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Carnet de voyage - Horatio Gordon Robley, morbide chasseur de têtes maories



Horatio Gordon Robley posant devant sa macabre collection de têtes maories. Le document semble horrible ; à l’époque, c’était une fierté que de s’afficher avec une telle “moisson” de curiosités ethnologiques.
Horatio Gordon Robley posant devant sa macabre collection de têtes maories. Le document semble horrible ; à l’époque, c’était une fierté que de s’afficher avec une telle “moisson” de curiosités ethnologiques.
NOUVELLE-ZELANDE, le 17 novembre 2016. C’est une histoire singulière, mais finalement très caractéristique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle que nous allons vous conter aujourd’hui, celle d’un militaire britannique exemplaire, efficace dans tous ses postes outre-mer, qui plus est fin lettré, cultivé, passionné même, et qui se constitua, avec la conscience parfaitement tranquille, la plus macabre des collections, celle de têtes momifiées de guerriers maoris.

Qui était réellement Horatio Gordon Robley ? Un militaire sincère et dévoué, piqué d’ethnologie et passionné par la Nouvelle-Zélande ou un monstrueux collectionneur de trophées macabres ?
Il est clair que de nos jours, il serait classé dans la seconde catégorie ; mais à l’époque, étudier les tatouages faciaux des Maoris, les moko, et collectionner les têtes n’avait rien de choquant. Bien au contraire, la collection de têtes était prise comme un prolongement scientifique très respectable de l’étude des coutumes indigènes.

Le comble de l’exotisme

Depuis plusieurs années, de nombreux crânes de Maoris ont été rendus à la Nouvelle-Zélande, pour que les tribus puissent offrir une sépulture décente à leurs morts, qui avaient terminé par dizaines dans les musées d’Europe et d’Amérique, leur seul tort étant de porter des tatouages faciaux. Le comble de l’exotisme pour les Occidentaux d’alors, qui ne considéraient plus celui qui les portait comme un être humain, mais comme un objet de curiosité. Objet qu’il fallait à tout prix acquérir.

C’est ce que fit Horatio Gordon Robley à la fin de sa vie, après une carrière exemplaire, qu’il termina avec le rang de major général de l’armée britannique. Il cessa de servir sous les drapeaux du Royaume Uni en 1897 et profita de sa retraite, l’âme en paix, jusqu’en 1930 (il décéda à l’âge de 90 ans !).

Militaire et artiste

Le petit Horacio vit le jour à Funchal (Madère) le 28 juin 1840. Il était le fils du capitaine John Horatio Robley et d’Augusta June Penfold.

Comme son père, au gré des déplacements de ce dernier, le jeune garçon fit des études très classiques afin de suivre les traces de papa dans l’armée. Il hérita, en plus, des talents artistiques de sa mère et se révéla vite un très bon dessinateur et un aquarelliste non moins doué. En 1858, après un entraînement en Irlande, il partit pour la Birmanie où il resta en poste cinq années. Loin d’être un militaire borné, il prit contact avec la population, dessinant des croquis de tout ce qu’il voyait et profitant de ses moments de liberté pour visiter le plus possible le pays. Il devint ainsi l’ami de moines bouddhistes dont il “croquait” les temples et il se fit même tatouer en rouge, sur le bras droit, un Bouddha. Premier tatouage et premier pas à la découverte d’un art qui finira par l’obséder plus encore que le passionner. De ces dessins birmans, l’éditeur Cassells & Co tira des clichés pour son livre “Races of Manking”.

Malade, Robley rentra en Angleterre en 1860 et en profita pour devenir un tireur d’élite (on dirait aujourd’hui un sniper). Il rejoignit ensuite son régiment pour participer au siège de Delhi et assumer le commandement de la garde de Mughal Bahadur Shah II, exilé à Rangoon.

Sur le front en Nouvelle-Zélande

Le véritable tournant dans la vie de Robley se situe en 1863. Le 68e régiment est envoyé en Nouvelle-Zélande, à Auckland, pour mater les guerres d’alors. Robley débarqua le 8 janvier 1864, bien décidé à servir, certes, mais aussi à apprendre le Maori, et à dénicher tous les dictionnaires et autres ouvrages qu’il pourra trouver.

En avril, il était envoyé sur le front à Tauranga pour attaquer Pukehinahina, appelé aussi Gate Pa. Ses talents de dessinateur permirent aux troupes anglaises de comprendre la géographie du site grâce à ses croquis et de surprendre sur leur flanc les troupes ennemies.

Il resta 19 mois à Tauranga, en plein pays maori, et jusqu’en 1866, il continua à dessiner tout ce qu’il voyait. Bien vite, il comprit que le tatouage était un art à part entière chez les Maoris ; il s’empressa d’en étudier les motifs et de les dessiner sur les guerriers morts ou blessés au combat. Entre 1864 et 1867, la revue “Illustrated London” publia certains de ses dessins, à la fois de guerre et d’ethnologie.

