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Hatiheu, les fruits de l’archéologie partagée



La plage de Hatiheu dominée par les pics Te Heu
La plage de Hatiheu dominée par les pics Te Heu
PAPEETE, le 16 novemebe 2017- On ne dira jamais assez de bien des personnes qui se sont mobilisées il y a de cela plus de quinze ans pour rendre, petit à petit, aux vestiges de la vallée de Hatiheu, sur l’île de Nuku Hiva, un peu de leur majesté d’antan : au premier rang des personnalités à féliciter, Pierre Ottino-Garanger pour la partie archéologique et Yvonne Katupa, qui a su fédérer sa population autour de ces projets de restauration. Mais avant de visiter Hatiheu, replongeons-nous trois siècles en arrière…




Belle restauration sur le tohua Tahakia.
Belle restauration sur le tohua Tahakia.
Avant l’intrusion des Européens dans leur monde, les Marquisiens étaient probablement plus de 50 000, 80 000 estiment les spécialistes. C’est dire qu’une île comme Nuku Hiva abritait probablement une population de plus de 20 000 personnes, contre trois mille environ aujourd’hui.
Il fallait évidemment une formidable organisation sociale pour permettre à ces milliers d’habitants d’être cent pout cent autonomes et aptes à satisfaire leurs besoins. Pas de goélette à l’époque pour amener des marchandises importées…

Des conflits entre clans et tribus

Une vue générale du tohua Hikokua, parfaitement bien entretenu.
Une vue générale du tohua Hikokua, parfaitement bien entretenu.
Une telle densité de population générait automatiquement des conflits, entre vallées, clans, tribus. Pour faire court, nous dirons qu’à l’époque pré européenne, deux groupes dominaient l’île : les Taïpi et les Teii.
Taipivai, Hooumi et Hatiheu étaient Taïpi, tandis que Taiohae, Hakauia et Hapaa étaient aux mains des Teii. Entre Aakapa et Hatiheu, explique Pierre Ottino-Garanger, s’étendait une sorte de no mans’land qui penchait d’un côté ou de l’autre en fonction des forces en présence.
A Hatiheu donc, nous sommes en plein fief Teii. Plusieurs milliers de personnes étaient sans aucun doute rassemblés dans cette vallée à la très large façade maritime (ce qui n’est pas le cas à Taipivai et à Hooumi).


A l’abri des taitoko

Sur le tohua Hikokua, ce tiki a été réalisé en 1989 dans du « ke’etu » (tuf volcanique) par deux sculpteurs, Uki Haiti et Kahe’e Taupotini.
Sur le tohua Hikokua, ce tiki a été réalisé en 1989 dans du « ke’etu » (tuf volcanique) par deux sculpteurs, Uki Haiti et Kahe’e Taupotini.
Contrairement à aujourd’hui, cette population ne vivait pas à proximité immédiate de la mer. Et pour cause ; à l’intérieur des terres, les habitants de Hatiheu étaient à la fois à l’abri des raids de guerriers ennemis débarquant par surprise de leurs grandes pirogues doubles et, plus important encore, ils n’étaient pas exposés aux tsunami dont les Marquisiens connaissaient parfaitement l’existence, ces phénomènes étant appelés « taitoko ».
Ce sont ces craintes de ce qui pouvait venir de la mer qui font qu’aujourd’hui, l’essentiel des vestiges archéologiques de Hatiheu se trouve donc en retrait de la côte : les grands tohua, à l’exception de celui de Tameni à l’est de la plage de Hatiheu, se trouvent sous le couvert forestier : Hikokua, Tahakia, Kamuihei et Teiipoka.
Ce sont ces sites qui ont fait l’objet d’une minutieuse restauration il y a un peu plus d’une décennie et qui figurent aujourd’hui au programme de tous les circuits touristiques. Trois autres tohua se trouvent éloignés de la route descendant à Hatiheu, et de ce fait sont très peu visités, Pahumana, Naniuhi et Maikuku.


Des blocs de plusieurs tonnes

Un autre tiki moderne du tohua Hikokua, réalisé à l’occasion d’un festival des arts.
Un autre tiki moderne du tohua Hikokua, réalisé à l’occasion d’un festival des arts.
Remarquables, les tohua restaurés le sont à plus d’un titre : leurs dimensions d’abord (3350 m2 à 6775 m2), la nature du relief et des travaux nécessaires à leur construction et la taille des pierres déplacées pour leur réalisation. Sans parler de blocs cyclopéens, à la manière de certains sites incas dans les Andes (Ollantaytambo par exemple), le visiteur remarquera que de nombreux rochers déplacés et assemblés pèsent plusieurs tonnes et ont donc nécessité une force de travail collectif très importante.
De même, la construction des esplanades (de 100 à 150 m de longueur), a-t-elle nécessité un important déploiement de main d’œuvre pour parvenir, dans de zones en pente, à obtenir ces surfaces parfaitement planes.


