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Après leur démission du Tapura, Rohfritsch, Bouteau et Schyle se tournent vers les territoriales


Tahiti, le 15 septembre 2022 – Teva Rohfritsch et Nicole Bouteau ont donné une conférence de presse, jeudi, pour expliquer leur démission, la veille, avec Philip Schyle, du Tapura huiraatira et de son groupe à l'assemblée. Les élus, qui siègent désormais parmi les non-inscrits, sont aujourd'hui tournés vers l'échéance des élections territoriales de 2023. Ils envisagent de créer un nouveau parti autonomiste, mais n'excluent pas non plus de rejoindre une formation politique existante.
 
“C'est la dernière fois aujourd'hui qu'on parlera du Tapura. La prochaine fois, on veut parler d'avenir.” Teva Rohfritsch et Nicole Bouteau, anciens représentants Tapura huiraatira à l'assemblée de la Polynésie française, ont tenu une conférence de presse, jeudi, à l'issue de la séance d'ouverture de la session budgétaire, pour expliquer leur démission, la veille, du parti de la majorité et de son groupe à l'assemblée. Philip Schyle, absent hier, est lui aussi démissionnaire.
 
Teva Rohfritsch, qui était vice-président du Tapura, et Nicole Bouteau, la secrétaire générale du parti, parlent d'une “décision difficile à prendre”, car le Tapura huiraatira est une famille politique qu'ils ont fondée avec Édouard Fritch. “Le Tapura, c'est aussi notre Tapura”, dira Teva Rohfritsch. Mais comme ils l'expliquaient mercredi dans leur courrier de démission, les trois élus sont “déçus” de la gouvernance d'Édouard Fritch, qu'ils estiment être à l'origine de la défaite aux dernières élections législatives. “Nous sommes déçus de la manière dont les choses se sont passées. Le président a refusé de nous entendre. Nous nous heurtons à un refus de dialogue et surtout à un refus d'entendre la population”, estime Teva Rohfritsch.

Non-inscrits

Depuis hier, Teva Rohfritsch, Nicole Bouteau et Philip Schyle siègent parmi les non-inscrits à Tarahoi. Le Tapura, par voie de communiqué, leur a demandé mercredi de rendre leur siège à l'assemblée, leur rappelant qu'ils avaient pris l'engagement par écrit, en début de mandat, d'agir ainsi en cas de désaccord avec le parti. Teva Rohfritsch s'en est expliqué : “Nous siégeons parce que ces sièges, nous les avons gagnés avec le Tapura huiraatira, et nous siégions avant le Tapura huiraatira”.
 
Aujourd'hui, les trois élus se veulent résolument tournés vers l'avenir. Pour eux, l'objectif n'est pas de créer un groupe à l'assemblée pour les six mois qui viennent, “ce qui compte, c'est de créer une offre politique pour les cinq ans qui viennent”, explique Teva Rohfritsch. L'objectif est donc bien les élections territoriales de 2023. Ils disent envisager de créer une nouvelle formation politique en vue de ces élections et invitent ceux qui le souhaitent à les rejoindre, appelant au passage au renouvellement de la classe politique. Si tel était le cas, on ne sait pas encore lequel prendra la tête du nouveau parti. Mais ils confient également ne pas être fermés au fait de rejoindre une formation existante. Selon Nicole Bouteau, il y a actuellement “un véritable malaise au sein du Tapura huiraatira. Les élus nous disent : 'on comprend votre décision'." D'autres démissions au sein du parti pourraient donc encore avoir lieu d'ici les prochaines élections territoriales. L'avenir nous le dira.

Teva Rohfritsch et Nicole Bouteau, représentants à l'assemblée de la Polynésie : “Nous avons l'intention de créer une nouvelle formation politique”

Vous parlez d'avenir. Que comptez-vous mettre en place ? Vous allez créer un autre parti ?

Nicole Bouteau : “Nous avons effectivement l'intention de créer une nouvelle formation politique et nous restons bien évidemment ouverts, dans le cadre de la préparation des élections à venir, à toute discussion avec les formations, les groupes, les personnalités politiques, mais également de la société civile qui souhaitent bâtir une Polynésie avec une gouvernance plus à l'écoute, qui respecte les électeurs et la population. Je pense que c'est la leçon que l'on doit tirer de ces deux dernières années”.

Teva Rohfritsch : “On a souhaité sortir pour être clair avec la population mais aussi avec nos collègues à l'assemblée. Nous ne sommes que trois aujourd'hui, mais nous sommes beaucoup plus à penser ce que nous portons aujourd'hui.”
 
Est-ce que ça veut dire que d'autres partent avec vous ?

Nicole Bouteau : “En tout cas, nous incitons ceux qui le souhaitent, y compris au sein du Tapura, à nous rejoindre. Nous sommes ouverts à la discussion.”
 
Allez-vous remettre en marche votre ancien parti (A Ti'a Porinetia, NDLR) que vous avez fermé ?

Teva Rohfritsch : “On ne fait pas du neuf avec du vieux ! Ce qu'il faut, c'est construire avec ceux qui voudront construire. Je ne veux pas sortir du passé ce qui a été fait dans le passé dans un autre contexte. Une chose est certaine, c'est qu'il faut proposer une alternative politique pour 2023.”
 
Ça fera au moins trois formations autonomistes aux prochaines élections. Est-ce que ce n'est pas un boulevard que vous donnez au Tavini en divisant les voix autonomistes ?

Teva Rohfritsch : “Le boulevard, je crois qu'on l'a vu aux législatives. Nous étions tous unis, le Tavini a gagné. Ça veut dire que ce n'est plus une question de calcul politique au sein de l'assemblée, c'est que la population souhaite avoir une offre politique nouvelle, en tout cas ne se reconnaît plus dans la représentation actuelle. Mais le boulevard, malheureusement, c'est la gouvernance d'Édouard Fritch qui l'a donné.”
 
Est-ce une possibilité que vous rejoigniez A here ia Porinetia, par exemple ?

Teva Rohfritsch : “On n'est pas fermé à la discussion, par contre, on n'est pas sorti pour rejoindre un mouvement politique. Nous avons aussi des idées, des projets. On ne veut pas aller trop vite. Mais on est ouvert à la discussion avec tout le monde. Parce qu'on sait que le mode de scrutin est terrible pour les petites formations et donc il appelle au regroupement des formations politiques. Mais n'allons pas plus vite que la musique. Pour pouvoir discuter, il faut exister.”

Rédigé par Anne-Laure Guffroy le Jeudi 15 Septembre 2022 à 18:05 | Lu 2357 fois