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L’Observatoire des requins de Polynésie aux côtés de Manta trust


Crédit : Nelly Massoud
Crédit : Nelly Massoud
PAPEETE, le 12 décembre 2015 - L’association locale "Observatoire des requins de Polynésie" travaille depuis quelques mois avec l’organisation britannique Manta trust. L’objectif ? Identifier les raies manta qui vivent dans nos eaux pour nourrir une base de données internationale dans un souci global de préservation.

La collaboration est à l’initiative de Manta trust. "Nous travaillons ensemble depuis juin à l’identification des individus polynésiens de raies manta. Dans ce contexte, toutes informations et photos sont les bienvenues", indique Nicolas Burray, le créateur de l’Observatoire des requins de Polynésie (ORP).

Entre 2001 et 2007, Moeava de Rosemont a photographié et identifié 98 individus sur le site d’Anau à Bora bora. Ces éléments sont venus gonfler la base de données de Manta trust et sont aujourd’hui utilisés par Cécile Berthe, étudiante en diplôme EPHE et membre de l’ORP, pour l’étude des raies manta de Maupiti.

Depuis le lancement du programme et l’intérêt particulier porté par l’ORP sur les raies manta, Nicolas Burray confirme une présence plus forte d’individus autour des îles du vent, Tetiaroa, Moorea et Tahiti ou des raies manta ont été vues à l’intérieur et à l’extérieur du port de Papeete. Des observations sont de plus en plus régulières à Mooea.

Deux espèces de raies manta

Pourquoi mieux connaître les individus qui constituent les populations locales et globales ? Pour mieux les comprendre et donc mieux les protéger. En l’absence de connaissances sur leur façon de vivre, de se nourrir et surtout de se déplacer, difficile de réfléchir à des mesures de sauvegarde. Car, l’animal reste secret et est directement menacé.

Les raies manta sont secrètes non pas parce qu’elles vivent cachées loin des hommes mais parce que leurs habitudes et déplacements n’ont finalement jamais été suivis de près. Et pour preuve, il a fallu attendre 2009 pour que le genre (voir encadré classification) "manta" soit subdivisé en deux espèces : la raie manta géante Manta birostris (entre 3 et 7 mètres d’envergure) et la raie manta de récif Manta alfredi (entre 2 et 5 mètres d’envergure). La découverte, signée Andrea Marshall qui a travaillé aux Maldives, a bouleversé l’approche des manta. Des confusions persistent d’ailleurs. En Polynésie, dans les ouvrages d’identification, seule l’espèce Manta birostris est mentionnée alors qu’à Bora bora par exemple il s’agit de Manta alfredi.

Le pouvoir des raies manta

Si aujourd’hui en Polynésie, les raies manta évoluent tranquillement (ou presque) dans les eaux, qu’elles sont approchés avec un maximum de précaution pour éviter de les déranger, ce n’est pas le cas partout dans le monde. Pendant longtemps, elles ont été malmenées "par erreur". Elles étaient pêchées accidentellement. Mais depuis quelques années elles sont devenues des cibles directes, leurs branchies étant de plus en plus utilisées en médecine traditionnelle chinoise. Elles soigneraient divers maladies, de la varicelle au cancer. Un rapport publié par les associations Shark savers et WildAid en 2012 évaluait à 400 euros (48 000 Fcf) le kilo de branchies séchées qui sont cuites avec d’autres extraits de poissons. "Pourtant", déplorait Shawn Heinrichs l’un des auteurs du rapport dans un blog hébergé par le New York Times, "les bienfaits de cette soupe n’ont jamais été démontrés par des médecins".

Les prises de raies manta, même ponctuelles et faibles ont de gros impact sur les espèces car le nombre d’individus total est peu élevé. Les chercheurs ont évalué pour l’instant les populations de manta océaniques du Mexique, de l’Équateur et du Mozambique qui compte 350, 300 et 200 individus. Soit au total un millier d’individus. Une femelle ne donne naissance qu’à une dizaine de petits dans sa vie, le renouvellement des raies manta n’est plus assuré aujourd’hui.

Pourtant il existe des arguments poids pour protéger les raies manta. Aux Maldives, en Micronésie, au Mexique, aux États-Unis, le chiffre d’affaires généré par des raies manta peut être considérable en termes de retombées économiques. Un individu peut rapporter jusqu’à 1 million de dollars tout au long de sa vie (environ 190 millions de Fcfp) via le tourisme notamment.


Apprendre à photographier les raies manta

Il n’est pas question, dans le cadre du programme Manta trust, de faire de la photographie esthétique. Ce qui prime c’est de pouvoir identifier les individus et donc de photographier les aspects remarquables de chaque animal. "Idéalement nous sommes à la recherche d’images qui montrent bien les tâches sur la surface ventrale des raies manta", expliquent les membres de Manta trust. Les tâches sont uniques pour chaque individu, un peu comme une empreinte digitale qui identifierait un être humain. Les clichés de la face ventrale des animaux sont donc prioritaires. Mais toutes les images sont "bonnes à prendre". Des photos des surfaces dorsales ou de la queue permettent notamment d’identifier des espèces et/ou le sexe de l’animal.

Les photos sont ensuite utilisées par le logiciel IDtheManta mis au point Manta trust, l’université de Bristol et la société à but non lucratif IDtheAniml Ltd. Il utilise la technologie de reconnaissance automatisée des animaux. Les photos entrent dans la base de données et seront bientôt comparées pour voir si elles correspondent à de nouveaux individus ou à des individus déjà identifiés. Avec l’entrée de dizaines de milliers d’images chaque année, le travail est d’ampleur. "Le logiciel va permettre l’observation des schémas de migration des raies manta océaniques, espèce qui erre à travers les océans", indique Manta trust. "Il permettra aussi d’observer, à plus petite échelle, les habitudes de déplacement des populations plus sédentaires, les raies manta de récif. Il contribuera également à accroître la sensibilisation, la conservation des raies manta et de leur habitat à l'échelle mondiale en fournissant un retour complet à chaque personne qui contribuera à l’alimentation de la base de données via le site Web de Manta Trust. " L’idée étant d’allier éducation et conservation. Pour mieux comprendre le logiciel, rendez-vous sur le site www.orp.pf, sur l’onglet Manta trust, en haut à gauche.


Crédit : Nelly Massoud
Crédit : Nelly Massoud

Qui est Manta trust ?

C’est une organisation britannique, née d’une collaboration entre biologistes marins, protecteurs, défenseurs de l’environnement, éducateurs,… qui à travers une approche multidisciplinaire vise une conservation globale des raies manta et de leur habitat. Fondée en 2011, l’organisation travaille à la mise en place d’une base de données et s’attache à faire de l’éducation au grand public mais aussi les acteurs locaux. L’organisation travaille dans plus de 15 pays. Ses recherches menées aux Maldives ont participé à la création d’une réserve de biosphère mondiale de l’Unesco.
www.mantatrust.org

La classification des espèces

Dans le monde, chaque animal, chaque plante, chaque être vivant est "classé" pour permettre son identification. Le nombre d’êtres vivants est tel et les liens de parentés si complexe qu’il a fallu plusieurs catégories. Ainsi chaque espèce appartient à un genre qui appartient à une famille qui appartient à un ordre, qui appartient à une classe qui appartient à un embranchement qui appartient à un règne. L’espèce est une unité de base de la hiérarchie du vivant.


Crédit : Nelly Massoud
Crédit : Nelly Massoud

Crédit : Nelly Massoud
Crédit : Nelly Massoud

Rédigé par Delphine Barrais le Lundi 14 Décembre 2015 à 09:27 | Lu 1386 fois