“Des collègues sont en souffrance”, souligne Jérôme Le Guillou, secrétaire académique du SNPDEN-Unsa en Polynésie (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 28 janvier 2026 - Dans le public, 98 % des proviseurs, principaux et adjoints travaillent au-delà de la durée légale, parfois jusqu’à 60 heures par semaine. La dégradation des conditions de travail détaillée dans un “livre blanc” sera au cœur de la visite d’une délégation nationale du syndicat majoritaire SNPDEN-Unsa en Polynésie française, du 31 janvier au 14 février, à la demande du bureau académique local. Trois points seront défendus auprès des instances du Pays et de l’État : la mise en place du compte épargne-temps, la garantie de la protection fonctionnelle et la création d’une charte des pratiques de pilotage.
Deux représentants nationaux du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN) affilié à la fédération de l’Union nationale des syndicats autonomes (Unsa-Éducation) sont attendus en Polynésie française, du 31 janvier au 14 février. Il s’agit d’Olivier Beaufrère, secrétaire national, et de Gilles Auteroche, spécialiste des questions de retraite. Sans précédent depuis une quinzaine d’années, la venue d’une délégation nationale a été sollicitée localement dans un contexte de tensions au sein de la profession.
Suite à une enquête réalisée entre décembre 2024 et janvier 2025, un “livre blanc” regroupe les avis des personnels de direction à hauteur de 84 % de participation, soit 52 chefs d’établissement et adjoints des collèges et lycées publics polynésiens. Ce document illustre une dégradation des conditions de travail et une complexification des missions et des responsabilités (lire encadré ci-dessous). Présenté au vice-rectorat, au ministère et à la Direction générale de l’éducation et des enseignements (DGEE) en février 2025, il aurait donné lieu à la création de commissions de travail, sans avancée majeure.
Deux représentants nationaux du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN) affilié à la fédération de l’Union nationale des syndicats autonomes (Unsa-Éducation) sont attendus en Polynésie française, du 31 janvier au 14 février. Il s’agit d’Olivier Beaufrère, secrétaire national, et de Gilles Auteroche, spécialiste des questions de retraite. Sans précédent depuis une quinzaine d’années, la venue d’une délégation nationale a été sollicitée localement dans un contexte de tensions au sein de la profession.
Suite à une enquête réalisée entre décembre 2024 et janvier 2025, un “livre blanc” regroupe les avis des personnels de direction à hauteur de 84 % de participation, soit 52 chefs d’établissement et adjoints des collèges et lycées publics polynésiens. Ce document illustre une dégradation des conditions de travail et une complexification des missions et des responsabilités (lire encadré ci-dessous). Présenté au vice-rectorat, au ministère et à la Direction générale de l’éducation et des enseignements (DGEE) en février 2025, il aurait donné lieu à la création de commissions de travail, sans avancée majeure.
Un constat et trois grands axes
Pour Jérôme Le Guillou, proviseur du lycée polyvalent Taiarapu Nui de Taravao et secrétaire académique du SNPDEN-Unsa en Polynésie, les chiffres parlent pourtant d’eux-mêmes : “Globalement, en métropole, 30 % des collègues dépassent leur temps de travail. En Polynésie, on est largement au-dessus ! On doit traiter à peu près 150 mails par jour, alors que notre quotidien, c’est d’aller sur le terrain, de créer des conditions correctes d’enseignement et d’accompagner nos élèves vers la réussite scolaire. Ce qu’on ne peut pas faire la journée, on le fait le soir ou le week-end. On s’aperçoit que des collègues sont en souffrance avec des impacts sur la santé avec des arrêts de travail, en sachant que certains refusent de s’arrêter, voire d’aller chez le médecin. Ce n’est pas normal de se rendre malade pour son travail.”
Lors des différentes rencontres au programme (lire encadré ci-dessous), trois grands axes seront présentés et défendus pour ces fonctionnaires d’État mis à la disposition du Pays, afin d’engager les discussions. “Le premier point, c’est la durée du temps de travail, qui est allègrement dépassée par la grande majorité des personnels de direction. La proposition, c’est la mise en place d’un compte épargne-temps, qui existe dans de nombreuses académies en métropole, mais pas en Polynésie française. Ça permet aux personnels de direction qui ne peuvent pas bénéficier de leurs jours de vacances de pouvoir les récupérer ou de capitaliser pour leur retraite”, explique Jérôme Le Guillou.
“Le deuxième axe, c’est la protection fonctionnelle en cas d’agression ou de mise en accusation. En métropole, elle est assurée par l’État. En Polynésie française, elle doit être assurée par le Pays : un arrêté du tribunal administratif du 31 décembre 2024 le précise clairement, mais il y a toujours un désaccord. Il y a des situations de collègues qui prennent à leur charge leurs frais d’avocat ou de conseils pour se porter partie civile, et ce n’est pas acceptable”, poursuit-il.
“Le troisième point, c’est l’amélioration de l’efficience du système éducatif polynésien. On constate qu’il y a beaucoup trop de lourdeurs administratives qui nous font perdre un temps fou. On veut travailler sur une charte des pratiques de pilotage visant à donner plus d’autonomie aux établissements pour s’adapter aux situations locales, tout en appliquant la politique voulue par le ministre et mise en œuvre par la DGEE.”
Pour le bureau académique local, il s’agit de démêler cet “imbroglio” qui pèse sur les personnels de direction : 78 % d’entre eux attendent de la DGEE et du vice-rectorat “un pilotage partagé cohérent” pour accompagner la mise en place des réformes et une meilleure prise en compte des réalités et contraintes géographiques.
Quelques chiffres du “livre blanc”
En Polynésie française, sur 52 personnels de direction des établissements publics du secondaire participants :
- 80 % estiment que leurs conditions de travail se sont dégradées depuis trois ans.
- 98 % travaillent au-delà de la durée légale, dont 48,1 % entre 45 et 60 heures par semaine et 30,8 % plus de 60 heures, au lieu de 43 heures maximum.
- 48 % se passionnent ou s’épanouissent dans leur travail, tout en avouant à 64 % qu’il impacte leur santé physique ou psychologique et leur vie de famille.
- 78 % ne respectent pas les arrêts maladie en raison de la charge des responsabilités.
- 31 % sont favorables à la poursuite des négociations de revalorisation des salaires.
- Parmi les 49 % qui ne s’estiment pas respectés dans leur fonction, 55 % dénoncent un manque de confiance et d’empathie de l’institution.
Le programme de la délégation
La délégation nationale du SNPDEN-Unsa sera au Fenua du 31 janvier au 14 février. Parmi les temps forts de la visite d’un point de vue institutionnel, une réunion avec Moetai Brotherson est prévue à la présidence dès lundi 2 février, en début d’après-midi. Deux rencontres avec le vice-recteur par intérim, Olivier Huisman, puis avec le ministre de l’Éducation, Ronny Teriipaia, suivront mardi 3 février. Un entretien avec le directeur de la DGEE, Rainui Hugon, est également prévu mardi 10 février. En parallèle, pour mieux appréhender les spécificités locales, plusieurs visites d’établissements et rencontres sont notamment programmées au lycée Taiarapu Nui de Taravao, au lycée hôtelier de Punaauia, au forum des formations de Raiatea et Taha’a, au collège de Papara (REP+) et au lycée de Papara, au collège de Pao Pao (Moorea) et au forum des formations du bassin sud de Tahiti.




























