas eu de bombes", a déploré Hanna Bilobrova, les larmes aux yeux.

L'Ukraine sera présente sur la Croisette via d'autres réalisateurs de ce pays: "The Natural History of Destruction" de l'habitué Sergei Loznitsa (en séance spéciale), "Butterfly Visions" de Maksim Nakonechnyi (Un certain regard) et "Pamfir" (Quinzaine des réalisateurs) de Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk, deux premiers long-métrages.

le Jeudi 19 Mai 2022 à 07:55 | Lu 350 fois