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Énergie : Le PTE est mort, vive le PPE


Tahiti, le 15 février 2022 – Le ministre en charge de l'Énergie, Yvonnick Raffin, a annoncé mardi l'extinction du Plan de transition énergétique (PTE) 2015-2030 et son remplacement à venir par un Programme pluriannuel de l'énergie (PPE) dont les grands axes seront définis lors “d'Assises de l'énergie” le 29 avril prochain. Objectif de cette nouvelle planification : une remise à plat de la politique énergétique du Pays pour bénéficier du fameux fonds de transition énergétique de 7 milliards de Fcfp annoncé par Emmanuel Macron.
 
“Aujourd'hui c'était la fermeture d'un programme, qui va laisser la place à l'ouverture d'une nouvelle page blanche.” Il aura fallu quelques minutes au ministre en charge de l'Énergie, Yvonnick Raffin, pour annoncer mardi après-midi en conférence de presse à la présidence la grande évolution actée un peu plus tôt lors du comité de pilotage du plan de transition énergétique (PTE) 2015-2030. Avant cela, le ministre avait commencé par dresser le bilan de “l'avancement” du PTE : 76% des actions “mises en place” et une “réflexion” en cours sur les actions non encore lancées. “Quid des 24% restant ? Faut-il les supprimer, les amender, les ajuster…”, s'est interrogé le ministre.
 
Et pour cause, le nouvel objectif du gouvernement est d'acter dès aujourd'hui l'extinction anticipée de ce PTE 2015-2030, pour repartir sur les bases nouvelles d'un futur “Programme pluriannuel de l'énergie” (PPE). Un changement de cap “dans la continuité du PTE” destiné à remettre à plat et actualiser la politique énergétique du Pays. La suite du calendrier consistera en l'organisation “d'Assises de l'énergie” le 29 avril prochain, pour se lancer ensuite dans une nouvelle planification. Un programme qui répond à un objectif bien précis : le nouveau PPE sera le “sésame” pour bénéficier du fameux “Fonds de transition énergétique” de 7 milliards de Fcfp annoncé par le Président Emmanuel Macron lors de sa visite officielle en Polynésie française en juillet dernier. L'État ayant visiblement besoin de savoir précisément dans quels projets il placera ses subsides.
 
Toujours 75% d'EnR en 2030
 
Élaboré il y a sept ans sous l'impulsion du ministre de l'Énergie de l'époque, Nuihau Laurey, le PTE n'ira donc pas jusqu'à son terme. Un plan dont l'objectif principal d'arriver à 75% de taux de pénétration des énergies renouvelables dans la production électrique est aujourd'hui loin d'être atteint. Ce mix plafonnant à 30,2% en 2020. Pour autant l'objectif de 75% d'EnR en 2030 reste inchangé, assure Yvonnick Raffin, qui ne veut pas voir l'extinction du PTE 2015-2030 comme un échec. “76% de réussite, je trouve que c'est un bon résultat”, défend le ministre, en insistant sur le fait que “la moitié de ces mesures consistaient à asseoir les bases réglementaires qu'il nous fallait”.
 
Prenant l'exemple de la mise en place du code de l'énergie –préalable au lancement des appels d'offres pour les fermes solaires avec stockage actuellement en cours– ou encore de l'évolution du positionnement de la TEP –responsable d'équilibre du réseau électrique depuis le 1er janvier dernier–, le ministre de l'Énergie veut travailler dans la “continuité” du plan ambitieux élaboré en 2015. “Est-ce que c'était prétentieux, présomptueux ?... Je trouve qu'en 2015 on a été plutôt visionnaire.”
 
PPE… et Plan climat
 
Reste maintenant plusieurs réalisations concrètes à mettre en œuvre. Pas moins de 40 vallées de Tahiti ont été identifiées pour des projets hydroélectriques, pour un potentiel énergétique de 24 MW. “On veut toucher à des vallées, on le sait c'est compliqué. Mais on ne renonce pas. Il faudra associer plus de monde en amont”, explique Yvonnick Raffin. Exit en revanche le projet d'installation géothermique. “Il n'y a pas de potentiel identifié en Polynésie… Sauf à aller à Mehetia”. Les projets de ferme solaire avec stockage, dont le premier appel d'offres public doit trouver sa conclusion ce mercredi, doivent permettre d'augmenter le mix énergétique avec bientôt une première tranche de 30 MWc. Sur des sujets plus expérimentaux, le ministre évoque toujours l'Énergie thermique des mers (ETM). “L'ETM faisait partie des mesures du PTE”, rappelle Yvonnick Raffin. “Il a été décidé de poursuivre la réflexion au niveau de la recherche.” L'énergie houlomotrice va être également expérimentée avec un projet pilote via l'Université de la Polynésie française.
 
