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Aux assises, elle accuse son ancien collègue de viol


Tahiti, le 23 septembre 2026 - Un homme de 36 ans comparaît depuis mercredi devant la cour d’assises pour agression sexuelle, tentative de viol et viol sur une ancienne collègue, alors qu’ils travaillaient dans un hôtel de Bora Bora en 2019. À la barre, la victime, âgée de 21 ans à l’époque, a livré le récit des trois scènes qu’elle affirme avoir subies. L’accusé, lui, a toujours nié les faits et maintient sa position. 

 

 

“Le jour où j'ai été coincée dans cette chambre, j’ai été dégoûtée.” Ce mercredi, un nouveau dossier s’est ouvert devant la cour d’assises. Un homme de 36 ans est jugé pour agression sexuelle, tentative de viol et viol sur une ancienne collègue. À l’époque des faits, tous deux travaillaient dans un hôtel de Bora Bora : lui comme bagagiste, elle en tant qu’extra, notamment chargée de débarrasser les chambres et d’y apporter différents produits.

Face au prétoire, la présidente rappelle les trois faits reprochés à l’accusé. Des faits  qui se seraient déroulés entre août et septembre 2019. Lors de ses premières auditions, l’homme avait tout nié. Six ans plus tard, il maintient sa version et continue de contester les accusations.

 

“Il m’a tenu la bouche pour ne pas que je crie”

 

Invitée à revenir sur les événements, la victime, âgée de 21 ans au moment des faits, raconte à nouveau les agressions qu’elle dit avoir subies. La voix tremblante, souvent interrompue par les larmes, elle décrit d’abord une scène survenue alors qu’elle devait se rendre dans une chambre pour y déposer des affaires.

 

Elle croise alors l’accusé, qui dispose, en raison de ses fonctions, d’une carte magnétique permettant d’ouvrir les portes. Une carte qu’elle n’avait pas ce jour-là. Selon son récit, une fois à l’intérieur, son collègue l’a “attrapée par derrière” avant de la pousser dans la salle de bain. Il l’a ensuite assise sur le lavabo et a tenté de la violer. La jeune femme parvient finalement à s’échapper.

 

Quelques jours plus tard, alors qu’elle circule au volant d’une voiturette pour se rendre dans une autre chambre, l’homme “surgit”, monte dans le véhicule et prend le volant. Il l’emmène à l’écart avant de la violer, affirme-t-elle, en larmes.

 

“Il m’a forcée à faire des choses que je ne voulais pas, même s’il ne le reconnaît pas. J’ai essayé de me débattre et d’appuyer sur le klaxon, mais il n’y en avait pas. Il m’a tenu la bouche pour ne pas que je crie”, raconte-t-elle.

 

Après cette agression, la jeune femme explique avoir été profondément affectée. “Je ne me sentais pas bien, j’avais des envies suicidaires et je ne mangeais presque plus”, témoigne-t-elle. Elle dit également n’avoir plu voulu “voir personne”. Mais mère de deux enfants et contrainte de subvenir à leurs besoins, elle retourne travailler dès le lendemain.

 

Menaces de la responsable

 

Interrogée sur les raisons pour lesquelles elle n’a pas immédiatement parlé des faits, la victime répond simplement : “J’avais peur.” Au fil de son témoignage, elle explique également que son compagnon de l’époque travaillait lui aussi comme extra dans l’hôtel. Il était par ailleurs le cousin de l’accusé. Elle craignait qu’il apprenne les faits.

 

Début septembre, une troisième scène se serait produite. Selon la jeune femme, l’homme l’a embrassée de force. Elle parvient à partir et décide finalement de porter plainte. Lorsque les faits commencent à être révélés dans son entourage professionnel, elle affirme avoir été menacée par la sœur de l’accusé, qui était également sa responsable. Lui disant de “n’en parler à personne” ou elle serait “virée”.

 

Le parcours judiciaire qui suit est lui aussi évoqué à la barre. Lorsqu’elle est entendue par un juge d’instruction, celui-ci lui aurait indiqué que “les baisers ne sont pas encore considérés comme un délit”. Une remarque qu’elle dit avoir vécue comme une absence de prise au sérieux de sa plainte.

 

En 2024, la victime est par ailleurs convoquée à Bora Bora pour une reconstitution. Une procédure peu courante dans les dossiers de viol, davantage utilisée dans les affaires de meurtre ou d’assassinat.

 

Ce jour-là, la jeune femme est enceinte de six mois. Son avocate, Me Hina Lavoye, n’est pas disponible dans un premier temps, étant mobilisée aux assises. Malgré une demande de report, la reconstitution est maintenue et l’avocate ne se rendra que tardivement sur place. La victime doit alors rester “des heures debout” et se repasser les scènes qu’elle décrit. Quatre jours plus tard, la jeune femme accouche prématurément. Le bébé pesait 1,4 kilo à la naissance.

 

“Dragueur” et “homme à femmes”

 

Appelé à la barre à son tour, l’accusé continue de contester les faits qui lui sont reprochés. Plusieurs témoignages recueillis pendant l’enquête le décrivent comme un “dragueur” ou un “homme à femmes”. Lui estime plutôt que son comportement relevait de la “taquinerie” que de la séduction. D’anciennes collègues évoquent également un comportement tactile. L’une d’elles a notamment raconté que l’accusé était venu lui confier avoir fait des rêves érotiques à son sujet, rapporte la présidente à la lecture des déclarations recueillies au cours de l’enquête.

 

Interrogé sur son enfance, l’homme décrit pour sa part une famille heureuse, composée de ses neuf frères et sœurs. Il assure n’avoir “jamais manqué de rien” et avoir été “bien éduqué”. Rameur de va’a, il est décrit par ses proches comme un homme “généreux” et “très à l’écoute”, selon les témoignages lus à l’audience. 

 
Le procès se poursuit ce jeudi avec notamment les conclusions de plusieurs experts.


Rédigé par Alexandra Perrini le Mercredi 23 Septembre 2026 à 18:57 | Lu 1067 fois