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Cocorig : la fibre de coco pour sortir du lagon des kilomètres de plastique



Tahiti, le 4 septembre 2020 - Déchet du coprah produit en quantité monstrueuse, la fibre à tout faire de la bourre de coco ambitionne de remplacer les cordages en polypropylène des fermes perlières. Candidat au concours Tech4Islands, c'est le projet de Cocorig, porté par Benoît Parnaudeau, afin de sortir le plastique du lagon.  

Lorsque Benoît Parnaudeau évoque à Nicolas Lancelin l'immense potentiel de la bourre de coco pour fabriquer des cordes, il ne réalise pas qu'il prêche un convaincu. Spécialiste des cordages hauts de gamme, la corderie Lancelin basée à Mayenne tisse du chanvre à fibre depuis 150 ans. Alors forcément, la fibre de coco et sa présence en très grande quantité sur le fenua ne lui ont pas échappé. À la conquête de l'Asie-Pacifique, l'entreprise familiale a même déjà mis une option sur cette nouvelle matière végétale. Une belle perspective pour Cocorig - candidat au concours Tech4Islands - qui prévoit de valoriser la fibre de coco. Un déchet issu du coprah.

"Trempée dans l'eau de mer, défibrée, filée et toronnée (le fait de tordre et de réunir plusieurs brins, Ndlr) avec des machines dédiées," la bourre de coco ferait donc un parfait cordage. "Fibre d'avenir", ses propriétés mécaniques à la rupture, à l'allongement et à la compression, lui valent les éloges de la FAO (l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture).

Il faut dire qu'elle sait presque tout faire. Ressource naturelle renouvelable et abondante, elle présente l'avantage d'être imputrescible. Outre le fait qu'elle entre dans la composition de tout un tas d'objets de maison (toiles, brosses, paillassons, tapis, matelas, panneaux d’isolation et emballages), elle permet aussi de lutter contre l'érosion. Tissée en rouleau géotextiles par exemple, elle absorbe l’eau, résiste à la lumière du soleil, facilite la germination, et elle est bien sûr totalement biodégradable.
 

Un projet "d'utilité publique"

Mais dans un premier temps ce sera du cordage maritime. Le projet pilote cherche d'abord à remplacer les filets en polypropylène "bas de gamme" des fermes perlières. "On a vu des fermes déménager leurs nacres de sites trop pollués par la dégradation de la résine en micro-plastique, alors qu'à côté, il y a des cocoteraies qui ne demandent qu'à être exploitées pour supprimer le plastique du lagon" souligne Benoît. La surface exploitée par la perliculture (9 042 hectares en 2018 selon l'ISPF) et le nombre de concessions (728) en dit long sur les lignes en plastique importées, et leur impact sur le milieu. Reste à les chiffrer avec précision.
 
En discussion avec la Direction des ressources marines pour recenser les besoins du secteur, Benoît Parnaudeau le sait. Son projet est "d'utilité publique" et devrait sans nul doute séduire le Pays, désireux de développer, au-delà de la filière coprah, une filière cocotier. Car si l'activité refuge de la première génère des revenus de substitution pour près de 10 000 familles, la diversification portée par la seconde a vocation à gonfler un peu plus leur bénéfice. Une piste qui figure d'ailleurs dans le plan de relance post-Covid. "On est en plein dedans, c'est écologique, durable, ça permet de créer de l'emploi et de fixer les populations dans les îles, argumente Benoît. Alors qu'aujourd'hui, une fois que la bourre est retirée, c'est un déchet."
 

Près de 60 millions de bourres de coco à l'abandon

Un déchet qui sert soit de fertilisant, soit de combustible. "La plupart du tempsles restes sont brûlés, ça permet d'éloigner les moustiques, sinon vous imaginez, ça ferait un volume phénoménale." Il faut dire que 48 millions de cocos sont décortiqués chaque année par l'industrie du coprah en Polynésie. Une estimation calculée à partir du volume de production annuel : 12 millions de kilos. "On considère qu'il faut 4 noix de coco pour faire un kilo de coprah, indique Philippe Couraud, à la tête de la Direction de l'agriculture. Mais si on prend tous les cocos à boire et tous ceux qui tombent et qui ne sont jamais ramassés, on peut facilement en rajouter une bonne dizaine". Le Pays n'hésite donc plus à extrapoler à 60 millions le nombre réel de cocos dont la fibre est laissée à l'abandon. "Preuve qu'il y a de quoi faire, sourit le fondateur de Cocorig. Et s'il faut centraliser, il y a l'huilerie de Tahiti." 

Dans la phase pilote, le projet devra être soutenu par une ou plusieurs communes des Tuamotu afin de faire le lien avec les producteurs de coprah. "Au moment du débourrage, il faut mettre la fibre de côté, la tourbe (résidu poudreux, Ndlr) de l'autre, c'est un super engrais" précise Benoît, en discussion avec un permaculteur de Raiatea, Vaihuti Fresh. "En cordage, c'est la fibre qui nous intéresse, mais elle intéresse plusieurs corps de métier à partir du moment où tu peux la tisser et partir sur du textile. Et il y a aussi des trucs à faire avec la noix." 

Le traitement, lui, consiste à plonger les bourres de coco dans l'eau de mer pendant deux mois. Puis de les passer dans une défibreuse, avant de les faire sécher 48 heures au soleil. Les fibres pourront ensuite être filées, puis tressées en cordage. Un travail de fourmi réservé à une machine. "On invente rien, on transpose" signale Benoît, qui s'inspire des deux principaux exportateurs de fibre : l'Inde et le Sri Lanka. C'est d'ailleurs là-bas que l'engin sera commandé pour un modeste investissement de 3 à 5 millions.  
 

​Dyneema, sérieux concurrent des câbles en inox

​Marin et fin connaisseur en matelotage – l'art de travailler les cordes -, Benoît a posé l'ancre en Polynésie il y a cinq ans. Si aujourd'hui il s'attaque au polypropylène des lagons, sa société d'accastillage Polyacht cherche aussi à remplacer les câbles en inox des haubans par de la fibre textile : Dyneema. Robuste, performante, légère, la solution textile recycle un résidu de pétrole et présente de nombreuses qualités pour les voiliers de courses. Capable de supporter de lourdes charges sans se rompre, Dyneema est deux fois plus résistante qu’un cordage en inox, à diamètre égal. Outre sa légèreté qui facilite sa manipulation lors de la navigation, elle présente un coefficient d’allongement très faible. De quoi faire dire à son ambassadeur, qu'elle remplacera un jour tous les câbles en inox des voiliers de courses. "Le marché est considérable" commente le marin, encore dans une phase de test de résistance.

Rédigé par Esther Cunéo le Vendredi 4 Septembre 2020 à 09:37 | Lu 10283 fois






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