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L'Ifremer à la chasse aux microplastiques à Hao


Hao, le 1er mai 2022 – Deux scientifiques de l’Ifremer étaient à Hao durant cette semaine afin d’analyser les eaux du lagon sur leur teneur en microplastiques et l'impact de leur présence sur les huitres perlières. À terme, l'étude pourrait également servir de base de surveillance de l'état du lagon en cas d'installation du projet aquacole. Les biologistes ont aussi profité de leur mission pour intervenir dans les établissements scolaires afin de sensibiliser les jeunes.
 
Depuis les années 1980, le plastique, ce matériau peu cher et très commode est massivement utilisé comme support pour la perliculture en Polynésie française. Ces dernières années, des fermes perlicoles ont fermé, certaines ont abandonné leurs structures d’élevage sur place. D’autres fermes en activité laissent leurs équipements hors d’usage dans l’eau. Au fil du temps, avec les UV et l’érosion mécanique, les matières plastiques comme les cordages, bouées, ombrières mais aussi les plastiques issus de la consommation humaine (bouteilles, bidons…) se désagrègent en de très fines particules de micro et de nanoplastiques. Ces particules peuvent être ingérées par les organismes marins et ont un impact indéniable sur l’environnement. Ils pourraient, entre autres, diminuer la croissance et la fertilité des huîtres perlières.
 
État des lieux
 
Ce sont ces microplastiques qui intéressent les scientifiques de l'Ifremer venus à Hao la semaine dernière lors d'une mission baptisée "projet Microlag 2". Elle a pour objectif d'estimer la quantité de microplastiques dans les lagons et de mesurer leurs effets sur les organismes qui y vivent, notamment l’huître perlière. Hao a connu une période de production intensive de perles ; au plus fort de son activité on pouvait compter jusqu’à 47 concessions, en 1985. Si aujourd'hui il n’y a plus de fermes perlières à Hao, il était important de faire un état des lieux et un "point zéro" sur la présence de particules de microplastiques dans le lagon.
 
Cette mission est une commande de la Direction des ressources marines (DRM) qui est pilotée sur le terrain et en laboratoire par l'Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).  Plusieurs îles et atolls ont déjà fait l’objet d’analyses de 2018 à 2020 par Tony Gardon lors de la mission "Microlag ", en commençant par les plus perlicoles comme Takapoto, Takaroa, Manihi, Ahe, Rikitea. Elle se poursuit de 2020 à 2023 sous la direction de Alain Lo-Yat par les moins ou anciennement perlicoles comme Reao, Ana, Tikehau et Hao.
 
Prélèvements à Hao, analyses à Brest

C’est donc l'ingénieur en biologie marine, Alain Lo-Yat, accompagné du biologiste Thomas Lemaitre, qui ont effectué cette semaine les prélèvements sur le terrain. Pour ce faire, onze stations ou lieux de d’échantillonnage ont été retenus par l’équipe de l’Ifremer. Concrètement, les scientifiques procèdent en deux temps : tout d'abord la collecte, puis l'analyse. Les biologistes effectuent deux types de prélèvement. Le premier, à l’aide d’un filet vertical, de forme conique qui est descendu à dix mètres de profondeur afin de pouvoir filtrer et collecter toute la colonne d’eau, ce filet fait 20 microns. L'autre prélèvement se fait avec un filet "manta". Tracté à la surface du lagon, il filtre les particules en suspension grâce à un filet de 335 microns.
 
Sachant qu’un micron est égal à un millième de millimètre, de la taille du plancton même, il est quasi impossible d’évaluer à l’œil nu la récolte ainsi obtenue. Ce ne sera qu’une fois arrivés en laboratoire de l’Ifremer de Brest (seul laboratoire possédant une machine assez puissante pour déterminer l’origine des micro et nanoplastiques), que les échantillons récoltés pourront être analysés et les premières conclusions pourront être données sur l’état de nos lagons.
 
Pour l’instant les études sont orientées vers les conséquences sur l’huître perlière, mais seront ensuite étendues sur l’impact des particules sur les autres organismes marins vivants comme les poissons ou le corail. À noter également que si le projet aquacole de Tahiti Nui Ocean Foods venait un jour à se concrétiser, cette étude servira alors de base pour la surveillance du lagon de Hao.
 
Intervention en milieu scolaire

Les deux biologistes ont profité de leur mission pour intervenir auprès des élèves de l’école primaire jeudi et du collège vendredi. Ils ont ainsi pu expliquer leurs travaux et les sensibiliser à l’importance de la préservation des lagons. Les deux établissements sont déjà impliqués dans la protection de l'environnement avec notamment le projet d'aire marine éducative, la classe bi-mer et l'opération "plastique à la loupe" en collaboration avec la fondation Tara Océan. Les élèves, très bien renseignés et déjà sensibilisés étaient donc très réceptifs aux explications claires, et ludiques d’Alain Lo-Yat. Ils ont aussi évoqué ensemble les alternatives possibles pour se passer du plastique comme par exemple les cordages en fibres de coco, les contenants en verre, etc. Ils ont également abordé les autres dangers qui guettent l’équilibre des lagons de Polynésie, comme les efflorescences algales appelées vaitia et la prolifération des taramea, cette étoile de mer épineuse qui menace les récifs coralliens.

Alain Lo-Yat, ingénieur en biologie marine à l’Ifremer
"Une pollution que l'on peut essayer de maîtriser"

"J’aime faire ce genre d’intervention dans les milieux scolaires, c’est un exercice de vulgarisation qui permet de faire prendre conscience à la jeunesse ce qu'est une pollution et que l’on peut encore essayer de maîtriser. Dans le même registre, il y a un magazine diffusé par la DRM à l’intention des professionnels de la perliculture qui s’appelle  Te reko Parau,  dans lequel on explique les résultats de nos recherches."



Rédigé par Teraumihi tane le Dimanche 1 Mai 2022 à 13:45 | Lu 998 fois