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Grosse mobilisation, maigres avancées



 
Tahiti, 17 mars 2022 – Si l’intersyndicale Unsa, Solidaires Polynésie, A ti’a i mua, O oe to oe rima peut se flatter d’avoir mobilisé plus de 1 300 personnes à sa marche de jeudi, elle n’obtient que de maigres engagements à l’issue des rencontres avec les représentants de l’État et du gouvernement.
 
La marche organisée jeudi matin à Papeete par l’intersyndicale Unsa, Solidaires Polynésie, A ti’a i mua, O oe to oe rima a rassemblé autour de 1 300 personnes selon le compte établi par la police et rien moins que 3 000 manifestants selon les organisations syndicales. Un jour de grève et une manifestation populaire pour demander le report de l’application de la TVA sociale après le 1er avril et l’ouverture de concertations tripartites, une répartition "plus juste" de la Contribution de solidarité territoriale (CST) et le maintien de l’Indemnité temporaire de retraite (ITR) pour les agents retraités de la fonction publique d’État résident au fenua. Plusieurs mouvements ont également eu lieu dans les archipels, notamment aux îles Sous-le-Vent.
 
Si le préavis de grève comptait trois points, c’est surtout la TVA sociale et son effet inflationniste qu’ont choisi de dénoncer les manifestants, sous des banderoles telles que "Non à la vie chère. Arrêtez d’augmenter tout", "Arrêtez de nous déplumer", "Rien de social dans cette taxe XXL".
 
La manifestation reçoit un important soutien dans le monde enseignant, à l’appel du syndicat Unsa Éducation, à qui l’on devait le gros des troupes dans le cortège de Papeete, jeudi. C’est ce qui lui vaut aussi d’avoir été taxée de "grève de riche" par le syndicat majoritaire CSTP/FO, et par la CSIP, qui ont boycotté ce mouvement. Attaque à laquelle le syndicat Unsa Fenua riposte par la voix de sa secrétaire générale, Diana Yieng Kow : "Les chiens aboient, la caravane passe. Notre objectif, c’est la défense du pouvoir d’achat pour toute la population." Et de fusiller : "Nous, on défend un syndicalisme de valeurs. On le fait par solidarité et dans l’intérêt général."
 
Après une heure de défilé sur le front de mer, le cortège est arrivé avenue Pouvana’a a Oopa où un sit-in était prévu autour de l’esplanade du monument aux morts, dans l’attente de rencontres prévues entre les représentants de l’intersyndicale et le haut-commissaire d’abord, avant une audience au ministère de l’Économie et des Finances.
 
Réflexion sur l’ITR
 
C’est là qu’un malentendu s’est brièvement glissé parmi les manifestants en milieu de matinée. L’information a circulé un temps d’une possible audience avec le président Fritch, plutôt qu’avec la délégation ministérielle initialement prévue. Si cela était catégoriquement démenti à la présidence, il semble que ce malentendu soit lié à une déclaration ambigüe faite par Édouard Fritch en marge de l’inauguration de l’école Apatea de Papara, le matin même. Reste que ce non-événement a été annoncé sous les huées de la foule, avenue Pouvana’a a Oopa, à l’issu du compte rendu présenté suite à la rencontre avec le haut-commissaire, en fin de matinée.
 
Une promesse ressort de cet entretien de 45 minutes avec le représentant de l’État. Les débats ont porté sur la question de l’extinction progressive de l’Indemnité temporaire de retraite (ITR). L’ITR, c’est la dotation annuelle versée de manière définitive aux retraités outre-mer pour relever leur niveau de pension depuis 2008, après la fin de l’indexation de leur pension de retraite. Aujourd’hui de 4 800 euros, cette indemnité est réduite de 800 euros chaque année et sera ramenée à zéro en 2028. Les pensionnés de la fonction publique d’État en Polynésie qui feront alors valoir leurs droits à la retraites craignent de voir leur pension réduite à peau de chagrin, avec un taux de remplacement de 40% de leur dernier salaire. En juillet dernier, le président Macron s’est engagé à parvenir à une solution acceptable. Le comité interministériel en charge s’est réuni le 15 mars dernier pour la première fois. Deux autres réunions sont programmées. Le haut-commissaire a garanti que cet engagement de l’État serait tenu, quel que soit le résultat de la prochaine élection présidentielle.
 
Nouvelle réunion avec le Pays
 
En début d’après-midi, l’intersyndicale était reçue au ministère de l’Économie et des Finances par Yvonnik Raffin, entouré du vice-président Jean-Christophe Bouissou, de la ministre en charge des Solidarités, Virginie Bruant, et de la ministre de l’Education, Christelle Lehartel. Un entretien de plus d’une heure dont il ne ressort aucune avancée. Au cœur des débats : une demande de report de la Contribution pour la TVA sociale de 1,5% non déductible, qui entre en vigueur dès le mois prochain ; et la redéfinition du périmètre de la Contribution de solidarité territoriale (CST) pour plus d’équité. "On a vraiment insisté sur le problème de la hausse du coût de la vie", a résumé Diana Yieng Kow. Mais à l’issue de la rencontre, la secrétaire générale du syndicat Unsa Fenua promettait de voir "si nous actionnons ou pas la deuxième partie de notre action syndicale".
 
Pour Thierry Barrère, secrétaire général de l’Unsa Éducation, il ne ressort rien de cet entretien. L’intersyndicale obtient la promesse d’un calendrier de discussions avec le gouvernement. Rencontres dont le planning n’est cependant pas fixé. Yvonnick Raffin a promis de présenter des "mesures" en conseil des ministres, sans plus de précision. "On attend", résume Tiaitau Ropati, du syndicat Solidaires Polynésie. Selon nos informations, le gouvernement prévoit la semaine prochaine de statuer en conseil des ministres sur la création du fonds spécial où seront fléchées les recettes fiscales de la TVA sociale et de la CST, après la disparition du Fonds pour l’emploi et la lutte contre la pauvreté (Felp). Le 1er avril arrive à grands pas.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Jeudi 17 Mars 2022 à 18:26 | Lu 3451 fois