Un fils avec une Maorie

Combattant les rebelles Maoris, Robley n’en était pas moins amoureux de leur culture, à tel point qu’il se lia avec la jeune Herete Mauao, avec laquelle il eut un fils, prénommé Hamiora Tu Ropere.

Début 1866, son régiment fit voile, à partir d’Auckland, vers la Grande-Bretagne où Robley arriva le 28 juin 1866. En 1870, il acheta (car on pouvait acheter ses fonctions) un poste de capitaine et il fut transféré le 4 février 1871 au régiment Argyll and Sutherland Highlanders (Princess Louise's). En 1880, il fut nommé major et envoyé à l’île Maurice. Suivi un poste en Afrique du Sud, au Cap, au Natal et dans le Zoulouland. Puis une mutation à Ceylan, où il fut promu lieutenant-colonel, responsable d’un régiment en 1882 (il en profita pour rédiger l’historique de son régiment).

En 1887, après trois décennies de carrière, il prit enfin sa retraite et s’installa à Londres. C’est là que sa passion pour la Nouvelle-Zélande l’amena à rouvrir ses vieilles malles et à en retirer toute sa documentation et tous les dessins, innombrables, qu’il avait conservés.

Deux livres et 35 têtes

De ses travaux, il rédigea deux ouvrages de référence, “Moko and Maori Tattooing” publié en 1896 et “Pounamu : Notes on New Zealand Greenstone”, puisqu’il était également passionné par le jade néo-zélandais (de la néphrite venant de l’île du Sud).

Dans son premier livre sur les moko, il décrivit avec minutie le tatouage maori et rédigea même quelques chapitres consacrés au séchage des têtes maories coupées, les toi moko et mokomokai.

C’est à cette époque, à la fin du XIXe, qu’il décida d’acquérir toutes les têtes de Maoris qu’il trouverait sur le marché, un travail long et “passionnant” pour lui, qui réussit à réunir pas moins de 35 têtes coupées, un (triste) record.

En 1908, il offrit sa collection au gouvernement néo-zélandais en échange de 1000 livres, mais son offre fut refusée.
Plus tard, il conserva cinq têtes, mais vendit les autres à l’American Museum of Natural History pour 1 250 livres. Il avait aussi réuni une magnifique collection d’antiquités néo-zélandaises, qui fut acquise par le collectionneur William Ockerford Oldman, dont les pièces furent rachetées en 1848 par le gouvernement néo-zélandais.

Daniel Pardon

Robley tenant en main un “hei tiki” en jade ; le militaire retraité possédait une très belle collection d’antiquités maories, en plus de ses “moko” momifiés.
Robley tenant en main un “hei tiki” en jade ; le militaire retraité possédait une très belle collection d’antiquités maories, en plus de ses “moko” momifiés.

L'ami des Maoris

A la lecture de ces quelques lignes sur la vie bien remplie d’Horacio Robley, n’allez pas croire qu’il était un ennemi et un pourfendeur des Maoris. Bien au contraire. A sa retraite, c’est vers la Nouvelle-Zélande qu’il se tourna, depuis Londres, pour entretenir une correspondance avec de nombreux Néo-Zélandais passionnés, comme lui, par la culture maorie. Il entretint des relations toujours très proches avec la New Zealand House à Londres, en quelque sorte la représentation diplomatique de ce pays dans la capitale britannique. Ses travaux étaient toujours très appréciés et il ne serait venu à l’esprit de personne de critiquer Robley pour ses écrits ou sa collection de têtes, activité tout à fait honorable et “scientifique” à cette époque. Horacio Robley décéda en 1930, le 29 octobre, à Londres.

500 têtes à récupérer

En 1992, le musée national néo-zélandais Te Papa Tongarewa, faisant suite à la demande des tribus maories du pays, décida d’entamer une action internationale pour récupérer les dépouilles ou parties de dépouilles de Maoris dispersées dans le monde. L’inventaire fait auprès des musées mit en évidence la présence, dans ceux-ci, de 500 têtes humaines, dont un peu plus de vingt en France. En 2012, après bien des procédures judiciaires complexes (les collections publiques étaient considérées comme inaliénables, donc impossibles à restituer), 322 têtes avaient été rendues à la Nouvelle-Zélande pou y être dignement inhumées. Il en reste encore plus de 200 dans la nature, car outre les musées publics, certains collectionneurs privés en possèdent. Dans les collections publiques, celle de l’American Museum of Natural History, riche des pièces rachetées à Robley, en contient encore 39…

Ces têtes momifiées ont des statuts et des appellations différentes, selon leur origine : elles sont appelées upuko tuhi ou toi moko (moko signifiant tatouage) quand elles proviennent d’hommes libres et mokomokai lorsqu'il s'agit de têtes d'esclaves ayant été tatoués de force. Car les Maoris, lorsqu’ils virent l’engouement des Pakeha (les Blancs) pour les têtes tatouées, comprirent vite qu’ils pouvaient tirer profit de ce commerce ; les esclaves, prisonniers de guerre ou victimes enlevées dans d’autres clans, étaient maintenus en vie et tatoués, pour ensuite être décapités, momifiés et cédés aux Anglais, contre des armes essentiellement.