De très nombreux paepae

Un  tiki moderne de Hikokua, surnommé par certains le « tiki tortue » à cause de la forme de sa tête.
Un tiki moderne de Hikokua, surnommé par certains le « tiki tortue » à cause de la forme de sa tête.
Tout autour de ces espaces de rassemblement se trouvent, sur plusieurs hectares, encore enfouis pour la plupart dans la forêt, les restes de très nombreux paepae, qui servaient de bases et de fondations aux habitations des habitants de la vallée.
Bien sûr, les excursions à la journée ne permettent pas de prendre tout le temps nécessaire pour admirer ces sites, mais avec une route désormais bétonnée, il est aisé de louer une voiture à Taiohae et de revenir pour pleinement profiter de ces vestiges. Et pourquoi pas, le curieux tentera de s’enfoncer un peu plus dans le sous-bois pour découvrir les autres tohua éloignés de la chaussée.

Textes et photos : Daniel Pardon



A lire : « Archéologie chez les Taïpi »

Une des grandes pierres à pétroglyphes de Teiipoka, avec, au sommet, ce qui est peut-être un mahi-mahi.
Une des grandes pierres à pétroglyphes de Teiipoka, avec, au sommet, ce qui est peut-être un mahi-mahi.
Impératif avant de partir à Hatiheu, procurez-vous l’ouvrage de Pierre Ottino-Garanger, « Archéologie chez les Taïpi », un livre remarquable que l’on doit à la maison d’édition « Au vent des îles » et aux « Editions IRD ».
En 175 pages, l’archéologue y présente dans le détail les sites que vous visiterez ; il narre aussi cette aventure pour le moins inhabituelle que fut la restauration de ces espaces festifs.

Ce ne sont pas des archéologues murés dans leur science qui sont intervenus, mais bien des spécialistes qui ont su complètement associer la population locale à leurs travaux, Yvonne Kapupa, maire délégué de Hatiheu, ayant parfaitement compris que le développement touristique passait par la restauration de ces témoignages du passé et par leur mise en valeur à travers des fêtes.

Ainsi certains croisiéristes peuvent-ils non seulement visiter les tohua, mais encore les voir revivre avec une population qui les y accueille de manière traditionnelle ; tout comme lors des festivals des arts qui trouvent ici des cadres magnifiques pour permettre une réappropriation par les Marquisiens de leur passé, dans de magnifiques fondus enchaînés avec le présent.

Ce livre est aussi à lire sur place à l’hôtel Keikahanui, sa directrice, Nathalie Volle, offrant à ses clients une bibliothèque « marquisienne » fort utile aux visiteurs curieux.



Hatiheu pratique

- Il y a, connu de tous, un excellent restaurant à Hatiheu, celui d’Yvonne Katupa, qui accueille tous les visiteurs autour d’une table typiquement marquisienne (poulpe, thon, chèvre, cochon sauvage). Avant ou après votre découverte des sites, une escale évidemment incontournable.

- A ne surtout pas oublier, un répulsif contre moustiques et nonos ; on ne va pas vous affirmer qu’il n’y en a pas, ce serait un gros mensonge (et ces petites bêtes ont gâché bien des journées à des visiteurs imprévoyants).

- La bonne idée, pour une excursion d’une journée à Hatiheu, est de consacrer la matinée aux vestiges en amont du village et de poursuivre le voyage par une escapade jusqu’à la plage de Anaho, l’un des meilleurs mouillages de l’île ; la baie est ourlée d’une plage de sable blanc et d’un platier corallien, le seul des Marquises (à pied depuis Hatiheu, vous en aurez pour une heure de marche en suivant la piste qui passe par le petit col de Teavaimaoaoa, à 217 m d’altitude).

- En termes d’hébergement, « Séjours dans les îles » offre deux possibilités à Nuku Hiva : la pension Mave Mai et l’hôtel Keikahanui Pearl Lodge, un magnifique ensemble que nous vous avons présenté il y a peu. Vingt bungalows dans un parc arboré de sept hectares, une piscine (bienvenue en fin de journée, après avoir joué à Indiana Jones !) et un restaurant de qualité s’offrent aux visiteurs désireux de bénéficier du confort d’un trois étoiles. Indubitablement, la bonne adresse. Les budgets plus serrés préfèreront la pension Mave Mai.

- Prix pour deux nuits
-Pension Mave Mai : séjour vol + 2 nuits à partir de 61 652 Fcfp., avec petit déjeuner. Nuit supplémentaire à partir de 5 500 Fcfp par personne (avec petit-déjeuner)
- Hotel Keikahanui Pearl Resort : séjour vol + 2 nuits à partir de 76 252 Fcfp avec petit-déjeuner. Nuit supplémentaire à partir de 13 900 Fcfp par personne, avec petit-déjeuner.

- Le conseil Tahiti Infos
On ne va pas à Nuku Hiva comme à Moorea. Compte tenu du prix du billet d’avion, n’hésitez pas à allonger votre séjour, 3 ou 4 nuits à Nuku Hiva n’étant pas de trop, il s’en faut, pour visiter tous les coins et recoins de cette magnifique destination. Et couplez bien sûr votre séjour avec Hiva Oa.




Une chambre du Keikahanui Pearl lodge, dominant la baie de Taiohae.
Une chambre du Keikahanui Pearl lodge, dominant la baie de Taiohae.

Rédigé par Textes et photos : Daniel Pardon le Jeudi 16 Novembre 2017 à 18:04 | Lu 3565 fois




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