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Faito Tano au secours des enfants obèses


Raiatea, le 27 octobre 2026 - Programme pionnier depuis 2018, Faito Tano (“le poids juste”) suit, à l’hôpital de Raiatea, 413 enfants des Raromata’i en surcharge pondérale ou obèses. 70 % d’entre eux sont en obésité sévère. Le but est d’enrayer la maladie et surtout d’améliorer leurs conditions de vie.
 

Au Fenua, 36 % des enfants sont en surpoids, dont 16 % sont obèses. La Polynésie française serait l’un des pays les plus touchés au monde par cette maladie. C’est pourquoi le programme Faito Tano a vu le jour à l’hôpital de Uturoa, à l’initiative de Zeïna Ajaltouni, pédiatre endocrinologue. Un programme qui, depuis 2018, suit les enfants en surcharge pondérale ou obèses des Raromata’i. Aujourd’hui, l’équipe de Faito Tano est constituée d’une pédiatre, un infirmier, une diététicienne, une psychologue et un éducateur en activités physiques adaptées.
 
“L’obésité est une maladie, d’où la pertinence d’accueillir les patients à l’hôpital, avec une prise en charge totale (le programme est entièrement gratuit pour les familles, financé par le ministère de la Santé et la CPS, NDLR). Et elle est complexe, c’est pourquoi, pour la traiter sous tous ses angles – alimentaire, psychologique, émotif, médical –, notre équipe est pluridisciplinaire”, explique en préambule la pédiatre Laure Cohen. Sous ce format – un pool multidisciplinaire au sein d’une structure de santé tel que préconisé par la Haute autorité de Santé pour soigner l’obésité – Faito Tano est unique en Polynésie française.

Des bébés touchés

Les patients accueillis ont de 6 mois à 21 ans. Ils sont adressés à l’équipe de Faito Tano par le médecin de famille, le dispensaire ou un confrère pédiatre, alertés par l’indice de masse corporelle (IMC). En somme, l’enfant grossit plus vite qu’il ne grandit, une tendance qui peut survenir dès les premiers mois de vie.
 
“Certaines familles viennent spontanément consulter suite à des difficultés scolaires, de l’asthme, de l’apnée du sommeil… sans se rendre compte que ces maux découlent de l’obésité. Au début, comme elle est sans symptôme, l’obésité semble une maladie invisible”, fait remarquer l’infirmier Guillaume Liénard.
 
Pourtant, les problèmes et les douleurs sont déjà là ou prêts à émerger. “De plus en plus d’enfants contractent, dès 10 ans, un diabète de type 2, qui n’a rien à voir avec la génétique. Ce diabète est directement lié à l’excès de sucre dans le sang et entraîne une insulino-résistance”, rapporte Laure Cohen. “Les tâches noires sous les aisselles, par exemple, témoignent de prédiabète.”
 
L’obésité engendre en effet un grand nombre de complications : puberté précoce, problème au niveau du foie, caries, essoufflement, douleurs aux pieds, au dos, isolement social en raison de moqueries, harcèlement... “Il y a beaucoup de souffrance chez les enfants”, signale la psychologue Lara Bubani, “même s’ils ne le disent pas ou ne le montrent pas toujours”.

Retrouver une meilleure hygiène de vie

Si l’obésité est provoquée par une alimentation déséquilibrée, le grignotage ou un trop-plein de nourriture, associé à de la sédentarité, elle est souvent l’expression d’un traumatisme et d’événements de vie (négligence vis-à-vis de l’enfant, violence à son encontre, harcèlement, stigmatisation...). Autant de causes que l’équipe médicale cherche à comprendre.
 
Lors de la première rencontre, à l’hôpital ou à la Maison de l’enfance de Uturoa, les enfants et adolescents se voient proposer divers ateliers ludiques d’éducation thérapeutique. Pour qu’ils changent certaines habitudes du quotidien, on leur donne un maximum d’informations sur le sucre, le sommeil, les écrans, les émotions, les complications liées à l’obésité, la responsabilité parentale, etc. Il y a aussi un repas thérapeutique durant lequel la diététicienne déjeune avec chacun d’eux. Ensuite, à chacun de choisir l’objectif qui lui parle, celui qu’il pourra tenir sur la durée. Idem avec les parents dont l’implication est capitale et qui sont soutenus via une guidance parentale.

Pas de régime

“L’objectif n’est pas de les faire maigrir”, explique la nutritionniste Noëlle Olieslagers. “À la différence des adultes, les enfants ont un joker : ils vont grandir ! Si on stoppe la prise de poids, l’équilibre taille-poids va se rétablir naturellement. Si un enfant pèse 50 kg à 8 ans et autant à 13 ans, il ne sera plus en situation d’obésité.”
 
50 % des moins de 10 ans quittent le programme Faito Tano avec une amélioration importante.En général, le poids s’est stabilisé. Quoi qu’il en soit, tous tirent un bénéfice de ce programme parce qu’ils se sentent mieux dans leur tête, dans leur corps et dans leur environnement. En somme, ils sont plus heureux.

Environ 30 enfants sur liste d’attente

“Nous souhaitons soigner les enfants le plus tôt possible afin d’éviter les complications médicales liées à l’obésité”, affirme Laure Cohen. À l’heure actuelle, les patients sont aidés aussi longtemps que nécessaire, avec une visite tous les trois mois. “Idéalement, nous aimerions les accompagner sur deux ans parce que c’est là qu’on obtient les meilleurs résultats”, poursuit la pédiatre. “Ainsi, on pourrait soigner beaucoup d’autres enfants hélas sur liste d’attente.” En effet, ils sont actuellement une trentaine à attendre de pouvoir intégrer ce programme.
 
Constituée de deux salariés hospitaliers et de trois travailleurs patentés (à raison de 20 heures par semaine chacun), l’équipe de Faito Tano a clairement besoin de soutien.

Moana, 11 ans : “Je voudrais être comme les autres”

“Depuis que j’ai rejoint Faito Tano, il y a beaucoup de choses qui ont changé ; ça m’aide vraiment beaucoup. C’est pas drôle d’avoir des remarques des autres. Même si on est obèse, on est tous des êtres humains. Dans mon avenir, je serai un homme comme les autres et j’aurai un bon travail comme mon papa. À toutes les personnes en obésité, ne croyez pas ceux qui vous font des remarques. Croyez en vous.”

Gros, pas costaud !

Les médecins se heurtent à un déni de la société et à une confusion entre poids et force. Souvent, les parents considèrent l’enfant en surpoids comme “costaud, fort, solide”. Or, il faut distinguer les muscles de la masse grasse. En outre, l’aggravation du problème est perverse. “Plus le nombre de personnes en surpoids augmente, plus cela devient banal, normal et moins on le considère comme une maladie. Donc, il faut travailler sur la prise de conscience au niveau de la société”, précise l’infirmier Guillaume Liénard.

Rédigé par Gaëlle Poyade le Mardi 27 Octobre 2026 à 19:25 | Lu 209 fois