Enfin, les Assises de l'énergie devraient permettre d'aborder des thèmes moins associés à l'électricité mais tout aussi importants pour la transition énergétique du Pays : l'écomobilité, la transition énergétique pour les entreprises ou encore l'approche bioclimatique des bâtiments… Des politiques publiques nécessairement transversales, auxquelles s'ajouteront nécessairement celles des transports, et qui devraient s'inscrire dans une réflexion plus vaste chapeautée par le futur “Plan climat” du Pays. Tout un programme… de planification.
 

Le Swac attendu “fin mars-début avril”

(Photo : Mike Leyral)
(Photo : Mike Leyral)
Comme révélé dans nos colonnes, le projet de Swac de l'hôpital qui devait être lancé en décembre dernier est aujourd'hui retardé en raison d'un problème d'encrassement du réseau secondaire de distribution d'eau froide vers le centre hospitalier. Sur le principe, le système de climatisation à l'eau de mer des profondeurs fonctionne, avec des résultats de captage de l'eau de mer entre 4 et 5°C en profondeur, mais c'est au niveau du réseau d'eau froide destiné à climatiser l'hôpital que la tuyauterie a été bouchée par des tuyaux encrassés lors de leur pose. “Il y a des aléas industriels auxquels on n'a pas fait attention, qu'on n'a pas vus”, a réagi le ministre Yvonnick Raffin, mardi à la présidence. “On pensait mettre le Swac en eau en décembre 2021. Là, on a trois mois de retard. Mais l'essentiel c'est de regarder le verre à moitié plein et de se dire qu'au mois d'avril ce sera une histoire ancienne.”
 
Le ministre entend “être au rendez-vous fin mars” pour la mise en eau de l'immense Swac, et préfère relativiser les problèmes que connaît actuellement l'ouvrage. “Tout le monde a bien fait son travail. Après, c'est comme dans tout chantier. Il y a des aléas qu'il faut prendre en compte.” Quant à la question des responsabilités de ce retard à l'allumage, le ministre veut avancer mais ne balaye pas pour autant la question. “Ça, on verra après. Pour l'instant on essaie d'aller vite et proprement dans l'intérêt de tous. Aussi bien dans l'intérêt de la maîtrise d'œuvre, du client, du Pays, pour tout le monde. C'est un investissement assez élevé. On n'a pas le droit à l'erreur, ils ont tous compris cela.”
 

​Le Pays et RTEi à 75-25 dans la TEP

Cinq mois après l'officialisation de la sortie d'EDT du capital de la TEP, le Pays tient son plan pour régulariser la situation de l'actionnariat de la société d'économie mixte de transport de l'énergie électrique de Polynésie. L'idée actée récemment en conseil d'administration de la TEP est de faire entrer la filiale internationale de la société française RTE (Réseau de transport d'électricité) au capital de la société d'économie mixte. Sorte d'équivalent national de la TEP, RTE (et sa filiale RTE internationale) est le gestionnaire de réseau de transport français responsable du réseau public de transport d'électricité haute tension en France métropolitaine.
 
Dans un premier temps, l'actionnariat devrait être réparti entre 70% pour le Pays, 20% pour RTE international, 5% pour l'AFD et 5% pour la filiale de la Socredo OCI. Mais à terme, les deux petits actionnaires devraient céder leurs parts pour arriver à une configuration 75% Pays et 25% RTE international.
 

​Les projets de fermes solaires, c'est imminent

Attendus depuis septembre dernier, les projets du premier appel d'offres de fermes solaires avec stockage lancés par le Pays seront attribués ce mercredi. La commission sera installée dans la journée et les lauréats connus dans la foulée. “La difficulté, c'était la maîtrise du foncier et le transit des énergies”, a expliqué Yvonnick Raffin. “Donc ça nous a pris un peu plus de temps que prévu. On a été un peu optimiste. Mais bon là on arrive au bout." Selon le ministre, pas moins de 17 projets ont été déposés, même si “plusieurs ont été éliminés à cause des problèmes de foncier essentiellement”. Le Pays attendra ensuite que cette première tranche d'appels à projet de 30 MWc soit installée sur le réseau électrique “pour voir comment tout ça se comporte sur nos réseaux”, avant de lancer les deuxième et troisième appels à projet.
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mardi 15 Février 2022 à 21:08 | Lu 2824 fois