Une des têtes que la France détenait depuis 1875, celle du musée de Rouen. Elle a été restituée à la Nouvelle-Zélande en mai 2011.
Une des têtes que la France détenait depuis 1875, celle du musée de Rouen. Elle a été restituée à la Nouvelle-Zélande en mai 2011.

Près de vingt têtes momifiées maories étaient détenues par différents musées de France, qui ont restitué le 23 janvier 2012, un lot important de ces horribles curiosités (le musée du quai Branly, le Muséum national d’histoire naturelle à Paris, les musées de Rouen, Dunkerque, La Rochelle, Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Sens, ainsi que l'université de Montpellier).
Près de vingt têtes momifiées maories étaient détenues par différents musées de France, qui ont restitué le 23 janvier 2012, un lot important de ces horribles curiosités (le musée du quai Branly, le Muséum national d’histoire naturelle à Paris, les musées de Rouen, Dunkerque, La Rochelle, Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Sens, ainsi que l'université de Montpellier).

Un exemple de ce que “l’art” de momifier des têtes humaines en Nouvelle-Zélande pouvait produire ; à ce “moko”, des yeux de verre ont été ajoutés, pour faire “plus vrai”…
Un exemple de ce que “l’art” de momifier des têtes humaines en Nouvelle-Zélande pouvait produire ; à ce “moko”, des yeux de verre ont été ajoutés, pour faire “plus vrai”…

Une chronologie précise

Le Journal de la Société des Océanistes a publié une chronologie de l’histoire des têtes maories dont nous reproduisons les premiers éléments. On le constatera, le premier Blanc à avoir ramené des têtes momifiées de Nouvelle-Zélande n’est autre que le capitaine Cook lui-même.
*1768-1771 : Premières têtes momifiées collectées lors du voyage de James Cook. Joseph Banks, à Queen Charlotte Sound, échange une tête le 20 janvier 1770 contre une “pair of white linen drawers”. Quelques jours plus tard un Māori revient sur l’Endeavour et propose quatre têtes supplémentaires.
*1800-1831 : Les nombreux conflits entre iwi (tribus) maori entraînent des échanges extensifs de têtes contre des armes. Le pic de ces échanges se situerait entre 1820 et 1831. Ils se concentraient dans les régions de la Bay of Islands, Kapiti Island, Foveaux Strait, Otago et Murihiku.
*1831 : Le gouverneur Darling, à Sydney, interdit le trafic des têtes māori sur les bateaux (Sydney Act) (La Nouvelle-Zélande est à cette époque administrée par l’État du New South Wales). Une amende de £40 peut être appliquée aux capitaines contrevenants. Le commerce des têtes continue cependant en Nouvelle-Zélande.
*Petit à petit la pratique du tatouage disparaît dans la société māori. Elle connaîtra une courte renaissance dans les années 1860 lors des Māori Wars et les dernières têtes produites le sont probablement dans ces années.
*1896 : Le Major-General Horatio Gordon Robley publie Moko or Maori Tattoing à Londres chez Chapman et Hall. Ce livre qui sert toujours de référence, contient de nombreux dessins de moko mokai effectués lors du séjour de l’auteur en Nouvelle-Zélande entre 1863 et 1866.

Extrait du Journal de la Société des Océanistes, N° 134, 1er semestre 2012

Les publications de l’époque (magazines et revues de voyages et de géographie) mettaient en évidence l’intérêt de ces “curios” maoris alors très recherchés.
Les publications de l’époque (magazines et revues de voyages et de géographie) mettaient en évidence l’intérêt de ces “curios” maoris alors très recherchés.

Avant de constituer sa monstrueuse collection, Horatio Gordon Robley avait étudié les tatouages maoris et avait dessiné de nombreux portrais, comme celui-ci.
Avant de constituer sa monstrueuse collection, Horatio Gordon Robley avait étudié les tatouages maoris et avait dessiné de nombreux portrais, comme celui-ci.

Robley avait un solide coup de crayon, comme en témoigne ce triptyque de guerriers maoris effectuant une danse guerrière, sans doute un haka.
Robley avait un solide coup de crayon, comme en témoigne ce triptyque de guerriers maoris effectuant une danse guerrière, sans doute un haka.

Rédigé par Daniel PARDON le Jeudi 17 Novembre 2016 à 10:04 | Lu 2653 fois




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