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Fritch et Castex signent le second prêt garanti par l'Etat


Paris, le 3 février 2022 – Au terme de plusieurs rencontres de membres du gouvernement français cette semaine à Paris, le président Edouard Fritch a signé jeudi la convention pour un second prêt garanti par l'État d'un montant de 35,8 milliards de Fcfp avec le premier d'entre eux, Jean Castex.
 
En mission à Paris depuis plusieurs jours, c'est la deuxième fois que le président Edouard Fritch signe un prêt qui permettra de donner un peu d'air aux comptes de la Polynésie française. Cette fois encore, comme en 2020, il s'agit de faire face aux conséquences de la pandémie qui a été cause de fermeture des frontières et d'arrêt quasi-total de l'économie.
 
"Ce prêt de 35,8 milliards de Fcfp va être très utile pour le plan de relance que nous avons lancé à la fin de l'année dernière pour venir au secours des entreprises et pour soutenir l'activité", s'est d'abord félicité le président du Pays dans la cour de l'hôtel Matignon, à l'issue de la signature de la convention de prêt avec le Premier ministre Jean Castex et le bailleur, le directrice de l'Agence française de développement (AFD) Marie-Hélène Loison. "Cet emprunt servira aussi à financer une partie des grosses difficultés que nous portons aujourd'hui concernant les fonds sociaux et en particulier la Caisse de prévoyance sociale (CPS). Cette dernière va connaître de graves difficultés sur les trois ans à venir, ce qui a déjà conduit le gouvernement du pays à augmenter les impôts."
 
Sans rentrer dans le détail de la convention et lors d'une très courte prise de parole devant les médias, le Premier ministre français Jean Castex s'est pour sa part félicité de que cette "promesse du président de la République, lorsqu'il était en voyage en Polynésie française, est tenue ! Au-delà des actes, c'est la preuve d'une très grande confiance entre nous, entre les élus de Polynésie française et le gouvernement. Un moment très important."
 
CRSD prolongé, ATN secourue
 
Avec le premier ministre Castex, Édouard Fritch a aussi fait un tour d'horizon de divers sujets parmi lesquels le Covid, la situation générale du fenua mais aussi l'avenir du Contrat de reconversion des terrains militaires (CRSD), un processus long et coûteux de rétrocession au Pays des sites nucléarisés. "Le président de la République nous a promis de prolonger de deux ans ce contrat, parce que les communes n'étaient pas prêtes", a détaillé le président Fritch à l'issue de son entretien avec Jean Castex. "Surtout, nous avons convenu qu'il nous fallait encore de l'accompagnement parce que les installations qui nous ont été rétrocédées étaient fortement polluées. Le président s'est engagé à financer cette déconstruction et ce sera l'objet du prochain avenant qui sera signé à la fin du mois de février prochain."
 
Le sort de la compagnie aérienne Air Tahiti Nui (ATN) a également été abordé. Une part importante du prêt de l'AFD ira directement dans les caisses de la compagnie : c'est sa survie qui est en jeu. Pour l'instant, ce soutien n'est pas prévu pour prendre la forme d'une augmentation de capital. Accompagné de plusieurs ministres dont celui de l'Économie, le président Fritch a souligné que "cette compagnie constitue le principal levier de développement de notre pays, au service de l'industrie touristique. ATN a beaucoup souffert de la fermeture des frontières et des confinements. Nous allons venir à son secours."
 
"Garanties de remboursement"
 
La délégation polynésienne menée par le président a rencontré de nombreux membres du gouvernement français cette semaine. Il s'agissait d'aller à la rencontre des  ministres du Transport, de la Santé mais aussi des représentants de grandes institutions financières et bancaires comme la Banque des territoires ou encore la Caisse des dépôts et consignations. Et à ceux qui s'inquiètent de savoir comment et quand les deux prêts garantis par l'Etat d'un total de 64 milliards de Fcfp seront remboursés, le président Édouard Fritch se veut rassurant. "Le prêt sera remboursé à partir de 2023 sur le budget de 2024. L'ensemble des prêts contractés par le pays aujourd'hui permet d'avoir toutes les garanties de remboursement. L'ensemble des remboursements de notre encours soit 130 milliards de Fcfp ne représente que 10% de nos recettes propres. Nous ferons droit à nos obligations."
 

​Déclassification des archives du nucléaire

Ce jeudi 3 février a aussi été l'occasion pour la délégation polynésienne de participer à une réunion de travail, au ministère des Armées, à propos de la déclassification des archives des essais nucléaires, conséquence directe de la table ronde Reo Tika de l'été dernier. "Cette deuxième réunion nous a permis avec M. Fritch de faire le point sur six mois d'avancée et de travail sur les archives historiques du ministère de la Défense, s'est félicitée Geneviève Darrieusecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées. Nous avons travaillé sur des archives d'images, des archives nationales. Il y a eu une avancée considérable et les archives sont désormais en ligne. Nous les ajouterons sur le site 'Mémoire des Hommes' : c'est un travail qui avance. En toute confiance."
 
Interrogé par Tahiti Infos sur les conséquences positives de ce travail sur les demandes d'indemnisation des victimes des essais nucléaires, Édouard Fritch a tenu un propos général. "Il ne faut pas mélanger les choses : aujourd'hui nous sommes sur l'Histoire et cette histoire elle est importante pour les Polynésiens. Le président de la République a souhaité qu'on aille très vite sur ce sujet et aussi en matière d'indemnisation. On a mis en place le 'aller vers' pour que ce ne soit pas les Polynésiens qui aillent vers le centre de santé mais l'institution qui vienne vers eux, dans les Tuamotu, à Reao, à Pukarua, à Tureia... C'est en train de se réaliser. Je pense qu'avec cette façon de travailler, il y aura plus de personnes indemnisées. Et le plus rapidement possible. Le président du Civen me le confirmait hier."
 
Assises de la Santé, réforme des retraites, équilibre des comptes sociaux et nouvelles conventions autour des sites nucléarisés : les chantiers que le président du pays souhaite évoquer avec le président de la République sont nombreux. Il pourra le faire en personne la semaine prochaine puisque les deux hommes participeront ensemble au "One ocean summit", à Brest.
 

Rédigé par Julien Sartre le Jeudi 3 Février 2022 à 16:40 | Lu 959 fois