Tahiti Infos

Deux fillettes au cœur du “tous fautifs”


Tahiti, le 20 août 2025 - L’avocat d’un père de deux fillettes, mis en cause pour attouchements par la mère qui considère qu’elle a perdu la garde de ses filles à cause du dossier en cours d’instruction, a tenu à réagir dans un dossier complexe.
 
 
Il y a deux semaines, une mère de famille s’adressait à Tahiti Infos pour dénoncer le placement de ses fillettes de 4 et 7 ans en famille d’accueil alors qu’elle accusait le père d’avoir procédé à des agressions sexuelles sur ces dernières. Une affaire qui prenait la semaine d’après une tournure politique avec la publication de son appel à l’aide par la députée Nicole Sanquer sur les réseaux sociaux pour interpeller la ministre des Solidarité, et vice-présidente, Chantal Galenon.
 
Mercredi, l’avocat de son ex-mari, a tenu aussi à prendre la parole dans ce dossier compliqué. “Les accusations font l’objet d’une information dans le cadre d’une procédure judiciaire”, rappelle Me Loris Peytavit. “Elles sont contestées par mon client depuis des années.”
 
Interloqué par l’attitude de la mère qui a décidé “d’occuper le terrain médiatique”, Me Peytavit demande surtout que ne soit pas “raconté n’importe quoi”. “C’est en cours d’instruction, il y a le secret qui accompagne le dossier et on ne peut pas parler des actes faits par le juge d’instruction.”
 
Pour clarifier le dossier, l’avocat du mari conteste que son client aurait reconnu les faits face au juge d’instruction comme le laissait entendre la mère lors de ses prises de parole sur les réseaux sociaux. “À ce stade, mon client n’est pas mis en examen pour les faits”, souligne-t-il. “La procédure se poursuit, il répond à toutes les convocations judiciaires, et subit la procédure depuis des années avec une privation quasi totale de ses droits depuis lors.”
 
Si le père a conservé un droit de visite des jeunes filles, cela se fait dans un contexte “extrêmement encadré”.
 
Ce placement d’ailleurs, dénoncé par la mère, n’est pas uniquement lié au dossier en cours. En effet, les parents sont en procédure de divorce, à la demande du père, depuis près de deux ans et un système de gardes et de visites avait été prononcé par le juge. C’est après le lancement de la procédure de divorce qu’est intervenu la plainte de la mère, “sans aucun signalement de la part de la mère avant ça”, précise l’avocat du mari. Et si cette dernière a elle aussi perdu la garde avec le placement des deux fillettes en foyer d’accueil, c’est qu’elle n’a pas respecté ses droits de visite. “Si on est arrivé au placement des enfants, c’est que la mère à fait le choix de ne respecter aucune décision de justice. Que ce soit du juge des affaires familiales ou du juge des enfants. Il y a eu des avertissements pourtant”, poursuit Me Peytavit.
 
L’avocat explique d’ailleurs que ce n’est pas parce qu’il y avait le dossier en cours d’instruction que les visites allaient être suspendues pour le père et que la mère allait obtenir la garde exclusive des fillettes. En l’absence de mise en examen, et surtout de procès, son client est considéré comme innocent des charges proférées par la mère et ce sera aux experts, puis au tribunal, de dire si les propos tenus par les fillettes sont crédibles, et donc condamnables.
 
Si la mère a engagé une grève de la faim pour dénoncer la situation, le père vit lui aussi très mal depuis ces trois dernières années explique son avocat. “Il a perdu 20 kilos. Il se retrouve sans voir ses enfants qu’il aime et face à une machine judiciaire qui est en route et ne voit ses enfants que deux fois une heure par mois. (…) Je ne suis pas sûr que le chantage à l’automutilation soit utile pour faire avancer les choses”, conclut l’avocat qui demande désormais que la justice puisse faire son travail dans la sérénité sur ce dossier.

À chacun ses compétences

Dans un courrier adressé à la ministre des Solidarités au début du mois, la députée Nicole Sanquer interpellait Chantal Galenon sur ce dossier.
 
Interrogée alors par Tahiti Infos la semaine dernière, la ministre des Solidarités expliquait déjà que “la DSFE ne pouvait rien faire [concernant le placement des fillettes, NDLR] car c'est une décision du juge, et qu'il y a une enquête en cours”. Dans sa réponse écrite, Minarii Galenon reste sur cette ligne et réaffirme qu'elle a les mains liées puisque “la justice et l'organisation judiciaire ainsi que le droit civil, en ce qui concerne les personnes, échoient à la compétence de l'État”. Elle explique ainsi que les mesures prises par la Direction des solidarités, de la famille et de l'égalité (DSFE) “s'inscrivent dans le périmètre fixé par le juge”. Et que si ces décisions “ne conviennent pas” à la députée, libre à elle d'exercer son “droit de contrôle sur l'action du gouvernement” en interpellant “directement le ministre de la Justice sur cette situation au cours d'une séance parlementaire”.
 
Nicole Sanquer nous a indiqué avoir bien écrit au garde des Sceaux, Gérald Darmanin, “pour qu'il regarde cette situation”. Mais elle estime que la réponse de Minarii Galenon qui consiste à “se décharger” de ses responsabilités en renvoyant la balle à l'État, est un peu facile : “Quand Mme la ministre me dit que ce n'est pas de sa compétence, je suis au regret de lui dire que ce sont ses services qui fournissent des rapports, et c'est sur cette base-là que le juge des enfants prend les décisions. Et apparemment, dans son rapport, la DSFE met en doute la parole des enfants de peur qu'ils ne soient influencés par la mère. Et c'est pour ça que la DSFE préconise leur placement.”

Ce qui inquiète surtout Nicole Sanquer c'est le rôle ambigu que semblent jouer les agents de la DSFE : “Aujourd'hui, au niveau du tribunal, le juge repose toutes ses décisions sur une association constituée d'agents sociaux agréés. Et ces agents sociaux sont des agents sociaux de la DSFE. C'est-à-dire que ceux qui font les expertises sont les mêmes qui font les contre-expertises”, déplore-t-elle.
 
En effet, c'est l'association polynésienne des enquêteurs sociaux appelée Ture Tehoe, créée en 2014, qui est chargée de réaliser des enquêtes sociales à la demande des magistrats. Et il suffit d'aller regarder l'organigramme de l'association pour constater, en effet, qu'il s'agit d'agents travaillant pour la DSFE. Une double casquette qui fait s'interroger la députée sur l'impartialité des rapports rendus et la déontologie des agents concernés.

Rédigé par Stéphanie Delorme et Bertrand Prévost le Mercredi 20 Août 2025 à 18:46 | Lu 6174 fois