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Jacky Bryant : “On siègera à gauche”


Tahiti, le 14 septembre 2026 – Six ans après n’avoir recueilli que sept voix aux sénatoriales, Jacky Bryant repart au combat sous les couleurs de Heiura-Les Verts, cette fois en binôme avec Tati Salmon. L’ancien ministre estime que l’urgence climatique a rendu le discours écologiste plus audible et reproche aux sénateurs sortants d’avoir empilé les mesures sans porter de “vision politique” globale. Changement climatique, énergie, eau ou encore dépollution des anciens terrains militaires : il veut faire de la transition un “choix de société” et porter au Sénat une voix écologiste clairement ancrée à gauche.
 
 
Vous étiez déjà candidat aux sénatoriales de 2020. Vous n'aviez obtenu que sept voix. Qu'est-ce qui vous fait penser que les grands électeurs seront davantage prêts à voter écologiste cette fois-ci ?

“Quand on prend la décision de s’engager en politique, on admet qu’on va d’abord se faire étaler. J’aurais pu intégrer un parti politique bien installé et y défendre autant que possible les questions liées au changement climatique. Mais depuis 20 ou 30 ans, la Polynésie est figée entre le marteau et l’enclume, entre autonomistes et indépendantistes. On oublie que la richesse d’un pays, ce sont d’abord les gens qui le composent, sa culture, son histoire, sa biodiversité, ses ressources. Aujourd’hui, notre discours est plus audible parce que les faits nous ramènent à une triste réalité. Nous avons travaillé pendant toutes ces années, participé aux conférences internationales, jusqu’à la COP21 à Paris. À l’époque, on parlait encore surtout de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, la question est devenue celle de l’intensité et de la répétition des phénomènes climatiques. À chaque fois, on nous dit qu’ils sont exceptionnels. Ceux qui disent cela mentent : les travaux du Giec nous ont prévenus depuis longtemps. Ce qui était exceptionnel est en train de devenir la norme. La question est donc de savoir comment un sénateur peut travailler sur la capacité du Pays à y faire face avec le concours de l’État. La sûreté des personnes et des biens relève aussi de sa responsabilité. Les communes interviennent dans l’urgence, lors d’une inondation par exemple, mais il faut une vision beaucoup plus globale.”
 
Vous reprochez aux sénateurs sortants d'avoir multiplié les petites mesures sans avoir justement de vision politique globale. Qu'est-ce que vous comptez faire qu'ils n'ont pas fait si vous étiez élu au Sénat ?

“L’addition de toutes ces petites mesures ne fait pas une vision. Ce n’est pas parce que vous ajoutez un plus un que vous allez forcément trouver deux : vous pouvez simplement obtenir un gros tas de petits “un”. Pendant dix ans, la réponse a été : comment s’adapter ? Mais est-ce qu’on s’est véritablement adapté ? Prenons les véhicules électriques. Leur nombre augmente, c’est très bien. Mais parallèlement, notre consommation d’énergie fossile ne baisse pas dans les mêmes proportions. Les gens ne font plus le plein à la station, ils branchent leur voiture chez eux sur un réseau qui reste en partie alimenté par des énergies fossiles. Et derrière se pose la question de la fin de vie des batteries. La transition est nécessaire, mais elle doit être cohérente de bout en bout. C’est là qu’il faut une vision régionale : travailler avec la Nouvelle-Zélande, Taïwan, l’Australie, le Japon ou les organisations du Pacifique pour réfléchir notamment au retour et au traitement des produits que nous importons. C’est cette mise en cohérence qui fait, pour moi, une véritable vision politique.”
 
Changement climatique, énergie, gestion de l'eau, dépollution des anciens terrains militaires, pourquoi ces combats ont-ils besoin d'un sénateur écologiste pour être entendu à Paris ?

“Parce que c’est un choix de société. La transition suppose de revoir notre manière de consommer et d’aller vers davantage de sobriété. Cela ne signifie pas revenir en arrière. Quand vous allez acheter du dentifrice aujourd’hui, vous avez parfois une rangée entière devant vous, avec un tube emballé dans du carton, lui-même parfois entouré de plastique. La sobriété ne signifie évidemment pas qu’il ne faut plus se brosser les dents, mais prendre conscience que cette économie de la consommation a un coût.
Et cela passe d’abord par l’éducation. Dans les années 1970 et 1980, la Polynésie connaissait de gros problèmes d’hygiène dentaire. On a commencé à apprendre aux enfants à se brosser les dents à l’école. Certains considéraient que cela relevait uniquement de la famille. Pourtant, des années plus tard, ces habitudes sont devenues naturelles. C’est la même chose avec les déchets : mes enfants ont appris à les trier à l’école et, aujourd’hui, c’est presque mon fils qui m’apprend à le faire. Une transition de société prend du temps, mais il n’y a rien d’utopique là-dedans.”
 
 
Heiura-Les Verts est, avec le Tapura, le seul parti à présenter deux candidats en binôme. Pourquoi n'avez-vous pas choisi de concentrer vos forces sur un seul candidat ?

“Parce que les idées d’un parti politique ne peuvent pas être portées par une seule personne. Je ne suis pas Jésus, je ne marche pas sur l’eau et je ne fais pas de miracles. Il faut que de plus en plus de personnes portent ces convictions au plus haut niveau de responsabilité, même si l’apprentissage est parfois difficile. Il faut aussi confronter nos idées à la réalité électorale : comment faire passer nos messages, nos orientations et nos choix ? Cette fois, nous nous adressons aux grands électeurs, qui sont peut-être encore plus exigeants que les électeurs au suffrage universel, dans une élection qui n’est pas tout à fait démocratique.”
 
Si vous êtes élu sénateur, quel engagement prenez-vous aujourd'hui, sur lequel on pourra vous demander des comptes dans six ans ?

“Je siégerai avec les écologistes, à gauche. Il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus. Toutes les grandes avancées sociétales ont été portées par les écologistes et la gauche, et ceux qui ont réussi à faire avancer l’écologie sont ceux qui ont commencé par défendre ces idées alors qu’elles paraissaient marginales. Je souhaite surtout que nous n’attendions pas encore des décennies pour admettre la transition qui est devant nous. Les communes ont des obligations, le Pays en a, l’État également. Il faut maintenant traduire cette transition dans les textes et préparer la Polynésie à l’intensité et à la répétition des phénomènes climatiques. Je regarde ce qu’a réussi à faire Mereana Reid Arbelot à l’Assemblée nationale. Elle est seule, tout le monde connaît son engagement indépendantiste, et pourtant elle a réussi à faire comprendre que la question des conséquences des essais nucléaires concernait tout le monde. C’est cela aussi, le travail d’un parlementaire : faire comprendre qu’une réalité polynésienne doit devenir un sujet national. Il faut faire la même chose avec la montée des eaux et les infrastructures publiques, notamment les écoles et les collèges situés sur le littoral. La question est désormais de savoir comment nous allons réagir à tous ces phénomènes qui nous pendent au nez.”

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 14 Septembre 2026 à 08:50 | Lu 240 fois