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Chantage politique à Saint-Étienne: Mediapart dénonce une "censure préalable" par la justice


L'ordonnance fait injonction de ne pas publier "de nouvelles révélations sur les pratiques politiques du maire de Saint-Étienne. OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP
L'ordonnance fait injonction de ne pas publier "de nouvelles révélations sur les pratiques politiques du maire de Saint-Étienne. OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP
Paris, France | AFP | lundi 21/11/2022 - La justice a interdit à Mediapart de publier de nouvelles informations tirées d'enregistrements audio du maire de Saint-Étienne Gaël Perdriau, après une série de révélations sur une affaire de chantage à la vidéo intime, a annoncé lundi le média en dénonçant une "censure préalable sans précédent".

Une ordonnance du tribunal judiciaire de Paris, rendue en urgence vendredi 18 novembre, à la demande de M. Perdriau, "est une décision sans précédent de mémoire de juriste et de journaliste", a déclaré à l'AFP le directeur de la publication de Mediapart, Edwy Plenel, évoquant une "procédure très exceptionnelle", selon lui "jamais vue sur le terrain de la presse".

"Mediapart n'était pas informé de cette procédure" et n'a pas pu "défendre son travail et ses droits", dénonce-t-il dans un billet publié lundi par Mediapart.

L'ordonnance fait injonction de ne pas publier "de nouvelles révélations sur les pratiques politiques du maire de Saint-Étienne, appuyées notamment sur les mêmes enregistrements qui nous ont permis de révéler le scandale du chantage à la sextape dont a été victime son premier adjoint centriste, Gilles Artigues", affirme M. Plenel.

Selon le texte de l'ordonnance, Mediapart ne peut "publier tout ou partie de l’enregistrement illicite réalisé le 27 novembre 2017" dans le bureau du maire "sur tous supports, électronique, papier ou autre (…) et ce sous astreinte de 10.000 euros par extrait publié".

L'affaire a débuté début août quand Mediapart a publié les confessions de l'ancien compagnon d'un adjoint municipal de droite s'accusant d'avoir piégé le premier adjoint Gilles Artigues en le faisant filmer pour le faire chanter dans une chambre d'hôtel avec un escort boy. Selon ses confessions, cette "barbouzerie" avait été organisée à la demande du maire - lequel a toujours démenti toute implication - et rétribuée via des prestations fictives facturées à des associations culturelles financées par la municipalité. 

Le parquet de Lyon a ouvert une enquête judiciaire après une plainte pour chantage de Gilles Artigues. Différents protagonistes de l'affaire, dont le maire, son adjoint et son directeur de cabinet ont été placés en garde à vue puis relâchés, des téléphones et des ordinateurs ont été saisis pour analyse. Les enregistrements très embarrassants publiés par Médiapart ont été faits par M. Artigues et ont été versés au dossier, selon les informations de l'AFP.

Le scandale a poussé M. Perdriau à limoger son directeur de cabinet puis à renoncer à ses fonctions représentatives à la ville et à la Métropole de Saint-Etienne, tandis que l'adjoint municipal nommément accusé d'avoir tourné la vidéo compromettante démissionnait. Exclu de LR, M. Perdriau a riposté en portant plainte contre son ancien parti pour "diffamation" et contre le député Éric Ciotti pour "injures publiques".

"Vie privée"

D'après Mediapart, M. Perdriau a invoqué "une atteinte à la vie privée" pour bloquer la publication de nouvelles révélations. Le journaliste auteur de l'enquête l'avait au préalable sollicité pour avoir sa position sur des "faits nouveaux".

Selon M. Plenel, ces faits "mettent en cause les pratiques du maire de Saint-Étienne, notamment dans le recours à la rumeur comme instrument politique", avec pour cible Laurent Wauquiez, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Pour Me André Buffard, l'avocat de M. Artigues, la démarche du maire est "grotesque": "c'est l'hôpital qui se fout de la charité car Gaël Pedriau, qui a utilisé l'atteinte à la vie privée pour se débarrasser d'un de ses adversaires politiques, l'invoque aujourd'hui pour empêcher la parution de propos qu'il a tenus lui-même concernant une personnalité de sa famille politique". 

"La publication qu'il tente d'empêcher n'est pas une fausse information", a-t-il dit à l'AFP, en estimant que la "révélation, inévitable in fine" provoquera "des réactions très violentes de la part du milieu politique". 

Les avocats de Mediapart "mettent en œuvre tous les recours juridiques possibles pour mettre fin rapidement à cette censure", a précisé Edwy Plenel en faisant le parallèle avec une autre décision de justice prise début octobre par le tribunal de commerce de Nanterre.

Poursuivi par le groupe Altice pour avoir publié des articles basés sur des documents volés par des pirates informatiques, le site d'information Reflets s'est vu interdire d'en faire paraître d'autres. L'audience d'appel aura lieu mercredi à Versailles.

le Mardi 22 Novembre 2022 à 05:52 | Lu 257 fois