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Des négociations difficiles à la Sipac en grève


Tahiti, le 11 mars 2026 – À la Sipac, les grévistes n’ont pas l’intention de réintégrer leur poste tant que les négociations avec leur directeur, Philippe Lapeyrade, sont “à sens unique”. Leur principale revendication est la revalorisation de la grille salariale. Ils dénoncent aussi le fait que dans leur société, “si le chef ne t'aime pas, tu ne vas jamais progresser”. La direction assure qu’il n’y a “jamais eu de différenciation, ni de séparation entre les équipes. Il n'y a qu'une seule équipe, c'est la Sipac”.
 
Depuis mardi, les salariés du site de Mahina du grossiste et importateur Sipac sont en grève. Les négociations concernant l’embauche de personnel, la révision de la grille salariale ou faire une application stricte de la convention collective du commerce n’ont pas abouti.
 
Sur leur piquet de grève, en bord de route à Tuauru mercredi matin, on pouvait lire parmi les drapeaux syndicaux des pancartes résumant leurs doléances : “Sipac en grève pour des conditions meilleures” ; “Nous voulons être entendus : sans nous rien ne fonctionne” ; ou encore “Respect des droits des travailleurs”.
 
Les représentants du personnel avancent que lorsqu’ils ont été élus, leur objectif premier était la mise à jour de la grille salariale. “Six réunions ont été organisées et le directeur nous a mené en bateau. Arrivé à un moment à force de s’entendre dire non, on s’est dit que ce n’est plus la peine qu'on aille en réunion car la réponse on la connaissait déjà.”
 
Raison pour laquelle les salariés de la Sipac ont décidé “d'agir” : “S'il ne veut pas nous écouter autour d'une table, eh bien, il va nous entendre alors de cette façon, c’est-à-dire en faisant une grève”, justifie un salarié gréviste.

“On a envie de se faire entendre”

Le représentant des salariés, Hugues, assure être disposé à négocier, “mais pas que dans un sens. On veut se faire entendre, mais là, le directeur décide de tout”. Selon lui, le dirigeant est en désaccord avec “la plupart des points (…). Il voulait qu'on travaille ensemble et qu'on ne fasse pas grève. Donc, il va faire durer le suspense”.
 
Les représentant du personnel dénoncent aussi “les pressions” au sein de leur société. “Il y en a beaucoup qui sont partis en arrêt psy ou qui ont même quitté l’entreprise car le directeur a des propos lourds vis à vis des salariés”. Selon leurs déclarations, certains salariés de l’entreprise, notamment des secrétaires, travaillent même jusque tard dans la nuit : “Elles sont en sous-effectif. On demande d'embaucher mais ils ne veulent pas car le directeur estime qu’elles s’en sortent.”
 
Selon les représentants du personnel, une réunion a eu lieu pendant le préavis. “C'était assez houleux (…). Il fallait être calme, parce que c'est un partenaire est assez sournois”, disent-ils de leur interlocuteur à la tête de l’entreprise. Ils assurent être 80 % des salariés de l’entreprise à se dire “mécontents” en raison de “l’irrespect” dont ils seraient victimes de la part de la direction : “Ceux qui sont en bas ne progressent pas au niveau du salaire.”
 
Aussi attendent-ils des discussions visant à “négocier” la grille salariale pour que tous, direction et salariés, soient “contents”. Dans le cas contraire, “on sera obligé de rester là” préviennent-ils, fermement installés sur le piquet de grève.
 
Selon les représentants du personnel, leur directeur, Philippe Lapeyrade, agit de même pour ce qui relève de la convention collective. Et d’ailleurs, un des représentant du personnel dénonce le fait que la promotion des “préparateurs” s’arrête en catégorie 2 alors même que, dans la convention collective, ce poste peu atteindre la catégorie 5. “Si tu prends la convention collective du commerce, prends tout, ne prends pas simplement ce qui t'arrange, sinon on ne va pas s'entendre”. 

“Il n'y a qu'une seule équipe, c'est la Sipac”

Selon la direction sur les 120 salariés 45 sont en grève. “Ça perturbe, bien sûr, le fonctionnement de la société, mais on continue à servir nos clients”, assure le directeur de la Sipac. Il souligne aussi que des réunions mensuelles sont organisées depuis sept mois. Mais il s’étonne aussi : “On est en PV de carence, c'est-à-dire que je n'ai aucune question de la part de la CSTP-FO. Donc quand il n'y a pas de questions c’est qu’il n'y a pas de difficultés particulières”. Philippe Lapeyrade regrette que “le seul contact” qu’il ait eu avec le syndicat “c'est le préavis de grève (…). J’ai été très surpris”.
 
Quant au “non-respect” de la convention collective, le cadre dirigeant, répond simplement que le syndicat ne le lui a “jamais signalé” et que si c’était vraiment le cas, “je pense que les deux autres syndicats m'auraient alerté”.
 
Selon le directeur de la Sipac, les grilles salariales ont été “abordées, discutées, en 2025. Nous avons fait une contre-proposition par rapport à leurs demandes. Et avec A tia i mua, depuis janvier dernier nous discutons sur la grille salariale, la CSTP-FO n’a jamais répondu. Ils sont majoritaires mais ils ne veulent pas discuter”
 
Quant aux accusations de favoritisme que lui prêtent les salariés grévistes, il l’affirme sous forme de démenti : dans la société, il n’y a “jamais eu de différenciation ni de séparation entre les équipes. Il n'y a qu'une seule équipe, c'est la Sipac. Il n'y a pas l'équipe du haut, l'équipe du bas, l'équipe de droite, l'équipe de gauche (…). On travaille tous ensemble”.

“C'est la seule façon de pouvoir progresser financièrement”

Le témoignage d’un salarié gréviste : “Dans la convention collective du commerce, un chauffeur commence en catégorie 3. Ici au sein de la Sipac, il est en catégorie 2 et il touche le Smig (…) alors qu’il doit toucher un peu plus.
 
La direction est d'accord de prendre en compte la convention collective. Mais il faut qu’elle prenne tout et pas que la partie qui l'arrange.
 
Un autre exemple de la convention collective : tu changes automatiquement d’échelon tous les 3 ans, même si le chef ne t'aime pas, c'est ce qu'on veut mettre en place. Pourquoi ? Parce que à la Sipac, si le chef ne t'aime pas, tu ne vas jamais progresser.
 
Maintenant, si personne ne peut s'exprimer, c'est la seule façon de pouvoir progresser financièrement (…). Tout ce que nous demandons, que les choses soient justes pour tout le monde. Si ceux d'en haut arrivent à être augmentés facilement, on aimerait aussi que ceux d'en bas soient augmentés facilement. Si ceux d'en haut touchent des primes, on aimerait aussi que ceux d'en bas touchent des primes (…) parce qu'ils font partie de la Sipac. Je trouve dommage que ce soit qu’une partie qui reçoit les bénédictions et nous non.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mercredi 11 Mars 2026 à 20:28 | Lu 692 fois