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Au Cesec, Brotherson reconnaît les limites de sa méthode


Tahiti, le 2 février 2026 – Face à une institution souvent critique et à une société civile qui réclame davantage d’écoute, le président du Pays a reconnu, lundi matin lors de ses vœux au Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec), les limites de la méthode gouvernementale. En cause : le recours répété à la procédure d’urgence et le manque de concertation préalable avec les partenaires sociaux ou les acteurs directement concernés par les textes soumis, alors que les avis défavorables du Cesec se sont multipliés ces derniers mois.
 

“Vous êtes au cœur du débat public, au cœur du débat politique, dans le sens noble du terme”, a déclaré Moetai Brotherson en ouverture de son discours, face aux représentants de la société civile ce lundi matin. Des vœux qui ont rapidement pris la forme d’un mea culpa, le président du Pays reconnaissant ce que le Cesec pointe régulièrement dans ses avis : des projets de textes transmis “souvent, trop souvent” en procédure d’urgence, au détriment du temps d’analyse et de concertation. Un constat faisant directement écho aux vœux de la présidente de l’institution, Maiana Bambridge, qui avait exprimé le souhait de “renforcer encore cette culture de la concertation, indispensable à la réussite des réformes”.
 
“C’est évidemment un message à l’adresse de notre gouvernement”, a concédé Moëtai Brotherson, promettant de limiter le recours à l’urgence afin de permettre un examen plus approfondi des textes. Une déclaration qui intervient après plusieurs mois de relations parfois tendues entre l’exécutif et la société civile, dans un contexte de critiques récurrentes sur l’absence de dialogue préalable avec les acteurs de terrain.
 
“Une démocratie qui n’accepte pas d’être dérangée est une démocratie faible”
 
Le président du Pays a toutefois tenu à souligner que les avis défavorables du Cesec ne constituent pas un frein à l’action publique. “Même si, évidemment, nous ne serons pas toujours d’accord, que parfois les avis du Cesec seront un peu contrariants pour le gouvernement, ils en demeurent vraiment essentiels. Parce qu’une démocratie qui n’accepte pas d’être dérangée, c’est une démocratie faible”, a insisté Moetai Brotherson, répondant ainsi aux critiques récurrentes visant le Cesec, souvent présenté comme un organe marginal ou inutile.
 
S’adressant autant aux membres de l’institution qu’à son gouvernement, Moetai Brotherson a également reconnu les limites d’une concertation parfois incomplète. “On s’aperçoit parfois trop tard qu’on a oublié quelques acteurs essentiels”, a-t-il admis. Un constat formulé alors que plusieurs réformes sensibles se dessinent, notamment celles des comptes sociaux. Revenant sur la réforme du RNS engagée l’an dernier, il a rappelé qu’“elle n’est pas passée sans grincements de dents dans certains secteurs”, tout en assumant la méthode : “Gouverner, ce n’est pas prendre des décisions faciles. C’est parfois et souvent prendre des décisions difficiles, mais nécessaires".

Profitant de cette cérémonie, le président du Pays est également revenu sur les principaux chantiers à venir. Il a rappelé que l’année 2026 serait largement consacrée à la livraison et à la validation des infrastructures des Jeux du Pacifique de 2027, tout en affirmant sa volonté d’orienter l’action publique – et le prochain budget du Pays – vers le développement du secteur primaire, présenté comme un levier central pour lutter contre la vie chère. Reste désormais à savoir si cette volonté affichée de renforcer le dialogue se traduira concrètement dans l’élaboration des prochains textes. Pour le Cesec comme pour la société civile, l’enjeu dépasse la méthode : il touche à la confiance accordée aux processus de décision publique.
 

Jeux du Pacifique, secteur primaire, addictions : les priorités affichées

Le président du Pays a profité de l’occasion pour balayer différents sujets, au premier rang desquels les Jeux du Pacifique dont le compte à rebours a déjà commencé. 2026 sera une “année charnière” dans la perspective des Jeux du Pacifique. “Toutes ces installations doivent être validées par le comité des Jeux du Pacifique à peu près un an avant l’événement”, a rappelé Moetai Brotherson, évoquant un calendrier contraint, au cœur de ses récents échanges à Paris.
 
Autre annonce majeure : “Le budget primitif 2027 sera fortement orienté vers le secteur primaire”, présenté comme la seule “vraie solution” face à la vie chère, dans un contexte où le Pays “ne peut pas agir sur les prix” des produits importés. Structuration des filières, transformation et formation seront au cœur de cette stratégie. Une orientation saluée notamment par Louis Provost, alors que près de 380 000 repas devront être servis durant les Jeux.
 
“Ne pas oublier l’autre IA : l’intelligence ancestrale”
 
Sur les addictions, le président du Pays s’est félicité que “l’État ait élevé son niveau d’intervention”, avec une enveloppe annoncée de 2 millions d’euros (238 millions de francs). “La meilleure façon de soigner un addict, c’est qu’il ne le devienne pas”, a rappelé Moetai Brotherson, évoquant un combat mêlant prévention et action répressive. Il a également souligné la récente création du Comité opérationnel territorial anti-fraude, le Cotaf, “ce comité qui permet à l’État et au Pays de travailler ensemble pour détecter plus tôt et de manière plus efficace tous les phénomènes de blanchiment”, afin de “frapper les trafiquants là où ça fait mal”, en saisissant les avoirs issus des trafics.
 
Interpellé sur les enjeux du numérique, Moetai Brotherson a évoqué le développement de services publics dématérialisés, à l’image de la plateforme Rumia, intégrant déjà des outils d’intelligence artificielle. Tout en appelant à la vigilance : “À côté de l’intelligence artificielle, il ne faut pas oublier l’autre IA, l’intelligence ancestrale.” Une manière de rappeler que la modernisation économique devra s’articuler avec les spécificités culturelles et sociales du Pays.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 2 Février 2026 à 15:21 | Lu 912 fois